Le projet d’un marché de gros de fruits et légumes dans la commune d’Aïn Bessam, à une vingtaine de kilomètres à l’ouest du chef-lieu de la wilaya de Bouira, qui était, jusqu’à récemment encore, d’envergure régionale, avant qu’il ne soit «rétrogradé» au rang d’un simple marché de wilaya, est toujours en stand-by.
Ce chantier d’un AP initial de 70 millions de dinars, qualifié par les différents responsables locaux de « stratégique », dans la mesure où la wilaya de Bouira occupe une position géographique qui lui permet d’être un carrefour commercial incontournable, connait depuis son lancement, en 2010, bon nombre d’embuches et n’en finit pas de faire couler beaucoup d’encre. Ainsi, et après avoir fait les frais d’une gabegie sans nom de la part de la première entreprise réalisatrice, et d’un abandon total de la part des anciens élus de la commune d’Ain Bessam, ce marché de gros a été pour ainsi dire « repris en main » par l’actuel premier magistrat de la wilaya. Ce dernier avait, pour rappel, ordonné au mois de mai dernier, de « tout refaire », estimant que cette structure commerciale ne correspondait nullement aux normes en vigueur. A partir de là ce projet était censé connaitre un nouveau départ, et ce, avec l’implication de l’entreprise publique ‘’Magros’’, chargée de la réalisation et de la gestion des marchés à travers l’ensemble du territoire national. Cette entreprise a été saisie par le wali de Bouira afin d’émettre un avis consultatif sur le réaménagement de cette structure commerciale, et sur un autre volet, de réfléchir à l’hypothèse de sa délocalisation vers une assiette foncière plus conséquente, a même de garantir sa « dimension régionale ».
Benbada accuse !
D’ailleurs, au mois d’août dernier, l’APC d’Ain Bessam avait sollicité le wali de Bouira pour « faciliter » l’obtention de cette assiette estimée à quatre (4) hectares. Cependant, cinq mois se sont écoulés après cette décision, et ce projet, tant attendu, demeure irrémédiablement à l’arrêt. Partant de ce constat de blocage, les citoyens s’interrogent sur les raisons et, surtout, la responsabilité de chacune des deux parties (APC et Magros) dans ce qui s’assimile aisément à une impasse. Une partie de la réponse a été donnée par le ministre du Commerce, M. Mustapha Benbada. Ainsi, le 29 septembre dernier, lors d’une rencontre dédiée à l’évaluation du mode de gestion des marchés de gros, le ministre n’a pas hésité à tirer à boulets rouges sur les collectivités locales, en indiquant leurs « défaillances » dans la gestion et la réalisation de ces aires de commerce. Il est vrai que pour le cas du projet d’Ain Bessam, les élus locaux ont leur part de responsabilité dans les péripéties que connait sa réalisation. Car, depuis son lancement il y a de cela près de quatre ans, les représentants du peuple, notamment ceux de l’ancienne mandature, ont fait preuve d’une gestion approximative, à la limite de la négligence. Pour preuve, l’entreprise et le BET, choisis au départ, ont fait étalage de leur incapacité de mener ce chantier à terme. Pis encore, les fonds nécessaires à la réalisation de ce marché de fruits et légumes ont été prélevés sur les PCD alloués. Cet état de fait reviendrait à dire que les différents élus qui se sont succédés à la tête de cette municipalité depuis le lancement de ce chantier ont participé de manière directe ou indirecte, à la dilapidation des deniers de l’Etat, puisque plus de la moitié du budget initial a été consommé pour un taux de réalisation qui ne dépasse pas les 30%. Ceci démontre, comme l’a souligné M. Benbada, de la défaillance des collectivités locales, celle d’Ain Bessam en l’occurrence. Mais en dépit de cette mauvaise gestion flagrante des anciens élus, la nouvelle assemblée communale tente, tant bien que mal, de « colmater les brèches ». Ainsi et selon le vice-P/APC, « le projet du marché de gros d’Ain Bessam n’est pas mort. Nous nous attelons à le redynamiser et, à terme, il contribuera à l’essor économique de la région (…) Hormis les nombreux postes d’emplois qui seront créés au profit des citoyens, ce marché connaîtra l’affluence des agriculteurs de la wilaya ainsi que ceux des wilayas limitrophes », a-t-il indiqué.
Les élus attendaient ‘’un signe’’ de Magros
Cet élu réitéra, par la même occasion, son appel au premier responsable de la wilaya dans le but d’«accélérer » l’acquisition du terrain d’extension. « L’intervention des responsables de la wilaya est plus que nécessaire pour la réussite de ce projet. On sollicite l’intervention de M. le wali pour débloquer la situation ». D’autres responsables de ladite APC, qui avaient favorablement accueilli les efforts de décentralisation des projets, auront vite fait de déchanter. Et pour cause, certains d’entre eux déplorent le fait qu’aucune note officielle, faisant état de nouvelles mesures visant à relancer la réalisation du marché de gros, ne leur ait été délivrée pour le moment. « Nous avons lu les déclarations de M. Benbada, par voie de presse. On conçoit aisément le fait que la construction et la gestion des marchés de gros est à la charge des autorités locales. Toutefois, et à notre connaissance, c’est l’entreprise Magros qui en a la charge. A l’heure actuelle nous n’avons eu aucune correspondance officielle à ce sujet. Chose indispensable afin que nous puissions nous charger du dossier », affirme un élu de l’APC, avant d’ajouter : « Mais pour l’instant, ces déclarations, aussi officielles soient-elles, ne nous suffisent pas. Nous attendons toujours le rapport de la société Magros et de la commission chargée du suivi de ce projet ».
«L’APC est à côté de la plaque !»
Ce qui ressort de ces déclarations, c’est que l’APC d’Ain Bessam est « bloquée » par l’entreprise Magros et que cette dernière serait, selon les intervenants, derrière ces retards d’exécution des travaux. Afin d’en savoir plus sur le sujet, attache fut prise avec le DG de cette institution. Ce responsable nous feras des révélations qui remettent toute en cause et renforcent les accusations du ministre du Commerce à propos des défaillances des collectivités locales. Ainsi, et selon notre interlocuteur joint par téléphone, la société « Magros » n’a, à aucun moment, été sollicitée pour la réalisation du marché de gros d’Ain Bessam. « Nous avons répondu à titre gracieux aux sollicitations de M. le wali de Bouira, afin d’émettre un avis sur la réalisation de ce projet. Chose qui a été faite », dira-t-il. Interrogé concernant les propos des élus d’Ain Bessam, qui attendent que son entreprise « daigne » à commencer les travaux, ce responsable s’est dit « stupéfait et choqué » par de telles allégations. « Ceux qui vous ont dit cela sont complètement à côté de la plaque ! Magros n’a jamais eu pour vocation, du moins à l’échelle de Bouira, de réaliser le moindre marché de gros. Je vous le redis, on a été sollicité par le chef de l’exécutif de cette wilaya, pour donner notre avis sur le sujet », a-t-il insisté. Pour mieux étayer ses dires, notre vis-à-vis donnera un exemple simple, mais lourd de sens, s’agissant de la situation de ce projet. « Est-ce qu’on permet à des voisins d’effectuer des travaux dans son domicile sans le moindre aval ? Bien évidemment que non ! Je respecte les élus de cette commune et c’est pour cela que mon entreprise ne peut s’occuper d’un projet qui relève de leurs prérogatives », notera-il. Par la suite, et interpelé sur l’éventualité que son entreprise puisse intervenir dans la réalisation de ce projet, ce responsable a été très clair : « Le wali de Bouira nous a sollicités pour un travail bien précis, à savoir une expertise. Cette dernière a été faite et transmise aux autorités locales. Toutefois, si ces dernières font appel à nos services en matière de réalisation, nous nous tenons prêts. Car, nous sommes une entreprise publique qui veille à la gestion et à la réalisation des marchés de gros à travers l’ensemble du territoire national », a-t-il conclu. Cette dernière déclaration sonne comme une « moquerie » à l’égard de l’APC de Ain Bessam, et sous-entend que « Si vous n’en êtes pas capables, dites-le nous ! ». A travers tout ce qui a été relaté un seul constat saute aux yeux, les élus de ladite municipalité sont complètement ‘’ déconnectés’’ et n’ont aucune idée de leurs prérogatives en matière de gestion, du moins sur ce dossier. Tout ceci, conforte largement les déclarations de Benbada à propos des « défaillances » des collectivités. D’ailleurs, le premier responsable du Commerce en Algérie a clairement menacé ces collectivités récalcitrantes de poursuites judicaires. « Si un problème de fonctionnement est relevé le wali sera saisi en premier lieu. A défaut, une plainte sera déposée auprès des juridictions pour non-respect de la réglementation », a-t-il averti. A titre de rappel, mardi dernier lors de son point de presse, le wali de Bouira a mis en évidence ce « mal entendu » entre Magros et l’APC d’Ain Bessam, tout en rappelant au ministre du Commerce ses engagements à propos d’une rallonge de 10 millions de dinars supplémentaires.
Ramdane B. et Oussama K.
