La mendicité est devenue, par les temps qui courent, une activité lucrative porteuse. Elle est structurée, hiérarchisée, avec ses barons, ses chefs d’îlots, cheftaines d’équipes et tutti quanti. Dés l’aube, des hordes déguenillées, transportées par des fourgons, loués vraisemblablement au mois, envahissent la ville. Avant de prendre leur poste respectif, elles prennent d’abord leur petit déjeuner : croissants ou petits pains au chocolat chauds, limonade et café. Une fois rassasiées, elles rejoignent leur lieu de «travail». La mine patibulaire, un bébé dans les bras, la voix plus que sinistre, elles supplient, à qui mieux mieux, les passants de leur donner une pièce. Et pour améliorer leurs implorations, elles y rajoutent des mots en kabyles, sans accent, pour apitoyer davantage les gens. C’est qu’elles s’y connaissent en techniques de marketing pour booster leur «négoce» unilatéral. Parce que, dans l’affaire, il n’y qu’un seul gagnant, c’est la mendiante. Comme le disait W. Shakespeare : «Il n’y a que les mendiants qui puissent compter leurs richesses». Les nôtres, non seulement savent, talentueusement, monnayer leur misère apparente, pire, elles maîtrisent l’art de persuader le passant, de guerre lasse, à mettre sa main dans la poche, à force d’insistance et de prières, voire parfois de brutalités, envers les femmes notamment. Il est vrai que ce phénomène, qui s’aggrave de jour en jour, est loin d’être causé par l’indigence, auquel cas il serait compréhensible et peut, à la limite, susciter la compassion de tout le monde. Mais dans ce cas de figure, il s’agit plus d’un commerce illégal auquel s’adonnent des gens plus cupides que dans le besoin. Ceux qui sont réellement pauvres ne tendent pas la main, ils vivent leur pauvreté dans la discrétion et la dignité. Quant à ces mendiantes qui peuplent les rues de Tizi-Ouzou, arnaquant les passants, il serait temps de leur faire baisser rideau, même par la force de la loi.
Sadek A. H.
