Il y a deux années, disparaissait Cherif Kheddam – L’artiste plus vivant que jamais

Il a été tout au long de sa carrière le serviteur des muses qui le lui rendaient bien. Cherif Kheddam avait commencé à travailler dès l’âge de 15 ans, à Alger, dans une fonderie.

Cinq ans plus tard, il alla à Saint-Denis puis à Epinay où il exerça plusieurs métiers. Il travailla dans une fonderie et dans une entreprise de peinture. Il n’a néanmoins pas négligé son sacerdoce, son art, qu’il voulait accomplir. Ne pipant pas un mot de français, il s’inscrit vaille que vaille aux cours de solfège et de chants, le soir après le travail. Il était d’une volonté à toute épreuve. Il savait ce qu’il voulait et faisait ce qu’il fallait pour atteindre ce à quoi il aspirait, c’est-à-dire l’agora des élus. Il ne voulait pas être seulement un musicien et un poète vertigineux et étonnant par la simplicité et la limpidité de ses vers. Il se voulait ceci et plus que cela. Compositeur, s’inspirant de toutes les musiques du monde, il resta attaché aux mélodies de sa montagne, de ses rivière, de ses ravins et nids d’aigles, sa Kabylie, qu’il voulait entière et fidèle aux légendes et tourments qui l’habitent, avec ses joies, ses peines, ses calvaires et ses chemins de croix. Cherif Kheddam a été aussi d’une créativité proverbiale. Il a été pour ainsi dire celui qui a veillé à l’émergence de la musique moderne d’expression kabyle. Et y a apporté sa touche, son approche et sa vision d’universaliste impénitent. Il a aussi veillé à la formation de musiciens de haut vol, tels Idir, Hamid Medjahed, Hassan el Abbassi, Nouara et tant d’autres dont la musique et la voix, flattent encore, par ses temps de disette musicale, nos ouies, nos âmes et nos esprits. Son œuvre marque par sa forme et son contenu harmonieux, tout en symbiose. C’est un artiste intégral qui a autant d’exigences musicales que rhétoriques. Chaque phrase musicale habille de ses beaux atours chaque vers d’une poésie puisée dans les tréfonds insondables pas seulement de sa Kabylie mais de toute l’Algérie : « Bgaïth telha », « Ismim adjurdjura », « Ledzayer nchallah atsehloudh », « Sligh iyema thena »… Il est né en 1927 à Boumessaoud, commune d’Imsouhal, dans la région de Aïn El Hammam, dans une famille d’agriculteurs modestes. Dès l’âge de 9 ans, il fréquente la zaouia de Boudjellil (Tazmalt), où il a appris le Coran et à le psalmodier. Il s’est éteint le 23 janvier 2012, dans un hôpital parisien. Le 26 du même mois, sa dépouille est rapatriée pour être inhumée, le lendemain 27, dans son village natal, en présence d’une foule immense venue lui rendre un dernier hommage. Il va sans dire qu’un artiste, aussi monumental que Cherif Kheddam, ne peut pas mourir. Il est vivant en nous, par nous et malgré nous, à travers son œuvre.

 Sadek A H