Quel budget pour les fournitures scolaires ?

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Le monde de l’éducation se prépare à la rentrée scolaire, sous le spectre des grèves annoncées par les différents syndicats du secteur. 

Les parents d’élèves appréhendent déjà une année scolaire perturbée. Mais le souci des fournitures scolaires occupe néanmoins leur esprit, puisque leurs bourses vont encore être sollicitées pour satisfaire une progéniture, parfois nombreuse. Tous les témoignages récoltés auprès de ces derniers sont unanimes à dire que, cette année, avec la disparition des marchés informels, les fournitures scolaires seront hors de portée. « Vu la saignée à laquelle nous avons fait face durant le mois de Ramadhan et l’Aïd, je ne peux pas remplir les cartables de mes quatre enfants scolarisés. Les années précédentes, nous avions recours aux marchés informels, mais cette année, ils ont été éradiqués. C’est vraiment difficile pour les couches vulnérables de la société », dira Hamid, un père de famille. De son côté Salim, un autre père de famille, nous dira : « Les fournitures scolaires de chacun de mes enfants me reviennent habituellement à 4 000 DA et j’en ai trois. Cette année, j’ai dû casquer 12 500 DA, alors que l’année dernière j’en avais eu pour 12 000 DA. Personnellement, je peux me le permettre. Mais ce n’est malheureusement pas le cas de tout le monde, loin de là. Les fournitures scolaires sont vraiment trop chères ».

Les cartables oscillent entre 800 et 3 000 DA

Pour avoir l’avis des libraires sur la cause principale de ces prix qui ne cessent d’augmenter d’année en année, nous nous sommes rendus dans une librairie, sise à la place Maurétania, au centre d’Alger. Abdelwahab, propriétaire d’une librairie, nous révèle que cette augmentation des prix des articles scolaires est due essentiellement à la hausse du prix du papier sur les marchés mondiaux, ce qui se répercute fatalement sur l’ensemble des marchés, y compris l’Algérie. Il ajoutera : « Les cahiers sont à 95% importés, ce qui induit des taxes douanières. Les frais de transport aussi se répercutent sur les prix, puisqu’un cahier de 96 pages vendu 20 centimes d’euro reviendrait à 38 DA sur le marché national ». Les propriétaires des magasins se réjouissent donc de l’éradication des marchands à la sauvette qui s’imposaient à chaque rentrée scolaire pour vendre illégalement les fournitures scolaires. « Nous souhaitons que ces marchands ne reviennent jamais. Leur concurrence déloyale a poussé plusieurs vendeurs à fermer leur papeterie ou librairie », a-t-il clamé.

Une augmentation de 15% par rapport à l’année écoulée

Les prix des cartables, des cahiers et des livres ont connu cette année une hausse vertigineuse. Une forte augmentation qui complique la tâche des parents d’élèves qui se demandent comment financer ces dépenses. « J’ai quatre enfants qui regagnent, dans les prochains jours, les bancs de l’école et mon inquiétude est à son comble. Non seulement l’achat des affaires scolaires aura raison de mon budget, mais il y a aussi le mécontentement des syndicalistes du secteur de l’Éducation qui laisse déjà planer le doute quant à une année scolaire calme et sans problèmes », nous fait remarquer, d’un air déçu, un parent d’élève venu de Blida. Les visages grincheux des parents qui se bousculent aux portillons des boutiques, assurant la vente des fournitures scolaires, indiquent bien l’état d’esprit des chefs de familles qui verront leurs économies partir en fumée pour financer la rentrée de leurs enfants. Lors d’une virée effectuée dans les différentes librairies et papeteries de la capitale, nous avons constaté que les prix des fournitures scolaires ont pris des ailes. D’ailleurs, selon les vendeurs, cette augmentation est estimée, cette année, à 15% par rapport à l’année écoulée. À quelques jours de la rentrée scolaire, prévue pour le 9 septembre prochain, des foules nombreuses de parents d’enfants scolarisés se sont formées à l’intérieur de certaines librairies de la capitale. En rentrant dans l’une d’elles, à la rue Didouche Mourad à Alger-Centre, ce qui a attiré notre attention, ce sont les prix affichés, excessivement élevés. Le cahier de 288 pages est cédé à 160 DA, alors qu’il était à 145 DA l’an dernier. Le cahier de 192 pages, quant à lui, est vendu à 110 DA, contre 95 DA en 2012. Le cahier de 120 pages est cédé à 60 DA, alors qu’il était cédé à 48 DA l’an dernier. Les cartables aussi ne sont pas épargnés par la flambée des prix. Ils sont cédés entre 700 DA et 3 500 DA/ l’unité et ce, selon la qualité du produit. C’est du moins ce qu’on a constaté sur les lieux. Face à cette hausse des prix, les parents d’enfants scolarisés n’ont pas manqué d’exprimer leur désarroi et leur mécontentement. Pour Mehdia, mère de deux enfants scolarisés, « les prix des articles scolaires pour cette année sont inaccessibles! Sincèrement, il est vraiment impossible aux parents qui ont 3 ou 4 enfants scolarisés de répondre à leurs besoins », a-t-elle reconnu. « Personnellement, en étant une simple fonctionnaire, je ne peux pas me permettre d’acheter des fournitures haut de gamme ». Un autre père de famille, rencontré quant à lui dans une librairie en train d’acheter des articles scolaires à ses trois enfants, affirme : « J’ai décidé d’acheter les affaires scolaires pour mes enfants, un peu plus tôt cette année, afin d’éviter une autre éventuelle hausse subite des prix dans les prochains jours ».

Des syndicats d’enseignants mécontents

Les syndicats profitent également de cette rentrée pour remettre plusieurs problèmes, non résolus jusque-là sur la table. La non-prise en charge effective de ces doléances risquerait d’entraîner une perturbation sans précédent de la scolarité des milliers d’élèves.  Le secrétaire général du Syndicat national des travailleurs de l’Éducation (Snte), M. Abdelkrim Boudjenah, rappelle que les revendications des travailleurs de l’Éducation, dont un nouveau statut particulier, sont loin d’être satisfaites. Selon lui, si la situation devait perdurer, les adjoints de l’éducation prévoiraient alors d’observer une grève nationale et des sit-in au niveau des directions de l’Éducation, dès le 9 septembre, pour dénoncer le laisser-aller et la fuite en avant du ministère de tutelle.  « Il est inadmissible qu’un adjoint qui jouit de plus de 15 ans d’expérience dans le domaine, qui est actuellement classé à la 8e catégorie, ne soit pas promu à la catégorie 10 ! », note-t-on. Le spectre d’une rentrée perturbée est donc bel et bien là combiné aux soucis engendrés par l’incapacité du portefeuille de la majorité des ménages à affronter les dépenses exigées par les fournitures scolaires…      

 Ferhat Zafane.

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