La difficile lutte anti-sida

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Cinquante-six cas de malades atteints du Sida ont été recensés dans la wilaya de Béjaïa, un chiffre qui ne reflète guère la réalité si l’on prend en considération le caractère tabou et le manque de travail de proximité pour sensibiliser au maximum les franges vulnérables.Dire aussi que la lutte contre ce fléau va contre vent et marrés, si l’on assure au sidéens un traitement (15.000 euros par personne par an), le dépistage et la prévention restent les parents pauvres de cette maladie du siècle. Si la contamination par voie sanguine est presque anéantie suite aux moyens de contrôle du sang et tout l’arsenal mis à la disposition des secteurs de soins, la voie sexuelle reste ouverte, voir incontrôlable. La ville de Béjaïa et ses alentours semblent devenir des perchoirs de la prostitution, un phénomène pourtant indésirable jadis dans cette région. Le plus vieux métier s’exerce à grande échelle, du jour comme de nuit, or, on ne peut dire que les pouvoirs publics se sont particulièrement mobilisés. Le phénomène dépasse les villes côtières et les boîtes de nuit maintenant ce sont “quelques places publiques de la ville et des grandes artères” qui deviennent le théâtre de la prostitution. On a même avancé le chiffre de quelque 4000 femmes de mœurs légères qui ont investi la région de Béjaïa. Si naguère, la prostitution était carrément contrôlée par l’Etat en tolérant l’ouverture de quelques maisons closes, l’avènement de l’intégrisme a poussé à la fermeture de ces établissements, accentuant en revanche l’apparition des lieux de débauche et de proxénétisme. Le terrorisme a fait aussi sa part des choses en encourageant l’exode de régions touchées vers des villes plus clémentes comme Béjaïa. Ces prostituées, en majorité des analphabètes ne prêtent aucune attention aux conseils de préventions des maladies sexuellement transmissibles. En effet, l’ignorance, l’échange des partenaires et la pratique de la prostitution dans les milieux insalubres sont des indices forts où la prévention contre les maladies sexuelles (SIDA) est médiocre, voire inexistante. Un jeune fréquentant ces milieux de débauche clandestins avoue ne pas utiliser des préservatifs, car il trouve gênant que sa famille découvre ce petit “machin” dans sa poche.Même les tabous ont changé de camp. Les mineurs ne sont pas épargnés par ce métier a été trouvé fructueux. Dans l’une des villes de la Soummam, une fillette de 15 ans a été arrêtée par la police en flagrant délit de prostitution avec un homme de 51 ans. Le bourreau mis en prison et, la petite a été conduite à une maison d’arrêt pour mineurs, dans les Aurès.La pauvreté adolescente a fait en sorte que l’on vende son charme et sa chair dans un marché qui, en contrepartie d’un bonheur instantané, l’a plongée dans une situation qui la marquera pour longtemps.Le Sida n’est pas seulement une affaire de virus mais de monstres.

N. Touati

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