Les habitués du café littéraire de Tizi-Gheniff ont eu, samedi dernier, le plaisir de recevoir le journaliste-écrivain, Rachid Mokhtari, qui leur a réservé la primeur de la présentation de son nouveau roman, le quatrième, Mauvais sang, sorti il y a juste quelques jours, aux éditions Chihab.
Rachid Mokhtari a procédé à la dédicace de son nouveau roman aux premiers présents avant l’entame de la conférence. D’emblé l’écrivain a parlé des personnages du roman d’avant les années 90 et ceux d’après tout en évoquant les auteurs qui ont vécu et écrit durant les deux périodes à l’image de Mohamed Dib, Rachid Mimouni, Tahar Djaout, Mouloud Feraoun, Mouloud Mammeri entre autres. Il a longuement parlé du personnage historique, le moudjahid, le maquisard qui avait combattu l’armée coloniale pendant la révolution algérienne et celui qui se présente à partir des années 90, pouvant être son petit fils, va s’accaparer le même espace, mais en l’utilisant comme espace plaidoyer pour une toute autre idéologie. Après plus d’une heure de discussion sur divers personnages romanesques, l’écrivain parlera du Mauvais Sang. « Cette expression est beaucoup utilisée. Le mot sang a, en effet, plusieurs connotations. Il peut signifier la terre, les liens familiaux, l’héritage, la race, l’identité et autres … alors que l’adjectif mauvais, quant à lui, est surtout chargé d’historicité », dira Rachid Mokhtari tout en ajoutant que ce qui l’intéresse, ce n’est pas le thème, mais plutôt le travail sur l’esthétique romanesque, les rythmes, la construction syntaxique. Lors du débat, M. Ali Gheniffi, professeur au secondaire, lui demandera pourquoi il utilisait le pronom « tu ». « Je déteste le nous qui me rappelle cette notion de « Oumma » ou ce patriotisme collé à tous les slogans », répondra-t-il. Un autre intervenant n’hésitera pas à interpeller l’écrivain au sujet des nombreux emplois répétitifs de : « fils de… » Alors que normalement, lorsqu’on parle de quelqu’un, on dit : fils de, suivi de la filiation ou de la généalogie. Mais on ne peut dire: fils ou fille de Chahid, terme usité depuis l’indépendance. « Je ne suis pas le premier à utiliser cette cassure. Le premier à le faire est sans nul doute Mouloud Feraoun dans Le fils du Pauvre », dira-t-il. Au demeurant, Rachid Mokhtari a parlé également, des personnages dans son roman qui naissent au fur et à mesure alors que la notion d’existence n’existe pas chronologiquement. A commencer par Zohra, depuis son enfance jusqu’à ce qu’elle devienne adulte qui, viendra, chaque fois, couper le récit en occupant de plus en plus de place alors que le personnage de James Bond « 007 », malgré son mythe et sa puissance à venir à bout de toutes les enquêtes connaîtra ses premiers échecs face au système en Algérie. Après près de quatre heures de discussion, le journaliste-écrivain a présenté sa biographie et sa bibliographie avant de clore la conférence. «J’était enseignant de français avant de devenir inspecteur. J’avais pris en charge la daïra de Tizi-Gheniff au début des années 80. Au début des années 90, j’avais travaillé à « Alger Républicain » puis au quotidien « Le Matin » pour en devenir, ensuite, un collaborateur d’une rubrique spécialisée jusqu’à sa disparition. J’ai déjà publié entre autres, La Chanson de l’exil, Les Voix natales (1839-1969), La Graphie de l’horreur, essai sur la littérature algérienne, «Cheikh El Hasnaoui, La Voix de l’errance », « L’Amante », « Elégie du froid », comme j’avais animé des émissions radiophoniques à la chaîne 2 et 3 », dira Rachid Mokhtari tout en en remerciant l’assistance pour son accueil chaleureux.
Essaid Mouas

