Journée mondiale de la lutte contre les violences faites aux femmes – Combien sont-elles en Kabylie ?

Chaque année, la journée internationale de la lutte contre les violences faites aux femmes, qui coïncide avec le 25 novembre, est célébrée à travers les quatre coins du monde. En Kabylie, cette journée symbolique ne bénéficie pas d’une attention particulière.

Ces dernières années, les violences commises contre les femmes en Algérie n’ont cessé de prendre des proportions alarmantes. Elles ont même tendance à se banaliser. En effet, selon les statistiques de la direction générale de la sûreté nationale (DGSN), plus de 7000 femmes ont été victimes de violences, sur le territoire national, durant les neufs premiers mois de l’année en cours. Elles les ont subies au sein même de leurs familles, et leurs bourreaux ne sont autres que leurs époux, leurs frères ou leurs enfants. C’est la République Dominicaine qui avait proposé cette journée de lutte contre la violence faite aux femmes suite à l’assassinat des trois sœurs Mirabal, militantes politiques dominicaines, le 25 novembre de 1960. Et ce n’est que le 17 décembre de 1999 que l’Assemblée générale de l’Organisation des Nations unies a proclamé le 25 novembre, journée internationale pour la lutte contre la violence faite aux femmes.

Le nombre des victimes en augmentation

Selon les statistiques du service de la sûreté de wilaya de Tizi-Ouzou qui s’occupe de ce dossier, 167 femmes se sont plaintes de différentes formes de violence, durant la période allant du 1er janvier au 31 octobre de l’année en cours, à travers la wilaya de Tizi-Ouzou. Alors qu’en 2012, les mêmes services ont traité 190 affaires et 143 en 2011. Ainsi, ce sont 135 affaires reliées aux coups et blessures volontaires qui ont été traitées. « Parfois ce sont des dossiers qui sont transmis au parquet, parfois ce sont carrément des présentations devant le juge. De plus, il faut signaler que souvent les victimes se désistent à la dernière minute, notamment quand le mis en cause est un membre de la famille. Dans ce cas, le dossier est renvoyé au parquet », dira la commissaire, M. Djamila Temar, responsable de la communication à la sûreté de wilaya. Pour ce qui est des insultes, 17 cas ont été signalés à la police. Et 5 cas d’attouchements ont été enregistrés, durant la même période. Les mauvais traitements, quant à eux, sont au nombre de 7. Notre interlocutrice ajoutera : « nous ne pouvons pas nous baser exclusivement sur ces chiffres, car la plupart de ces femmes ne viennent pas se plaindre. Soit elles ont peur où honte de le faire. Il faut rappeler qu’elles sont très nombreuses à souffrir dans leur coin ». Pour ce qui est des viols, les services de la sûreté de wilaya ont enregistré durant les dix premiers mois de l’année en cours, un cas de viol sur deux mineurs et un autre sur une femme adulte.

Amusnaw, une association qui reçoit 2 à 3 victimes par jour…

Cette association possède une cellule d’écoute, « SOS TAFAT », qui offre un soutien psychologique et juridique aux femmes et enfants victimes de violences. « Nous avons un numéro où les gens peuvent appeler H24 et parler à nos assistants. Nous faisons partie d’un réseau de lutte contre les violences faites aux femmes. Actuellement, nous pensons à la mise en place d’un numéro vert. Chose qui se fera d’ici le début de l’an prochain », expliquera le président de ladite association, M. Aksil Touzène. Il ajoutera : « nous recevons 4 à 5 appels par jour. Au niveau de notre local, nous recevons entre 2 et 3 victimes quotidiennement. A leur arrivée, c’est l’assistante qui discute avec elles, puis elles sont orientées en fonction de la violence subie ». Il précisera : « Si c’est une violence physique, nous faisons le nécessaire pour lui établir un certificat médical et nous l’accompagnons dans le reste des démarches. Sinon, quand il s’agit d’un problème juridique, nous avons des juristes et avocats qui nous soutiennent et qui accompagnent les victimes. Pour ce qui est des problèmes psychologiques, ce sont nos psychologues qui prennent le relais ». « Pour la lutte contre les violences faites aux femmes, notre association ne se cantonne pas à cette seule journée du 25 novembre. C’est un combat de longue haleine que nous livrons durant toute l’année, notamment en organisant des séminaires et des rencontres formation.

Nous avons même un projet avec le fonds des Nations unis pour la démocratie (FNUP). Nous organisons, durant l’année, deux séminaires parallèles qui entrent dans le projet « Des femmes leader » ». M. Touzéne ajoutera que le prochain séminaire qui aura pour thème ‘’La présence des femmes dans les institutions, état des lieux et perspectives’’, se tiendra le 28 du mois en cours à l’APW de Tizi-Ouzou.

« Dans le cadre de la célébration du 25 novembre, nous avons participé hier (samedi dernier NDLR…), à une randonnée, dans le parc des loisirs à Alger, pour dénoncer les violences faites aux femmes, en collaboration avec le réseau ‘’Wassila’’, dont nous faisons partie », nous apprendra le président de l’association ‘’Amusnaw’’. Ce dernier nous indiquera que pour toucher le plus de monde possible, une campagne a été lancée via les différents réseaux sociaux, notamment Facebook et Twitter.

«Aux yeux de la société la femme est toujours coupable»

M. Touzène insistera également sur le fait que, dans notre société la femme reste toujours coupable. Quand une femme subit une violence, même ses parents rejettent la faute sur elle. « Les mentalités sont difficiles à changer. Par ailleurs, nous avons décidé de faire un film avec une boite de communication locale sur le sujet du harcèlement. Ce film parlera d’une jeune femme qui travaille dans une entreprise. Cette femme a deux frères, l’un semble la protéger et l’autre est un petit voyou. Tandis que le premier lui interdit de se maquiller et d’être bien habillée, l’autre tente de profiter de sa jeunesse et de sa beauté pour l’introduire dans les différents réseaux. Au fait, ce film est venu pour dénoncer ce qui se passe dans notre société. Quand une femme est bien habillée et maquillée les gens disent d’elle qu’elle n’est pas sérieuse et quand elle est moche il la critique ».

Samira Bouabdellah