Ça coince toujours !

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L'amélioration du service public au niveau de la wilaya commence néanmoins à se faire sentir sur le terrain.

Ainsi, les slogans d’une administration au service du citoyen se sont matérialisés, avec la mise en place d’importants dispositifs ayant pour but de faciliter la vie aux citoyens et leur offrir des prestations de services de haute facture. Cependant, certaines nouvelles mesures rencontrent quelques difficultés quant à leur application, mais aussi à leur acceptation. Usagers et personnels de l’administration ont encore du mal à s’y faire. Car, ces derniers ont souvent tendance à adopter et développer des attitudes et des réflexes hérités de l’ancien mode de fonctionnement. Alors, il faudrait encore du temps pour que la nouvelle reforme du service public devienne efficace. 

L’incivilité a la peau dure…

Parmi ces dispositifs, on citera l’instauration d’un système de tickets à l’entrée de chaque administration, et ce, dans le but d’éviter les bousculades et autres tentatives de passe-droits. Mais cette technique ne fait visiblement pas l’unanimité auprès des usagers, qui la trouvent «contraignante». C’est du moins ce qui nous a été donné de constater, lors de notre passage au niveau du service d’état civil du chef-lieu de la wilaya et celui de Kadiria. Ainsi, les citoyens rencontrés sur les lieux fustigent ce mode de service, indiquant qu’il leur fait « perdre énormément de temps ». En effet, à l’entrée des différentes administrations, l’agent chargé de l’accueil remet aux usagers un ticket, après leur avoir demandé à quel service ils souhaiteraient se diriger. Par la suite, les citoyens attendent leur tour. Bref, c’est un dispositif qui a pour vocation de mettre de l’ordre dans des administrations, trop souvent taxées d’anarchie. Cependant, certains citoyens regrettent carrément l’ancienne méthode, qui consistait à faire preuve de ruse et de roublardise, afin d’obtenir ou de légaliser un document administratif. C’est à croire que le virus de l’anarchie et des passe-droits a fini par contaminer bon nombre de citoyens.  » C’était mieux avant »,  » Ah si j’avais une connaissance ici… », « Ils nous obligent à attendre, alors que tout peut se régler en 5 mn », autant de remarques qui ont été faites par des citoyens de tous âges, au niveau de l’état civil de Bouira. Mieux encore, une vieille dame a feint ne pas savoir lire, alors qu’elle parlait un français irréprochable, et ce dans le but de « griller » la chaîne et déposer son ticket. Mais sa tentative s’est heurtée à la vigilance de l’agent chargé du contrôle, qui l’a gentiment priée d’aller se rassoir et d’attendre son tour. Cet agent, que nous avons interrogé sur les modalités de ce dispositif et son application, dira d’un ton dépité : « Il faudra du temps, beaucoup de temps, pour que les citoyens s’habituent à l’ordre. Chaque jour que Dieu fait, je fais face à des petits malins qui se croient au dessus des règles. Je m’efforce d’être courtois avec eux, mais vous pouvez me croire, c’est pénible, à la longue ». Au même moment, un sexagénaire abondera dans le même sens en lâchant : » L’Etat, avec tout ce qu’on peut lui reprocher, tente de mettre de l’ordre. Mais il y a certaines personnes pour qui la notion de l’ordre est complètement étrangère. C’est terrible! », a-t-il regretté. 

Des agents « tir au flanc »

Les mêmes scènes ont été constatées au niveau de l’état civil de la commune de Kadiria, où ces tickets n’ont franchement pas la cote.  » Je suis arrivé à 9h du matin et j’ai hérité du numéro 265. Il est 10h passé et ils en sont encore au 226. Je sens que je vais passer la journée ici », dira un citoyen d’un air agacé. Et d’ajouter : « Auparavant, pour légaliser un document, il fallait certes être rusé mais cela se faisait en 10 minutes », fera-t-il remarquer. À travers tout cela, on pourrait comprendre que les citoyens font preuve d’incivisme flagrant et que la machine est bien huilée. Eh bien, ce n’est pas exactement le cas, car certains guichetiers ne donnaient pas l’impression de se «tuer à la tâche», bien au contraire. Certains d’entre eux sont des inconditionnels de la formule «doucement le matin, pas trop vite le soir». En effet, aussi bien pour l’état civil de Bouira que celui de Kadiria, les préposés au guichet de légalisation ou de délivrance des extraits de naissances, mettent pas moins de 10 minutes pour  » libérer » le citoyen. On imagine bien que tout est informatisé et qu’il suffit d’entrer les noms et prénoms de l’usager pour que toute sa filiation apparaisse sur l’ordinateur. Mais pour certains guichetiers, parler des déboires de la JSK ou des rebondissements de l’affaire Khalifa, passe en premier lieu et le citoyen devra attendre. Ainsi, nous avons eu à constater que ces agents continuent à faire passer les citoyens au second plan, et ce, en dépit des mises en garde des autorités locales, qui ne cessent de rappeler que l’agent est le miroir de l’administration. D’ailleurs, lors de sa visite à Bouira, le ministre chargé auprès du Premier ministre, de la réhabilitation du service public, M. Mohamed El Ghazi, avait clairement indiqué que les agents doivent impérativement avoir la notion de service public, afin que l’administration puisse recouvrer ses lettres de noblesse. Au niveau de la wilaya de Bouira, du moins dans les structures visitées, ce n’est pas encore le cas. De l’avis de tous, des efforts doivent encore être faits, notamment dans le volet formation, pour que légaliser un document ne soit plus une tâche si fastidieuse.

 Ramdane B.

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