Hamid Medjkoune, un entraîneur de football diplômé de l’ISTS d’Algeret détenteur de la licence CAF A, actuellement sans club, nous livre ses impressions sur le football dans la willaya de Béjaïa et la léthargie dans laquelle est plongée cette discipline au niveau national.
Humblement, cet entraîneur au bagage scientifique appréciable nous renvoie à la période 80-90 lorsque l’entraîneur algérien travaillait avec les moyens de bord et s’efforçait d’adapter les expériences des pays européens à l’environnement algérien.
La Dépêche de Kabylie : Voudriez-vous vous présenter à nos lecteurs ?
Hamid Medjkoune : Je suis natif d’Ouzellaguène, j’ai 48 ans et suis père de trois enfants. Je suis technicien supérieur en sports, de la promotion 85/88. Je fus classé premier à l’échelle nationale durant le concours d’accès au grade de conseiller en football en 2006. Je suis également détenteur de la licence CAF A. J’ai été collaborateur de Korichi Toufik dans la gestion des écoles de football de la SONATRACH dont j’étais coordinateur zonal des régions de Skikda Mila, Jijel et Béjaïa durant deux années et co-organisateur des tournois des écoles de football avec la firme Coca-Cola. J’ai fait plusieurs passages dans différents clubs d’Algérie en petites et grandes catégories depuis 1988 et j’ai enseigné à l’université Abderrahmane Mira où j’étais chargé des cours pratiques de la spécialité football. J’ai fait également de la gestion administrative, notamment dans les infrastructures sportives et des collectivités locales.
Malgré tout ce précieux CV vous restez tout de même sans club aujourd’hui, pouvez- vous nous en expliquer les raisons ?
Avant hier, j’ai lu une clarification de mon collègue Samy Boucekine où il a textuellement signifié « il n’est pas de ceux à qui il suffit de siffler pour qu’ils accourent ». C’est vrai que je reste le plus souvent sans équipe mais pas les bras croisés. Je continue à suivre des stages et à actualiser mes connaissances même si la vie d’un père de famille n’est pas toujours facile. Je gère actuellement une grande salle de sports qui me prend énormément de temps. En parallèle, j’ai déposé aussi mon CV sur les bureaux de plusieurs clubs de la région, car moi aussi je suis imprégné d’une culture moderne dans ce milieu, je n’ai pas de gêne ou de honte à postuler loyalement à un poste. Les recrutements, logiquement, se font par l’étude des dossiers des entraîneurs et non par affinité avec X ou Y.
Vous qui avez côtoyé des entraîneurs nationaux tels Korichi et étiez encadrés par les Laroum, Charef et autres, pensez-vous que l’entraîneur algérien a les compétences pour rivaliser avec ceux de l’étranger ?
Sans exagération aucune, je vous dirai qu’ils sont nombreux les Algériens à avoir innové dans cette discipline et à avoir fait leurs preuves partout dans le monde. Ceux de la période de 80 à 90 ont travaillé d’arrache pied et persévéré au point d’impressionner. Rabah Saâdane est peut être le premier à avoir amorcé la réflexion sur le système du 3.5.2 au Mexique en 1986, Adel Amrouche fait du travail colossal au niveau de l’Afrique, l’ex-entraîneur de la JSMB, Kamel Djabour, est d’un niveau supérieur qui a toujours mis à niveau et en actualité son capital intellectuel depuis l’obtention de son diplôme. Ce n’est tout de même pas par hasard qu’il est devenu entraîneur du Congo Brazzaville ? Et l’on passe au handball, Aziz Derouaz a bien été l’exemple d’un créateur, n’est-ce pas ?
D’après vous, est-il normal que l’on continue à charger les anciens joueurs d’encadrer les équipes de football dans notre pays ?
Permettez-moi de vous dire que ce sujet a laissé perplexes et désorientés les supporters et les sportifs algériens durant presque une décennie, c’est-à-dire entre 88 et 98. Tout le monde avait constaté que les empiriques se sont fâchés avec les scientifiques. Mais ce n’est plus le cas maintenant. Les gens se sont rendu compte qu’il y a nécessité de faire des études pour entraîner une équipe. Avoir joué au football est également une condition incontournable pour prétendre être entraîneur de cette discipline. Un dicton dit « On ne peut bien enseigner que ce que l’on connaît bien ». Maintenant, il n’y a plus d’empiriques, ce sont tous des scientifiques. Celui qui veut entraîner doit faire des études.
Croyez-vous que l’on refera un jour confiance à nos entraîneurs locaux, car l’on constate la ruée et le recours débridés à des entraîneurs étrangers ?
Oui, sans aucune hésitation. Je suis confiant, nos dirigeants commencent déjà à subir les conséquences de leur gestion hasardeuse. Ils se rendront très vite compte de la valeur des entraîneurs algériens. Vous voyez bien que les meilleurs clubs d’Algérie ont à leurs têtes des entraîneurs algériens. La JSK avec Aït Djoudi, l’ES Sétif avec Madoui et le MCA avec Bouali. Même ceux qui sont menacés de relégation font appel aux entraîneurs nationaux. CA Facroun avec Abbes, et dernièrement la JSMB avec Hamouche. N’est-ce pas là une véritable illustration d’un réveil ou d’un mea culpa ?
Votre mot de la fin…
Je souhaite que les clubs, à travers tout le pays, commencent à organiser leurs affaires administratives, pour d’abord assurer une planification rigoureuse sur des plans de 04 années au minimum et donner la chance aux entraîneurs diplômés qui ont aussi pratiqué le football. Quand on sait qu’Arsène Wenger a passé plus de 15 ans à Arsenal et qu’Alex Fergusson plus de 25 ans à Manchester, l’on ne peut qu’être affligé par ce qui se passe chez nous. Pour terminer, je tiens à remercier votre journal que je lis quotidiennement.
Entretien réalisé
par L. Beddar

