Une mission de salubrité publique

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Par Amar Naït Messaoud

À l’occasion de l’installation des nouveaux walis, le ministre de l’Intérieur et des Collectivités locales a eu le loisir, au cours de ces derniers jours, de revenir longuement sur la qualité peu reluisante des services publics assurés par les assemblées communales, la daïra et la wilaya. De ce fait, il a instruit les walis à recevoir les citoyens et à ouvrir les portes du dialogue. De même, s’agissant des documents administratifs nécessaires à la confection d’un dossier, Tayeb Belaïz promet de les réduire au strict minimum. Il serait prêt à éliminer 90 % de la paperasse, jugée superflue. Comme le Premier ministre, Abdelmalek Sellal, au début de sa prise de fonction en septembre 2012, le nouveau ministre de l’Intérieur compte mener une “bataille sans merci” contre la bureaucratie. Cette dernière a éreinté les jeunes Algériens au point de haïr les structures administratives de leur pays et de s’y attaquer à la moindre situation d’émeutes. Les lourdeurs des procédures touchent également, et de façon plus cruciale, les investisseurs, qui se trouvent ballotés entre plusieurs services (banque, domaines, APC, DRAG, cadastre,…), où on les fait poireauter par-ci et on leur demande des pots-de-vin par-là.  La défiance légendaire entre les populations et les gouvernants se cristallise particulièrement dans les prestations des services publics, lesquels sont loin de pouvoir être limités aux papiers administratifs délivrés par la mairie ou la daïra. Dans son sens le plus large, et que les citoyens ressentent et vivent dans leur quotidienneté le service public compte tous les fournisseurs de biens matériels ou immatériels pour les habitants d’un pays: électricité eau, gaz, téléphone, courrier, routes, toutes formes d’attestations et de papiers administratifs (mairie, daïra, tribunal, recette des impôts, conservation foncière, services des domaines, structures éducatives,…). Dans notre pays, toutes ces instances sont devenues des Léviathans qui vous font détester l’administration en général au point de pouvoir abandonner les projets qui vous font courir. Tayeb Belaïz dira de la bureaucratie qu’elle est la bête noire des Algériens. Le pire des paradoxes est lorsque, en voulant moderniser les prestations et numériser un certain nombre de documents, on tombe tout droit dans un travers quasi inattendu qui prolonge la souffrance des citoyens. Il en est ainsi des documents biométriques (carte d’identité nationale et passeport) qui sont tributaires de l’acte de naissance 12 S. Jamais calvaire aussi stressant n’a été vécu par les Algériens que cette histoire du 12 S. Cela, abstraction faite de l’encombrement qui prend en otage les services d’État civil à travers tout le territoire national. Même avec la numérisation de certains documents, des erreurs fatales continuent à truffer gravement certains documents majeurs, comme l’acte de naissance. Les erreurs commises sur les noms- suite à une arabisation non maîtrisée des documents administratifs- ont valu à des milliers de citoyens des recours fastidieux à la justice pour corriger les erreurs.  Il y a quelques années, le ministère de la Justice a instruit les tribunaux de n’accepter de documents, dans le cadre des affaires civiles, pénales ou administratives, que ceux écrits en langue arabe. De pauvres citoyens, à la recherche d’un droit à faire valoir, ont été saignés à blanc par les traducteurs officiels. Ces derniers ont vite vu leur chiffre monter à 8000 à l’échelle  nationale. La traduction de certains contrats ou marchés publics pour un petit entrepreneur a coûté jusqu’à 50 000 dinars. Ce n’est qu’à la faveur d’une note du ministère de la Justice, produite en 2012, que cette procédure a été abandonnée et que les traducteurs ont…crié à la trahison. S’agissant de la lourdeur et de la médiocrité des prestations des services publics dans notre pays, le paradoxe le moins admissible est l’allocation d’enveloppes budgétaires historiques pour les administrations concernées sans que le résultat voie le jour.  Engluée dans la corruption, les passe-droits, l’incompétence et l’inefficacité l’administration publique qui travaille directement avec le public a perdu de sa crédibilité.  Elle constitue, pour le simple citoyen, le miroir fidèle d’un pouvoir qui peine à entrer en contact avec les populations et qui, au contraire, chercherait à les éloigner davantage de la sphère de ses préoccupations. Si des cadres et des agents de valeur existent encore dans nos administrations et fournissent, dans la discrétion, des efforts pour prévenir les besoins du citoyen, la plus grande partie de l’ossature de l’administration donne une piètre image du pays et de ses gouvernants. C’est pour corriger justement cette image que le ministre de l’Intérieur se met dans la continuité des engagements du Premier ministre. Est-ce suffisant pour susciter une révolution dans les services publics ?

A. N. M.

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