L’auditorium de l’université Mouloud Mammeri de Tizi-Ouzou abrite, depuis hier, et encore pour aujourd’hui, les travaux de la 6e édition du colloque national sur les violences conjugales à l’égard des femmes.
La problématique posée par cette édition est: ‘’Les violences conjugales à l’égard des femmes, phénomène tabou, entre silence et reconnaissance’’. Le colloque est organisé par l’équipe du projet PNR, en collaboration avec la faculté de droit et des sciences politiques. Durant ces deux journées, des conférences sont programmées, animées par des invités venus du Maroc et de la Tunisie, ainsi que des intervenants des universités d’Alger et de Tlemcen, entre autres. Selon une enquête réalisée à travers les 48 wilayas du pays par «ONU femmes Algérie» en 2005, 4 507 femmes mariées sont victimes de violences conjugales, ce qui représente 50% du nombre des victimes des violences faites aux femmes, dans la cellule familiale de façon générale. 36% de femmes célibataires, 1,35% de mères célibataires et 4% de divorcés. Selon les chiffres de la banque mondiale des données, le viol et la violence conjugale représentent un plus grand risque, pour une femme âgée de 15 à 44 ans, que le cancer, les accidents de la route, la guerre et le paludisme réunis. Un examen de plusieurs études a révélé que la prévalence de la violence conjugale augmente pendant la période de grossesse. Selon l’une des communicantes, cette pratique d’un autre âge et favorisée par «un vide juridique et une interprétation erronée des versets du saint coran». De ce fait, la femme se retrouve prise au piège, entre un vide juridique d’un côté et la religion de l’autre! Selon la communicante les textes doivent s’adapter à l’évolution du statut de la femme d’aujourd’hui et la femme doit cesser d’être un objet de désir et de contrôle. M. Saïd Bouizeri, maître de conférences à la faculté de droit et des sciences politiques de l’université de Tizi-Ouzou, dira : «certain individus font une mauvaise lecture, doublée d’une incompréhension du saint coran et se cachent derrière les textes du livre sacré pour justifier l’injustifiable. Il ne suffit pas de connaître un verset du saint livre si on ne connaît pas au préalable son contexte…». Il ajoutera : «Il faut arrêter de se cacher derrière les textes du livre sacré et montrer son vrai visage». Une autre communicante citera les hadiths du prophète (QSSL) : «le meilleur d’entre vous est celui qui est bon envers sa femme», «Dieu est doux et il aime la douceur». Selon la conférencière, le Prophète parle de la femme comme d’un cristal, à la fois fragile et pure, à manier avec délicatesse, il disait : «De la douceur avec la cristal…», «Ne frappez pas les odalisques de Dieu», ou encore : «le croyant à la foi parfaite est celui à la meilleure moralité et les meilleurs d’entre vous sont ceux qui sont bons envers leurs épouses». Ainsi, et selon la communicante, la violence qui sévit aujourd’hui en société tient à une gigantesque erreur d’interprétation. Le docteur Mahmoud Boudarène, éminent psychiatre, dira à ce sujet : «les femmes victimes de violences conjugales ne s’adressent pas en première intention au psychiatre. Elles consultent d’abord un médecin pour soigner les séquelles des sévices physiques qu’elles ont subis, ou chez le médecin légiste pour obtenir un certificat médical descriptif. Pourtant, quand les «bleus au corps» se sont estompés, les «bleus à l’âme» marquent, par leur persistance ou leur indélébile cicatrice, la vie psychique de ces femmes. Et c’est bien plus tard, après plusieurs épisodes de bleus au corps, que ces personnes viennent au psychiatre pour dire leur souffrance». Il ajoutera : «une souffrance profonde, qui vient, non seulement, des agressions conjugales dont elles sont l’objet, mais surtout d’une violence sociale insidieuse qui en fait un bouc émissaire permanent, parce que maillon faible d’une société dont le fonctionnement et les mécanismes régulateurs restent dominés par des archaïsmes traditionnels et un patriarcat bien souvent validés par l’ordre institutionnel. Une souffrance «historique» qui exige silence et résignation, et qui prend son origine, sans doute aussi sa légitimité de l’aube de l’humanité…». Le docteur Boudarène clôturera sa communication, en déclarant : «La société algérienne ne trouvera pas son épanouissement et ne s’apaisera pas si elle continue à humilier les femmes en les forçant à la soumission et à la domination éternelle par leur homologue masculin. Elle doit changer et lever cette absurde hypothèque qu’elle fait peser sur le destin de la moitié de sa population. Cette évolution est nécessaire, elle est une exigence civilisationnelle». n marge des ces travaux, la présidente du colloque, Dr Ounissa Daoudi, maître de conférences à la faculté de droit et des sciences politiques de l’université de Tizi-Ouzou, nous a déclaré : «comme pour chaque édition, nous en attendons beaucoup, notamment casser les tabous et les non-dits qui entourent ce sujet, en sensibilisant notre société et les consciences et arrivé à adopter une loi cadre pour la lutte contre les violences conjugales».
Karima Talis

