Popularité toujours intacte

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à la suite de la série de témoignages que nous avons recueillis sur la popularité du rebelle auprès des jeunes de différentes générations et localités de Kabylie, nous avons déduit que la popularité de Lounes Matoub est toujours intacte.

Il vie et vivra toujours dans le cœur des kabyles et il sera à jamais « l’homme qui a osé défier la peur », comme nous l’a si bien dit un jeune d’Azazga. Notre chantre régnera encore, et pour très longtemps, sur le trône de la chanson engagée d’expression kabyle et même au delà. Selon les disquaires que nous avons approchés, le rebelle fait toujours vendre, moins qu’avant, certes, mais il est très bien classé par rapports aux autres stars de la chanson kabyle, et même loin devant beaucoup d’entre eux. En marge de notre virée au campus de l’université Mouloud Mammeri de Tizi-Ouzou, nous avons croisé le chemin de Lynda, originaire de Beni Douala, fraîchement diplômé en physique générale. Elle nous a livré le fond de ses pensées sur le Rebelle et sa musique : « Lounes Matoub est un artiste complet, à la fois auteur compositeur et interprète, mais également un poète au grand talent. Ce n’était pas un hypocrite, il disait ce qu’il pensait et ce qu’il ressentait, c’était un homme de cœur. Sa douceur et sa sensibilité je la ressens en écoutant les paroles de sa musique. Elle émane de son vécu et de son quotidien. La chanson que je préfère dans son répertoire est Kenza. Lounès n’ayant pas d’enfant, quand je l’entends prononcer le prénom de la fille de feu Tahar Djaout (Kenza) cela me touche très profondément. Je pense que l’ont ne parle pas assez de lui et qu il n’a autant d’hommage que les autres grands noms de la chanson kabyle. C’est un symbole éternel. Il était également un grand bienfaiteur, il a aidé beaucoup de gens, notamment les jeunes, avec des dons qu’il faisait dans la discrétion, sans jamais en parler à personne. Je le sais, car je suis de la même région que lui. Il n’y aura jamais de deuxième Matoub, il était unique… son lâche assassina est un acte odieux et indigne ». Une autre jeune étudiante en langue et littérature française, Camélia de Ouadhias, née en 1990, a bien voulu se prêté à notre jeu de questions-réponses. Elle nous dira à son tour : « Lounès Matoub est, pour moi, sans conteste, le plus grand chanteur d’expression kabyle. C’est le seul chanteur engagé dans toute l’Algérie, il n’y a pas et il n’y aura jamais deux comme lui. Il incarne, à la fois, la virilité la force, le courage et la sensibilité. C’est en somme un berbère pur-sang. Il est mort comme il a vécu, en homme libre. Pour ce qui est de ses chansons, il m’est très difficile d’en choisir une, car tout son répertoire est un véritable feu d’artifice, interprété avec une voix très rock, comme les montagnes du Djurdjura qu’il aimait tant. De tout son répertoire, la chanson que j’aime le plus est A mes frères, c’est une chanson qui me parle » Nous avons croisé le chemin d’une autre jeune fille, Tinhinane du quartier des Genets (Tizi-Ouzou) qui est née en 1991, elle nous dira : « Tout mon entourage écoute Lounès, mais moi je m’y suis mise très récemment et pour la simple et bonne raison que ses paroles ce n’est pas du n’importe quoi, pas comme tous ces chanteurs sans talent qui poussent comme des champignons. Ce que j’aime chez Lounès, c’est qu’en plus de ses chansons, il n’a peur de rien, il est courageux et juste…son lâche assassinat est une grande injustice ». Au niveau de la maison de la culture Mouloud Mammeri de Tizi-Ouzou, nous avons rencontré un jeune homme dénommé Zahir d’Azazga, né en 1990, venu s’enquérir du programme de cette institution pour la célébration de la date anniversaire de la mort du rebelle qui coïncide avec le 25 juin, il dira : « Lounès Matoub est un grand nationaliste qui aime son pays, il a chanté la révolution et la souffrance du peuple algérien durant cette période, il a également écrit des chansons à la gloire des Chouhada et leurs sacrifices. Ils ne peuvent pas cacher le soleil avec un tamis, Lounès aimait son Algérie et il voulait le meilleur pour sa jeunesse, c’est pour cela qu’il a essayé à travers ses chansons de leurs ouvrir les yeux. Il a beaucoup donné pour le combat identitaire, Tamazight lui doit beaucoup. La chanson que je préfère est Thissirth N’ndama ».  Un autre jeune, rencontré au même endroit, dénommé Ali et né en 1980 à Azeffoun, viendra de lui-même apporter son témoignage à la veille de l’anniversaire de cette journée tragique. « Matoub est le symbole de l’identité et de la culture kabyle. Il est le seul et l’unique chanteur engagé en kabylie. C’est une marque déposée de la chanson kabyle », nous dira-t-il.  Un autre jeune homme, Massinissa, originaire d’Azazga et né en 1973, viendra apporter son témoignage. Il dira : « Lounès Matoub est unique, il n’y aura plus jamais de chanteur engagé comme lui. Ses mots étaient son arme. Il était plus qu’une idole pour notre génération. C’était un père spirituel. Malheureusement, ces dernières années, Matoub est devenu un fonds de commerce pour beaucoup d’opportunistes. Il n’y a qu’à voir le nombre de produits dérivés existant sur le marché à son effigie, c’est trop indécent ! Un minimum de respect pour son combat et ce qu’il a été un grand chanteur ». Nous avons également approché lors de notre enquête, trois jeunes filles qui suivent les mêmes études en Pharmacie, mais originaires de différentes localités. Louisa de Ouacifs, née en 1994, Yasmina de Tizi-Ouzou, également née en 1994, et Samia de Larbaâ Nath Irathen, née quant à elle en 1991. La première nous dira: « Il n’y a pas de mot assez grand pour définir Lounès Matoub. C’est à la fois un grand chanteur et un grand poète qui a beaucoup fait pour la Kabylie et pour Tamazight. Il a influencé beaucoup de chanteurs, et actuellement, sur la scène artistique kabyle, personne ne l’égale. Les paroles de sa musique sont exceptionnelles ». Pour Yasmina, Lounès Matoub «est le seul chanteur qui a marqué toute les générations. Il a mené un grand combat pour l’identité. J’écoute sa musique depuis que je suis à la fac. Tous les étudiants le connaissent et l’écoutent, mais quelques uns plus que les autres, ces derniers, nous les appelons les Matoubistes car ils sont vraiment accros à sa musique ». Quant à Samia, elle dira : « Lounès Matoub est un symbole pour toute les générations. Sa musique est indémodable. Sa mort, il l’attendait, d’ailleurs, il le disait dans ses chansons, mais il a défendu ses idées jusqu’au bout et il est mort comme il vécu, en homme libre ».

Karima Talis

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