Bouira Situation du réseau d’AEP – Entre carences et perspectives prometteuses

La wilaya de Bouira est entourée de trois barrages, Koudiet Acerdoune à l’Ouest, Tilesdit à l’Est et Oued Lak’hel au sud-ouest du chef-lieu.

Ces retenues d’eau, en plus de diverses nappes phréatiques et autres sources, devraient garantir aux populations une alimentation continue en eau potable. Ceci en théorie. Cependant, la réalité du terrain est toute autre et bon nombre de communes de la wilaya continuent à pâtir de pénuries d’eau potable. Les citoyens sont exaspérés de subir de fréquentes coupures en eau potable, et dans certains cas et certaines localités de la wilaya, de l’inexistence pure et simple de réseau d’AEP.

837 millions de M3 et des insuffisances… 

Pourtant, les autorités ont, pour reprendre l’expression du ministre des Ressources en eau, « mis le paquet », afin de desservir l’ensemble de la wilaya en ce précieux liquide. Ainsi, le barrage Koudiet Acerdoune, sis sur les hauteurs de la commune Maâla dans la daïra de Lakhdaria, est l’une des plus grandes retenues d’eau du pays, avec une contenance de plus 640 millions de m3. Il a suscité un véritable espoir chez les citoyens au moment de sa mise en service en 2008. Et pour cause, il peut assurer des transferts d’eau qui peuvent atteindre les 108 millions de m³ par an et d’alimenter en eau potable 5 Wilayas, 71 millions de m3 pour Alger, 21 millions pour Bouira, 35 millions pour Médéa, 20 millions pour Tizi-Ouzou et 9 millions pour Msila. Ces chiffres, aussi impressionnants soient-ils, ne reflètent pas les carences que connaissent plusieurs localité de la wilaya en matière d’approvisionnement en eau potable. Parmi ces communes qui ont toujours soif, on citera Zbarbar, Souk El Khemis, El Mokrani et Guerrouma. Cette dernière, qui se trouve à 5kms à vol d’oiseau du barrage de Koudiet Acerdoune, n’est toujours pas raccordée au réseau AEP à partir de ce barrage, et ce, malgré les promesses faites par les responsables du secteur. Pour rappel, au mois de décembre dernier, l’ex-wali de Bouira, Ali Bouguerra, avait promis que cette commune allait y être raccordée au plus tard au mois de juin. Force est de constater que ce délai tire à sa fin et les citoyens de Guerrouma continuent, encore et toujours, à s’approvisionner en eau à dos d’âne à partir des sources voisines. Interrogés à ce sujet, les responsables de la direction des Ressources en eau de Bouira, soulignent que les travaux ont pris du retard à cause « des difficultés d’acheminent du matériel, du fait que les chemins sont escarpés dans la région », assurent-ils, tout en déclarant que le calvaire des citoyens pendra fin au plus tard au mois d’août prochain. D’autres communes, à l’instar de Lakhdaria, Bouderbala, Aomar et Kadiria, ont vu leur souffrance prendre fin au mois de janvier dernier, avec la mise en service d’une station de pompage d’eau potable, réalisée sur les hauteurs de Lakhdaria. Ainsi, d’une capacité de pompage de 250m3/jour, cette infrastructure hydraulique a soulagé les citoyens de Ghoudar, Guergour et Madinat Al-Hayat, sans oublier les villageois de Drablia, dans la commune de Bouderbala et d’autres localités de Kadiria et Aomar. D’un coût évalué à plus de 260 millions de dinars, cette station a étanché la soif de près de 80. 000 âmes. Le barrage de Tilesdit, dans la commune de Bechloul, à une vingtaine de kilomètres à l’Est du chef-lieu de la wilaya de Bouira, d’une capacité de plus de 167 millions de m3, devra à terme alimenter les communes d’El Adjiba, Ahnif, Ath Mansour, M’Chedallah et Chorfa. Ce projet, consiste en la pose de plus de 57 kms de conduite, la réalisation de 23 réservoirs de différentes capacités et de 3 stations de pompage. Le troisième barrage, celui de Oued Lak’hel, dans la commune d’Aïn Bessam à l’ouest du chef-lieu de wilaya, dont la capacité avoisine les 30 millions de M3, alimente quant à lui les communes de Mesdour, Bordj Okhriss et Taguedit, pour ne citer que celles-ci. Si on fait le cumul des trois barrages, on s’approcherait d’une capacité de plus de 837 millions de mètres cubes ! Néanmoins, même avec un tel potentiel, bon nombre de régions connaissent encore des rationnements en eau potable. Récemment encore, des dizaines de citoyens de Sour El Ghozlane se sont insurgés contre cette situation, interpellant leurs élus pour mettre fin à la pénurie d’eau qui les affecte, notamment en cette période de grosses chaleurs. Aussi, on ne comptabilise plus les manifestations et autres contestations qui éclatent un peu partout à travers l’ensemble de la wilaya, afin de réclamer cette denrée nécessaire la vie.

De l’eau pour tous en 2014 ? 

Mais alors, la situation est-elle aussi catastrophique ? Bouira n’en finira-elle jamais avec le spectre des robinets à sec ? Selon les responsables du secteur, l’avenir en la matière est prometteur. En effet, d’importants projets sont en cours, à l’Est comme à l’Ouest de la wilaya, dans le but d’éradiquer, une fois pour toutes, la pénurie ou le rationnement d’eau potable. La dernière visite du ministre des Ressources en eau, M. Necib Hocine, a donné un petit aperçu des grands chantiers lancés. Ainsi, ce ne sont pas moins de quatre stations de pompage qui sont en cours de réalisation, dont certaines en voie d’achèvement, à travers le territoire de la wilaya.

La principale station (SP4) se trouve du côté de la commune de Djebahia et devrait être mise en service, selon le chef du projet, au plus tard à la mi-juillet prochain. D’une capacité de 3353 litres/seconde, elle alimentera les communes d’Aïn Bessam, El Hachimia, Raouraoua et Dirah. D’autres SP (la SP6, SP9 et SP10) à Ain Türk, Raouraoua et Sour El Ghozlane, sont en cours de réalisation et devront, d’ici le 1er semestre 2014, alimenter les foyers des sept communes que sont Khabouzia, Raouraoua, Bir Ghbalou (ouest), Hakimia, Dechmia, Ridane, Maâmoura et Dirah (sud), le tout pour un coût de 240 millions de dinars. Il y aura aussi la réalisation de plusieurs réservoirs d’eau, comme celui de Sour El Ghozlane, d’une capacité de 12 000 m3.

Pour ce qui est du côté Est de la wilaya, le grand projet de transfert des eaux à partir du barrage de Tilesdit avance relativement bien, à en croire le premier magistrat de la wilaya, M. Nacer Maaskri.

Ce dernier s’est félicité du rythme des travaux, tout en instant sur le strict respect des délais.

« La durée des travaux est de 22 mois. Tous les moyens matériels et humains sont mis en œuvre afin de terminer cet important projet. Je le veux dans les délais fixés ».

Pour sa part, M. Merri Ahmed, chargé du projet à la DRH de Bouira, a indiqué que « Les travaux sont toujours en cours et le taux d’avancement est de 40%. Nous comptons les achever d’ici au mois d’août de l’année prochaine ».

Cette annonce signifie que les communes d’El-Adjiba, Chorfa, Ahnif et Ath Mansour, voire même M’Chedallah, vont bénéficier d’une alimentation continue en eau potable vers le second trimestre 2014. À titre indicatif, l’enveloppe consacrée à cet important projet hydraulique est estimée à plus de 500 millions de dinars.

Et en vue d’atteindre une couverture en raccordement AEP qui approche les 90% de la population, précise-t-on auprès de la direction de l’hydraulique, d’autres projets, de moindre envergure, sont soit en étude, soit en cours de réalisation.

  Ramdane B.