La colère de Necib à Bouira

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Le ministre des Ressources en eau, M. Hocine Necib, était, hier, en visite d’inspection dans la wilaya de Bouira. 

Cette visite est la troisième du genre en moins de neuf mois. 

C’est dire que le ministre accorde une grande importance à cette wilaya en matière de ressources hydrauliques, et ce, parce qu’elle est entourée de trois barrages, à savoir Koudiet Acerdoune à l’Ouest, Tilesdit à l’Est et Oued Lak’hel au Sud-Ouest du chef-lieu. Le tout pour une capacité théorique qui dépasse les 837 millions de M3.

Le calvaire continue à Maâla, Zbarbar et Guerrouma !

La première halte de l’hôte de Bouira était le barrage, Koudiet Acerdoune, sis sur les hauteurs de la commune de Maâla dans la daïra de Lakhdaria. Cette retenue d’eau, la deuxième plus grande du pays juste après celle de Ben Haroun (wilaya de Mila), avec une contenance de plus 640 millions de m3, dessert en eau potable 5 wilayas : 71 millions de m3 pour Alger, 21 millions pour Bouira, 35 millions pour Médéa, 20 millions pour Tizi-Ouzou et 9 millions pour M’sila. Cependant et aussi paradoxale que cela puisse paraître, ce barrage n’alimente pas des localités qui se trouvent à une dizaine de kilomètres. En effet, les robinets des communes de Guerrouma et Zbarbar, pour ne citer que celles-ci, sont toujours à sec et les villageois continuent toujours à s’approvisionner en eau, à partir des sources et autres forages. Pourtant, lors de sa première visite à la wilaya de Bouira, le 4 décembre dernier, le ministre s’est enquis de l’état d’avancement des travaux de raccordement de ces deux communes au réseau AEP.  D’ailleurs, les autorités locales s’étaient engagées que ces localités allaient être alimentées en eau potable à partir de ce barrage, depuis le mois de juin dernier. Eh bien, il s’est avéré que lesdits engagements n’ont pas été tenues et ne le seront sans doute pas, du moins pour cette année. Car avec un taux d’avancement des travaux de raccordement, évalué à 18% seulement, on peut dire que les citoyens de Maâla, Zbarbar et Guerrouma, n’étancheront pas leur soif de sitôt. Ces retards ont été justifiés par les services de l’Agence nationale des barrages et transferts (ANBT), en soulignant les difficultés du terrain et aussi la nature « complexe » des travaux à réaliser. Cependant, ces explications n’ont visiblement pas suffi à convaincre le ministre qui a, encore une fois, mis l’accent sur la « nécessité et l’urgence » d’alimenter toute la région en eau potable. À Djebahia, le ministre a visité la Station qui alimente le nord de la wilaya. Ce projet structurant est réalisé à Boularbah et alimentera, à la fin de l’ensemble des travaux, les wilayas d’Alger, Bouira, Médéa, M’sila et Tizi-Ouzou, ainsi que la nouvelle agglomération de Boughezoul pour un volume global de 100 millions m3 par an, en plus de l’irrigation de 28.000 ha dans les périmètres de la Mitidja et des Issers. Le projet concerne aussi 29 centres annexes pour 400 kilomètres linéaires de conduite.

Quand l’électricité fait défaut…

Dans la même localité M. Necib a procédé à l’inspection en service de la station de pompage (SP4), détenue par un consortium algéro-égyptien.  Cette station, faut-il le signaler, devait être mise en service au mois de juillet dernier. M. Necib s’est dit « stupéfait » de constater que cette structure est toujours en stand-by.  « Vous m’avez dit, lors de ma dernière visite, que cette SP allait être opérationnelle pour le mois de juillet. Que s’est-il passé ? » interrogera-t-il le chef de projet. Ce dernier dira : « Effectivement, tout est fin prêt, néanmoins nous attendons toujours d’être raccordés à une source énergétique », s’est-il expliqué. Dans la foulée, le ministre instruira les services compétents afin de remédier à ce problème dans les plus brefs délais. « C’est tout de même un comble de construire des stations de pompage à coup de milliards de dinars et ne pas prévoir de les alimenter en électricité (…) Vous me dites qu’il y’a des entraves, et bien levez-les et commençons enfin à travailler. Les citoyens n’ont rien à faire de vos difficultés. Tout ce qu’ils veulent, c’est d’avoir de l’eau dans leurs robinets », s’est-il emporté. 

À titre indicatif, cette infrastructure hydraulique d’une capacité de pompage dépassant les 3 350 litres par seconde, est l’une des dix SP en construction à travers l’ensemble de la wilaya. Pour rappel, ce projet a été lancé en février 2010, pour un coût évalué à plus de 21 milliards de dinars et devrait, à terme, alimenter à partir du barrage de Koudiet Acerdoune, les communes de Sidi Aïssa et Ain Lahdjel, relevant de la wilaya de M’sila et d’autres communes du sud de Bouira, comme Sour El Ghozlane et Ridane. Par la suite, la délégation a pris la direction du chantier de la future station de pompage (SP6) de la commune d’Ain Lahdjar et plus exactement dans la localité de Rhimat. Elle devrait à terme, participer à l’alimentation en eau potable à partir de deux nappes phréatiques situées dans la commune voisine de Bir Ghbalou. Mais il y’a un hic ! Cette station accumule les retards et autres arrêts de travaux, ce qui freine considérablement l’aboutissement du projet. D’ailleurs, au mois d’avril dernier, le Premier magistrat de la wilaya s’est montré très agacé quant au rythme des travaux et n’a pas manqué de le faire savoir au chef du projet. « Les travaux doivent être plus soutenus! Nous ne pouvons plus attendre », a-t-il déclaré. Cependant et malgré les remontrances du wali, les retards continuaient à s’enchaîner. Hier encore, le ministre des Ressources en eau a constaté que cette SP n’est toujours pas prête. La cause ?

Et bien, hormis le fait qu’il est toujours en chantier, ce projet connaît lui aussi un gros souci d’ordre énergétique. Les responsables du projet ont fait état de leur « impuissance » face aux embûches administratives rencontrées. Ce problème a été déjà soulevé lors de la dernière visite du ministre, le 17 juin dernier.  D’ailleurs, il avait pris la décision d’octroyer les travaux de raccordement en électricité via le procédé du gré à gré au profit de la société publique Kahrif. Toujours est-il que la situation demeure inchangée. Cet état de fait n’a pas manqué de faire réagir M. Necib et d’une manière assez virulente. « Vous avez encore un mois. Si je n’ai pas de nouvelles rassurantes d’ici le 10 octobre prochain, je vous assure que des mesures très strictes vont être prises », a-t-il menacé.

Ramdane B. 

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