Le militant des causes justes Bacha Mustapha a été ressuscité cette semaine dans son village natal, Tassaft Ouguemoune, dans la commune d’Iboudrarène, où une cérémonie de recueillement a été organisée à sa mémoire. Sa famille, ses amis, d’anciens compagnons de combat et des militants de la démocratie et de la cause identitaire, ancienne et nouvelle génération, ont tenu à marquer ce 19ème anniversaire de sa mort, survenue le 08 août 1994, suite à un arrêt cardiaque. Tous voulaient rappeler que les idées de Bacha Mustapha, son combat et ses idéaux de liberté et de démocratie ne seront jamais vains. Ils sont donc venus des quatre coins de la wilaya de Tizi-Ouzou, mais aussi de Bouira, Boumerdès et Alger, pour rendre hommage à ce militant, parti trop tôt. Les maires des communes de Ouacifs, Mâatkas et Iboudrarène étaient parmi les présents. M. Madjid Ben Yaou, de l’université de Tizi-Ouzou et ancien camarade de Bacha à l’université d’Alger, était également là avec d’anciens syndicalistes de l’ENIEM de Tizi-Ouzou, des militants politiques du MPA, FFS et RCD et un grand nombre de citoyens. Tout le monde s’est retrouvé autour de la tombe du défunt pour s’incliner devant sa mémoire et lui rendre hommage. Après la minute de silence et le dépôt de gerbes de fleurs, Karim Bacha, frère cadet de feu Mustapha, a invité quelques présents à prendre la parole pour apporter leurs témoignages sur le parcours politique et syndical de son aîné. C’est M. Ben Yaou qui intervint en premier, racontant ses souvenirs des années 1970 à l’université d’Alger et le rôle déterminant qu’a joué Mustapha dans l’organisation et la création des comités autonomes et des cercles des étudiants révolutionnaires : « Il était écouté et respecté de tous », dira-t-il. Il se remémorera la mobilisation qui a suivi son arrestation durant le printemps 198O, lui et ses 23 autres camarades du Mouvement Culurel Berbère. A leur tour, des anciens syndicalistes de l’ENIEM, des années 1984-1986, ont apporté leurs témoignages sur l’apport de Bacha Mustapha au mouvement syndical et à sa restructuration au sein de ce complexe industriel, avant d’aboutir à la création d’un syndicat autonome qui échappe au contrôle de la centrale UGTA. « C’est grâce à Mustapha que l’Union Démocratique de travailleurs, UDT est née à l’ENIEM », diront-ils. D’autres intervenants du village natal de Mustapha ont pris la parole pour livrer des souvenirs et les leçons politiques, organisationnelles et syndicales qu’il ont retenues du ‘’fils du pauvre’’, comme ils aiment à le nommer. « Nous voyions en lui un model pour évoluer la tête haute, nous qui étions et sommes toujours des enfants de modeste condition sociale », dira l’un d’eux. Après ces différentes prises de parole, les hôtes de Tassaft Ouguemoune ont été conviés à la maison des Bacha pour partager un déjeuner traditionnel offert par la famille. Pour rappel, Bacha Mustapha s’est, dès son entrée à l’université d’Alger, engagé dans le combat démocratique et les luttes populaires, en dénonçant aussi bien le pouvoir en place que les intégristes islamistes. Il a fait partie des premiers cercles d’étudiants autonomes de gauche avant de rejoindre la « branche » des berbéro-démocrates avec qui il a été un des animateurs principaux du printemps Berbère 1980 qui lui a valu un emprisonnement avec 23 de ses camarades. En 1989, après les évènements du 5 octobre 1988 et l’ouverture démocratique, il participa à la fondation du parti du RCD dont il devint membre de la direction nationale et un des responsables les plus actifs jusqu’à sa mort, le 8 août 1994, terrassé par une crise cardiaque à l’âge de 38 ans. Ses conférences, ses meetings et ses discours sont une référence pour leur virulence envers les tenants du pouvoir et les islamistes. Ce sont aussi des repères d’analyses et de discernement pour la classe politique et les mouvements sociaux.
Sofiane Aït El Djoudi