L’espace public de la ville de Tazmalt est régulièrement écumé par des escouades d’enfants, livrés pieds et poings liés à la mendicité.
Une forme de maltraitance qui prend, ces dernières années, des proportions hallucinantes. En effet, par la force de l’indigence sociale qui a laminé de larges franges de la population, des géniteurs indélicats pensent avoir trouvé la parade pour se tirer de la mauvaise passe. « C’est une exploitation éhontée qui jette l’enfant sur les sentiers de la déréliction et de la déchéance », affirme un psychologue de Tazmalt officiant en milieu scolaire. En poursuivant : « En agissant ainsi, ces parents ne font pas qu’enfreindre la loi, mais ils commettent un acte réprouvé par toutes les morales ». Dans d’autres cas, les enfants quittent les bans de l’école à un âge précoce pour se faire embaucher comme garçon de café serveur dans une pizzeria ou comme manœuvre dans un chantier. Des employeurs sans scrupules trouvent, en ces jeunes, une main d’œuvre au rabais et docile. Mine fatiguée, le regard vide, Kader, 15 ans, traîne un corps frêle et souffreteux. Il nous confie son infortune : « Cela fait plus de deux ans que je me suis fait virer de l’école pour mauvais résultats. Mon père, aux prises avec des fins de mois difficiles, m’a tout de go fait comprendre que je devais l’épauler dans la prise en charge de la famille », raconte-t-il, le vague à l’âme. « J’étais orphelin de mère, alors que j’avais huit ans à peine. Depuis, j’ai enchaîné les petits métiers, avec l’onction bienveillante de mon papa», témoigne un autre adolescent, vendeur de téléphones cellulaires au marché de la ville. Des cas similaires, il y en a à la pelle et Tazmalt ne fait, naturellement, pas exception. Cette réalité amère traduit le peu de cas que l’on fait de l’arsenal juridique sensé protéger ces mioches. A ce propos, « la loi fondamentale algérienne dispose dans son article 53 que l’enseignement est obligatoire, de même que la Convention des droits de l’enfant garantit l’éducation sur la base de l’égalité des chances », rappelle un jeune diplômé en sciences juridiques. Ces belles phraséologies n’ont hélas, aucune emprise sur la réalité où nos enfants subissent un chapelet de coups tordus. Faut-il signaler en outre, que la Convention internationale des droits de l’enfant, ratifiée par notre pays, n’a aucune incidence positive sur le destin de ces mineurs. Des mineurs qui continuent à être brimés, violentés et dépossédés de leurs droits les plus élémentaires.
N. Maouche.

