Le colloque international sur l’expérience créative d’Assia Djebar s’est poursuivi, hier, pour la deuxième journée, à l’université Mouloud Mammeri de Tizi-Ouzou.
Les intervenants ont déploré l’absence d’une traduction de l’œuvre de l’écrivaine en langue arabe. Chose qui prive beaucoup de lecteurs de découvrir les chefs d’œuvres de l’écrivaine. Même en étant l’un des plus célèbres et influents auteurs du Maghreb, les œuvres d’Assia Djebar sont traduites dans plusieurs langues mais ne sont toujours pas disponibles en langue arabe. L’une des conférenciers de la deuxième journée s’étalera d’ailleurs longuement sur cette réalité. En effet, et d’après Amal Chaouati, la présidente de l’association des amis d’Assia Djebar à Paris, les livres de l’écrivaine sont traduits « dans plus de 30 langues à travers le monde, mais pas en Arabe». La conférencière qui a tenté de répondre au questionnement : ‘’l’oeuvre d’Assia Djebar : quel héritage pour les intellectuels algériens?’’ a souligné l’existence d’une première tentative de traduction vers l’arabe. Une expérience qu’elle qualifie néanmoins de mauvaise. Ainsi, explique-t-elle, « « Loin de Medine’ a été traduit vers l’arabe, d’une piètre façon ce qui a vivement déplu à l’auteur. A travers cette traduction, l’œuvre s’est transformée en livre religieux. Et c’est peut-être pour cette raison qu’aucune autre traduction n’a été admise par Assia Djebar». Mais le fait est là s’accorderont à dire la majorité des intervenants, hier, cela n’aide pas la littérature algérienne, encore moins le lecteur non francophone qui est ainsi privé de découvrir les créations de l’auteur. Parler de la disponibilité des livres d’Assia Djebar en langue arabe, mène à soulever une autre problématique. Celle de l’indisponibilité même des ouvrages d’Assia Djebar. Ces derniers ne sont pratiquement plus disponibles en Algérie par manque de réédition, « peut-être voulue », ose la présidente de l’association des amis d’Assia Djebar. La première partie de la deuxième journée de ce 8ème colloque international consacré à l’expérience créative d’Assia Djebar, inscrit sous le thème de ‘’Assia Djebar : l’œuvre d’une vie’’, a été aussi l’occasion pour les participants de « décortiquer » un peu plus certains livres signés par l’auteur. Tels ‘’Le blanc de l’Algérie’’, à travers lequel, l’écrivaine retrace l’histoire de l’Algérie colonisée, expliquera Mme Chaouati. Elle soulignera « la nécessité de reconnaître le rôle très important de l’auteur dans la sauvegarde de l’histoire du pays ». Pour sa part, Khadidja Benammar, de l’université de Mostaganem a parlé du « mariage mixe » qui caractérise les écrits de l’écrivaine. Assia Djebar, comme la majorité des auteurs algériens nés durant l’époque coloniale, a usé de la langue du colonisateur. « L’écrivaine a été frustrée d’y être soumise et de devoir l’utiliser dans le but de s’exprimer et de transmettre ses idées. Mais elle a fini par trouver son équilibre, pour enfin accepter la chose », dira l’intervenante. Se référant aux déclarations de l’écrivaine, la conférencière parlera de « la Frangérie qui est pour Assia Djebar un mariage heureux entre la francophonie et l’’’algérophonie’’ ». Elle expliquera le processus de réconciliation avec la langue outil, qui a duré près de 10 ans pour Assia Djebar, 10 ans d’expérience créative littéraire. « Elle en arrive désormais à dire qu’elle est désormais une francographe soumise à la langue française », dira Mme Benammar. Le colloque international se poursuivra aujourd’hui pour sa dernière journée, au terme de laquelle une liste de recommandations est prévue.
T. Ch.

