Au cahier culturel – Les méthodes de ventes traditionnelles

Par Abdennour Abdesselam

Elles n’ont rien à envier aux méthodes nouvelles dites modernes lesquelles sont dominées par la suspicion, les jeux du seul intérêt et où l’humanisme est totalement écrasé par l’appât cruel du gain.

Dans les transactions traditionnelles, qui ont eu lieu lors des marchés, le sérieux et la confiance sont des maîtres mots. Un bref passage dans un marché populeux, particulièrement dans l’espace réservé au bétail, la maîtrise du verbe est de rigueur, car c’est par là que tout commence et que tout fini.

Des joutes oratoires accompagnent les ventes qui ont lieu presque toujours sous la forme de marché aux enchères. Les « asemsar », comme on les appelle, prudents et attentifs, sont soit complices avec le vendeur ou avec l’acheteur de la manière la plus discrète. Asemsar, chez nous, est un métier. Ce sont eux qui régulent les ventes. Ils jouent ainsi le rôle de commissaires priseurs informels et de modérateurs raisonnant l’un et l’autre, l’une ou l’autre des deux parties. Ils peuvent même reporter la vente à un autre rendez-vous de marché si la perte venait seulement à se profiler. Ils sont bien sûr pour ainsi dire « rémunérés » par la partie prise.

Leurs arguments se placent au niveau de la connaissance du bétail : son anatomie, ses formes physiques, les capacités à produire du lait pour les vaches, la musculature, les défauts difficilement décelables etc. Toutes les parties de l’animal sont vantées dans leurs moindres détails et avec beaucoup d’adresses. L’acheteur ne pèse pas et ne soupèse rien. Le coup d’œil est le seul « outil » d’appréciation, mais combien juste. Une fois l’accord trouvé et partagé l’acheteur ne remet au vendeur que de maigres ares.

Cette avance suffit pour permettre à l’acheteur de prendre immédiatement possession de son produit. Cela se passe même si le vendeur et l’acheteur ne se connaissent pas. Il suffit seulement d’un garant d’un côté ou de l’autre et la transaction se réalise. Un rendez-vous est pris pour le marché prochain. Dans cet intervalle temps, les bêtes achetées sont mises aux épreuves de bonne santé. Cela s’appelle dans le monde moderne : la garantie.

Si l’on traduisait la langue utilisée dans nos marchés dans une langue aguerrie aux sciences économiques et commerciales modernes, on relèvera une sensible similitude dans les procédés utilisés, les concepts avancés et les thèses de soutènements des arguments. Mais à tout cela, il manquera les vertus de confiance et d’humanisme qui s’imposent comme préalables à la fonction d’acheteur ou de vendeur même conjoncturellement.

A. A.