Béjaïa : Quelle solution face au chômage galopant ? – L’équation complexe !

Trouver un travail est le souci majeur de tout jeune qui veut avoir une vie décente et fonder une famille. Rafik, 24 ans, originaire d’un village des hauteurs de Tazmalt, est encore étudiant en sciences commerciales à l’université de Béjaïa.

Il est en train de préparer son mémoire de fin d’étude. Il nous dit appréhender d’ores et déjà le monde du travail. « Je sais que le chômage et ses déboires m’attendent. C’est une phase inévitable ». Si ce jeune, encore étudiant, manifeste déjà tant de craintes, c’est parce qu’il voit ce qu’endure son frère, Omar, sans emploi depuis sa sortie de l’université en 2007. Agé de 29 ans, ce dernier a un master en électronique depuis six ans. Il est passé de déboire en déception. Il a sillonné plusieurs wilayas, postulé à tous les concours, déposé des dossiers partout, sans le moindre succès. « Beaucoup de gens prennent les chômeurs pour des fainéants, les accusant de ne tout simplement pas vouloir travailler. Dieu seul sait combien de CV j’ai déposés en six années, à combien de concours j’ai participé sans décrocher le moindre entretien », nous confie amèrement Omar. En parallèle, Omar accumule les petits boulots, histoire de s’occuper et de gagner un minimum pour ses dépenses quotidiennes. Il travaille souvent comme ouvrier du bâtiment. Ils sont légion à être dans la même situation que lui. Beaucoup sont diplômés. Leurs jours passent et se ressemblent. Il n’est un secret pour personne qu’en périodes de crise, les scrupules et les lois passent au second plan. Ils laissent place au passe-droit et au favoritisme. Tous les moyens sont bons pour prendre son billet pour une vie décente. Entre l’offre et la demande en matière d’emploi, le fossé est immense. En témoignent les différents concours de la fonction publique, notamment ceux de l’éducation nationale. L’écart entre le nombre de postes proposés et le nombre de candidats se mesure par milliers. Au dernier concours de recrutement d’enseignants, dans la wilaya de Béjaïa, au mois d’août dernier, il y avait moins de 500 postes à pourvoir, tous paliers confondus. En face, plus de 11 000 candidats. C’était la ruée vers les centres d’examens. Et le même scénario se répète chaque année. Et à chaque affichage des résultats, on crie aux « combines » et au « copinage » dans l’attribution des postes. Vérité ou simples suspicion due à la déception ? On n’empêchera ces allégations que lorsque l’équilibre entre l’offre et la demande sera rétabli…

Des dispositifs de recrutement qui ne garantissent rien…

Opérationnels depuis presque huit ans, les différents dispositifs de recrutement mis en œuvre par l’Etat pour résorber le chômage, en l’occurrence l’ANEM, le DAIP, et les contrats CID et CTA, n’ont toujours pas montré leur efficacité du moins pas dans la wilaya de Béjaïa. L’Anem, par exemple, organisme grâce auquel ont été recrutés des milliers de diplômés, semble avoir atteint ses limites, depuis quelques temps déjà. En effet, des candidats ayant eu recours aux services de cette agence, et qui ont atterri dans le privé ou le publique, sont unanimes à dire : « la formule n’offre pas de lendemain sûr. Les diplômés peinent à se faire recruter définitivement ». Dans le secteur public, un collectif des travailleurs contractuels, du filet social et ceux recrutés dans le cadre des dispositifs d’insertion, est né à Béjaïa, depuis trois ans déjà. Il a à son actif plusieurs marches et rassemblements, locaux et nationaux, pour « dénoncer la politique de recrutement par ces formules et demander la titularisation de tous les contractuels ». A Béjaïa, ils sont des centaines de jeunes à attendre l’intégration, seul gage de stabilité. Et surtout parce que ce n’est qu’une fois intégré que le diplômé peut cotiser pour la retraite. Et donc, les trois années d’insertion ne seront pas comptabilisées. C’est la première anomalie relevée par les contestataires des dispositifs. Ensuite, et en ce qui concerne le recrutement, l’on a constaté que plusieurs insérés ne sont pas intégrés après la fin de la période d’insertion. « On nous a promis l’intégration après trois ans et j’en suis à ma quatrième année de contrat », dénonce ce jeune travaillant dans le secteur des travaux publics. C’est pareil pour le secteur privé. Certains patrons ne s’en tiennent pas aux clauses initiales du contrat et bafouent allègrement les lois régissant l’insertion. « L’insertion arrange les patrons qui profitent d’une main d’œuvre à bas prix », se plaint un travailleur d’une agence de communication, recruté dans e cadre d’un contrat CTA, qui n’a, depuis 03 mois, pas reçu son supplément de paye.

M. H. Khodja