Le ras-le-bol des usagers

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La grève des travailleurs de l’ETUSA, qui en est à sa deuxième semaine, a des conséquences directes et visibles sur les déplacements des citoyens. Les transporteurs privés affichent complet, notamment aux heures de pointe.

Aux différents arrêts de bus, dont les dessertes étaient assurées par les “bus bleus», les foules se bousculent vers les bus privés, face à la cherté des taxis et les destinations limitées du tramway et du métro. À la station du 1er-Mai à Alger, le mécontentement est visible chez les citoyens qui courent dans tous les sens pour demander la destination de chaque bus. Hélas, aucun bus n’est prêt à démarrer. Tous les bus sont garés l’un à côté de l’autre. L’un des responsables de la station a indiqué que des transporteurs privés ont été mobilisés par la direction des transports pour combler le déficit causé par cette grève. Une mesure adoptée à chaque fois que l’ETUSA entame un mouvement de débrayage, a-t-il dit.  “Une situation qui a assez duré», se lamente Mohamed, qui a raconté son désagrément quotidien avec les transports, entre son domicile à Birkhadem et son lieu de travail à Alger-centre. “Nous sommes dépassés face à ces rushs, notamment aux heures de pointe», a indiqué pour sa part, Abderrahmane, un chauffeur de taxi.  A la place des Martyrs, presque paralysée à l’exception des autobus du secteur privé qui assurent le service, Hassiba ne cache pas sa colère. Elle ignorait que la grève des bus publics se poursuivait toujours, perdant ainsi plus d’une heure à attendre. Elle doit se déplacer à la gare routière de Tafourah pour se rendre à Koléa. Elle est revenue sur la “cupidité” de certains chauffeurs de taxi qui veulent tirer le maximum de profit de cette situation. L’un d’eux a exigé 200 DA, malgré la petite distance jusqu’à la gare de Tafourah. “Je suis obligée de céder parce qu’il me reste un long trajet à faire», déplore-t-elle. La crise qui secoue l’ETUSA depuis plus d’une semaine risque de s’installer dans la durée, surtout avec le manque de dialogue. En effet, la direction générale de l’entreprise a jugé que la grève était illégale. Les travailleurs qui ont décidé d’un mouvement de protestation pour demander le versement de leur salaire, ont fini par déclencher une grève illimitée pour exiger la satisfaction d’une série de revendications dans laquelle figurent « un salaire de base à partir de 18 000 dinars, des rappels sur salaire à compter de 2008, une prime de panier, un profil de carrière et une convention collective ». Des revendications pour lesquelles les travailleurs ne comptent faire aucun compromis. Dénonçant le silence de la direction de leur entreprise qui n’a pas engagé de dialogue pour désamorcer la crise, les travailleurs sollicitent l’intervention du ministre des Transports. Toujours mobilisés et regroupés à la station de bus de la place du 1er Mai, à Alger, les protestataires expliquent qu’ils ont d’autres cartes en main pour bloquer totalement le transport public dans la capitale. En attendant la fin de la crise, ce sont les transporteurs privés qui supplantent les bus publics.

« Grève illégale », selon la direction 

Le directeur général de l’Etusa, Yacine Krim, qui a estimé cette grève illégale, a saisi la justice qui, à son tour, s’est prononcée sur l’illégalité de ce mouvement de protestation. En effet, selon le premier responsable de cette entreprise, « toutes les revendications des grévistes pour l’application de la convention collective de 1997 ont été satisfaites en octobre de l’année 2012. Il n’est plus possible de tolérer ce genre de débrayages inopinés qui causent des désagréments aux usagers des transports et des pertes à l’entreprise ». Dans ce contexte, il fera remarquer que cette grève fait perdre à l’entreprise 2 millions de dinars par jour, en plus du manque à gagner en matière de publicité sur les bus. Allant plus loin, M. Krim précisera que les travailleurs en grève « réclament l’abrogation de l’article 87 bis de la loi 90-11 relative aux relations de travail », selon lequel, a-t-il rappelé « le salaire national minimum garanti (Snmg) doit englober le salaire de base, les primes et les indemnités, et cela quel que soient leur nature, à l’exception des indemnités versées pour payer les dépenses assumées par le travailleur ». Il a aussi précisé que l’abrogation de l’article 87 bis du Code du travail « ne relève pas de mes prérogatives, mais de celles du gouvernement ». Ceci, sans oublier le fait, a-t-il assuré que « les articles de la convention collective de 1997 sont appliqués ». Cette grève a été déclenchée subitement, et sans préavis ou annonce, ce qui a pris au dépourvu les citoyens. Ces derniers se sont indignés de cet acte intolérable. Ils ont tenu à exprimer leur colère, affirmant que ces grèves à répétition « sont usantes ». « Le pire s’est produit le premier jour de la grève où tout le monde a été pris au dépourvu, étant donné que le mouvement n’avait pas été annoncé », s’indigne une citoyenne. De son côté la chargée de communication de l’ETUSA, Samira Djaâfri, a expliqué le changement de date des virements de salaires qui a occasionné des retards : « On commence à calculer les paies le 1er de chaque mois, et c’est normal que ça prenne du temps, eu égard notamment au nombre important de travailleurs qui est de 2500 employés ».Il est à rappeler que les travailleurs de l’ETUSA ont entamé une grève illimitée depuis lundi dernier. Justifiant leur acte par le non-paiement du salaire du mois d’octobre dernier, tout en revendiquant « l’application de tous les articles de la convention collective, signée et adoptée en 1997, avec effet rétroactif et le respect de ses dispositions juridiques. Mais aussi le retour de la section syndicale, dissoute au mois d’octobre dernier ».

 

“ Illimitée», selon les grévistes

La plupart des grévistes ont affirmé leur “détermination” à poursuivre leur mouvement de grève jusqu’à satisfaction totale de leurs revendications. “Nos revendications ne datent pas d’aujourd’hui et ont été réclamées lors des précédentes grèves», explique un syndicaliste. Les travailleurs demandent “l’application de tous les articles de la convention collective signée et adoptée en 1997, avec effet rétroactif et le respect de ses dispositions juridiques”.  Ces grévistes rapportent que “le bureau du syndicat de l’ETUSA a été gelé par la direction générale de l’entreprise, depuis le mois d’octobre dernier, pour des raisons inconnues”. Les travailleurs reconnaissent que cet état de fait donne à leur grève un caractère “sauvage” qui risque de rendre le dialogue difficile et de compromettre la légitimité du débrayage.

 

Les étudiants livrés à eux-mêmes

 

La grève des travailleurs de l’ETUSA a étendu son champ d’action jusqu’à toucher l’université. En effet, les transports universitaires ont été  immobilisés, eux aussi, depuis dimanche. Une fois de plus, les étudiants sont pris au piège par ce débrayage. Comme d’habitude, ils vont récolter ce que les autres ont semé. Ainsi, pour certains étudiants, surtout ceux en plein examens, le moment de la grève est mal tombé et cette grève des transports universitaires risque de les pénaliser fortement. En voyant leurs programmes chamboulés, rajoutés aux absences et retards dus à l’absence de moyens de transport, ils sont, une fois de plus, livrés à eux-mêmes.

Ferhat Zafane

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