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Jour de vote sans affluence

«Je pense qu’il va y avoir quand même assez de votants car cela fait des années que la région n’a pas eu de rendez-vous électoral», nous dit le serveur, un trentenaire à l’air jovial mais affairé à servir des boissons de toutes sortes. Interrogé sur le parti qui va remporter le scrutin, un client tire sur sa cigarette, et répond avec une grande réserve : «il est très difficile de le savoir car les données ont changé ici comme dans toute la Kabylie». Il faut traverser une piste marécageuse de près de cinquante mètres pour parvenir au centre de vote de l’école «Othmane Mokrane». Une vieille, carte de vote à la main, parée d’une belle tenue kabyle attire rapidement la curiosité de Yassine, notre photographe. Nous lui demandons pour qui elle a voté, elle répond qu’”elle n’a pas fait d’études et qu’elle a voté au hasard”. Au moment de faire irruption dans le centre, deux policiers en faction nous interpellent aimablement. Nous brandissons notre badge délivré la veille par la wilaya. Sans trop discourir, ils nous invitent à accomplir notre travail. L’affluence est timide. Pourtant, il est 10 h 30. M.Ferhat Said, chef du centre est préoccupé par l’orientation des quelques votants vers les bureaux. Il nous dit qu’à 9 heures, il y a eu 62 votants pour l’APC et 73 pour l’APW. Quelques moments de tension sont constatés car des personnes tentent de rentrer, sans badges, à l’intérieur des bureaux. En quelques secondes, les choses rentrent dans l’ordre. Arrive ensuite, Nna Ldjoher, septuagénaire. Elle est accueillie presque triomphalement et affectueusement par tout le monde. On dirait la coqueluche de région. Elle est toute contente de se faire photographier par notre reporter. Son atterrissage dans le centre met de la gaîté. Le chef de centre confie que dans l’après-midi, l’affluence va sans doute croître. MICHELETLa route vers Ain El Hammam, à partir de Mekla, est glissante et très peu fréquentée. En plus, à peine sommes-nous sortis de Mekla que la neige se met à tomber sans compter le brouillard qui rend la visibilité impossible à plus de deux mètres. Grâce à la dextérité de Brahim, notre chauffeur, on parvient à Ait Yahia, sans le moindre dérapage. L’idée de faire une halte au centre de l’école primaire d’Ait Hichem nous traverse l’esprit. Pour deux raisons. D’abord parce que c’est ici qu’a lieu chaque année la fête du tapis. Mais surtout parce que cette commune est la région natale de plusieurs hommes politiques kabyles : Ait Ahmed, Ali Yahia Abdennour, Amara Benyounès…Les bureaux de vote sont chauffés. Ceux qui veillent sur le scrutin sont très affables. Le chef de centre, Hachiche Larbi nous montre les représentants des trois partis qui veillent au grain : il s’agit des représentants du FFS, RCD et RND. Le chef de centre indique que le vote se déroule dans une grande tranquillité malgré le faible taux de participation qui est de 32 votants, sur 652 inscrits, à 11h 30.Cinq minutes plus tard, nous sommes à Michelet. Un tour dans la ville sous la neige et le froid ne nous a pas permis de tomber sur un centre de vote. Nous nous renseignons. On nous demande de descendre à Ath Menguellet, près de l’hôpital. Nous arpentons une piste sur plusieurs centaines de mètres et entrevoyons enfin un policier devant un portail qui a tout l’air d’être celui d’une école primaire. Le centre de vote de la cité Akar est presque désert. Les encadreurs et même les surveillants sont visiblement très ennuyés devant une telle morosité exacerbée par le climat pluvieux et la brume. Notre arrivée semble avoir soulagé tout le monde. «Enfin des journalistes !», crie l’un d’eux. On nous invite à nous asseoir autour d’un bureau avant d’être assiégés presque par tout le monde. Même les surveillants des partis quittent leurs chaises et rejoignent le reste de la foule. M. Ait Messaoud Arab, chef de centre, affirme que le taux de participation (à 12h 30) est de 12 %, soit 66 votants sur 483 inscrits. Les représentants des partis insistent pour prendre la parole. Yazid Ouabas, représentant le RCD confirme que pour l’instant, tout se passe bien, mais celui du FFS, Aissa Rahmoun déplore l’ordre de disposition des bulletins ainsi que l’absence des sigles des partis, ce qui rend la tâche malaisée aux illettrés. Pour sa part, M.Temmim Rachid du RND se montre satisfait. Dans ce centre, six listes de partis sont en lice : le FFS, FLN, RCD, PT, MSP et RND.

AZAZGADe Ain El Hammam à Azazga, via Souamaa, il y a trente-quatre kilomètres. Nous demandons à un vieux, un gros sac entre les mains, qui fait de l’autostop, de nous informer sur l’état de la praticabilité de la route. «C’est un tapis», nous rassure-t-il. S’agissant d’une descente, la chaussée est encore plus glissante, donc davantage périlleuse. Après trente-cinq minutes, sous la pluie et entre les montagnes, nous parvenons à Azazga par l’entrée sud. Trois jeunes qui causent devant le siège de la mairie, nous montrent le centre de vote le plus proche. Ils ne manquent pas de dire qu’eux, ça ne le intéressent pas. «C’est du travail qu’on veut, pas d’un vote, depuis 1990, on ne fait que voter, nous n’avons pourtant rien gagné. Toujours des chômeurs, toujours pauvres…», maugrée un jeune brun, dans un élan de sincérité. Au centre de Zaidat, nous remarquons légèrement plus de monde. Le chef de centre, M.Guellal Rachid, est dépassé dans l’orientation des votants, notamment des familles. L’un des citoyens est absent de la liste des inscrits. Il s’avère que c’est dans le centre de la maison de jeunes qu’il doit être et non pas ici. A 14h, 188 votants sur les 2500 inscrits. Le chef de centre nous dit qu’à partir de 11 heures, il y a eu augmentation des arrivées. Il met aussi en exergue la convivialité qui a été relevée entre les représentants des différents partis. Aucun incident, aussi petit soit-il, n’est à signaler. Nous confirmons ses dires en faisant la tournée des quatre bureaux. Au bureau N° 4, le frère d’un collègue, qui est surveillant, nous apprendra que sur les 607 inscrits, il y a 61 votants (APC) et 54 (APW).

ATH DOUALAYacine suggère que la prochaine destination soit Ath Douala. C’est la région de Matoub Lounès et c’est de là que sont partis les événements du Printemps noir. La réalisation de la rocade sud permet de se retrouver sur la route d’Ath Douala, sans faire de détour. Nous montrons à nos collègues d’Alger l’endroit où fût assassiné Lounès Matoub, à Tala Bounane. Ils insistent pour descendre et prendre des photos. Ils tentent d’imaginer la scène de l’attentat. A Ath Douala centre, l’ambiance est celle des jours fériés. L’ex- brigade de gendarmerie est toujours dans un état piteux. C’est au Lycée Imache-Amar, où était scolarisé Guermah Massinissa, que les enfants d’Ath Douala sont appelés à voter. A l’intérieur du centre, l’ambiance est timide. Nous trouvons un seul votant sur les lieux, âgé de 84 ans. C’est Kaci Mokrane, engoncé dans son burnous. Il est du village d’Ath Bouyahia mais habite à Larbaa. «C’est un devoir de voter. C’est aussi un droit. J’ai toujours voté même le 29 septembre dernier, je l’ai fait. Voter est un acte de civisme», nous dit-il fièrement et fermement. A notre question : pour qui il a voté ? Il refuse de répondre. Il affirme seulement avoir donné sa voix pour l’homme qu’il juge la mériter.M. Kaci Mokrane, chef du centre Imache-Amar, explique que sur les 607 inscrits, seuls 111 ont voté pour l’APC et 108 pour l’APW. Ce qui donne un taux de 18 %. Notre interlocuteur précise que tout s’est bien déroulé depuis la matinée. Trois représentants de partis (FFS, FL N et RND) assurent la garde. Contrairement aux autres localités, les représentants sont moins jeunes à Ath Douala. Le chef de centre confie que normalement le centre fermera à 19 heures mais compte tenu des conditions climatiques il se pourrait qu’il y est une prolongation.

MIRABEAUAu centre de vote de l’école Roumane à Mirabeau, à 30 minutes de Ath Douala, Saad Youcef (représentant du FFS) nous capte de loin. Il établit un premier bilan : «Pour l’instant ça se passe de manière ordinaire. Ce n’est pas une élection nationale, c’est pourquoi, il n’y a pas eu une grande participation». Nous avons appris que des éléments du MSP ont tenté d’exercer des pressions dans la matinée. Quels genres de pressions ? Point de précisions. Dans cette commune, la liste MSP joue gagnante bien que pour les gens du FFS, il n’ y a guère de doute qu’ils auront la majorité, même relative. «Ce soir, nous saurons tout», dit Boukhari Nacer, chef du centre. Il informe qu’à 9h 30, il y a eu 25 votants. Ce chiffre a évolué vers 215 à 13h30. Au total, 1219 citoyens sont inscrits dans ce centre. Des observateurs du RCD, FFS, PT et MSP sont présents dans tous les bureaux pour faire barrage au “traficotage”. Quelques observateurs prédisent qu’il est impossible de frauder. D’ici ce soir, on atteindrait les 50 %, tente de pronostiquer un encadreur, pas très sûr de lui.De Draa Ben Khedda à Sidi Naamane, il y a un quart d’heure de route. La ville est toujours sous haute surveillance militaire. C’est la commune la plus touchée par le terrorisme. Aujourd’hui, ses enfants respirent la paix et la quiétude. Ils ne comptent pas sur l’Etat. Ils comptent sur Dieu et sur la terre qu’ils travaillent avec amour. Sidi Naamane est une région agricole. Difficile de trouver le centre de vote de l’école Fassi. Il faut traverser un pâté de maisonnettes traditionnelles. Ce sont des enfants qui nous indiquent le chemin. Tous les adultes sont postés devant la télé pour suivre le match de la JSK. M.Hamza Mohamed, chef de centre nous communique les chiffres arrêtés à 16 h. Dans les trois bureaux, il y a eu respectivement 165 (sur 692) votants, 149 (sur 680) votants et 112 (sur 745 votants). Seuls le FLN et le FFS ont des observateurs. Même présent, le MSP n’a pas pu assurer de représentants.

Aomar Mohellebi

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