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Kalaâ Nath Abbas, l’enchanteresse

L’association Assirem Gouraya a instauré une nouvelle dynamique dans son programme qui consiste en la découverte, chaque vendredi, d’une région de la Kabylie profonde.

Le vendredi passé elle a organisé en collaboration avec l’APC  de la localité une randonnée pédestre, sur une distance d’une douzaine de kilomètres, pour découvrir le patrimoine historique de la Kalaâ Nath Abbas. Le Royaume des Ath Abbas a connu cinq rois durant le règne ottoman, dont Abderrahmane, aïeul des El Mokrani, venu d’abord s’installer, vers la fin du 15e siècle, dans les Bibans, avant de s’établir définitivement à Ath Abbas. Il s’est distingué après qu’il eut bien géré quelques événements et les citoyens lui reconnurent son autorité. A sa mort, son fils Abdelaziz Amokrane lui succéda et se donna le titre de roi. Il mourut en 1510, après avoir fondé la Kalaâ des Ath Abbas, une forteresse inexpugnable perchée sur le sommet d’une colline à 900m d’altitude, au milieu d’un grand massif montagneux, entourée de forêts de pins d’Alep et de pinèdes datant du moyen-âge. Le village de Kalaâ Nath Abbas subit des changements dans son architecture ancestrale. La maison traditionnelle de ce village est unique dans son architecture. Vu son passé historique, ce village, où vivaient plus de 36 000 habitants, mérite une attention particulière de la part des pouvoirs publics. Au début de la guerre de l’indépendance, il en restait que 7 500 habitants et actuellement la population ne dépasse pas la centaine. Le village est riche par ses nombreux sites historiques tel que la mosquée de Si Ahmed Oussahnoun, un illustre savant de l’islam, le mausolée du Cheikh El Mokrani, qui a plus de 6 siècles et dans lequel reposent les cinq rois des Ath Abbas et la première banque mondiale qui est un labyrinthe taillé sous terre pour cacher les trésors de la famille royale durant les guerres. La Place d’Armes est une vaste cour qui recevait la cavalerie des Ath Abbas forte de 6 000 cavaliers. La Kalaâ fut connue aussi pour sa fabrication des canons et d’armes diverses et ses artisans avaient la maîtrise de tous les métiers : orfèvrerie, argenterie, vannerie, tannerie, poterie,… Ce sont les Ath Abbas, défaits par l’armée française, qui transmirent tous les métiers aux grandes contrées dont la région de Tizi-Ouzou. La capitale Kalaâ fut détruite par l’armée coloniale française en 1871, durant l’insurrection d’El Mokrani. Au cours de cette randonnée, le village d’Ath Saci a été visité et les randonneurs ont eu l’agréable surprise d’assister à la célébration du premier jour du printemps (Amenzu nerbiê). Ce fut un spectacle agrémenté par la présence de femmes et jeunes filles munies de bouquets de fleurs qui ont été conviées, au même titre que tous les présents, au repas grandiose de seksu uderyis, appelé également «  Tameqfoult » ou « Tchiw-tchiw ». Au village voisin de Belayal, situé sur une colline qui domine la Vallée de la Soummam, l’attention des visiteurs a été attirée par les pratiques agricoles des autochtones, à l’instar de l’oléiculture, le maraîchage, ainsi que l’exploitation d’une source saline pour en tirer du sel qu’ils commercialisent dans les wilayas limitrophes. Ce village garde toujours la tradition des labours au moyen de la paire de bœufs, puisque le relief est accidenté. Il est connu pour sa commercialisation de l’huile d’olive et du fameux piment rouge des Ath Abbas dont on vante les qualités. Belayal est également connu pour être le village de deux illustres personnages, à savoir feu Mouloud Kassem Naït Belkacem, ancien ministre et Oufala, premier fromager de l’Algérie. Les membres de l’association Assirem Gouraya, lors de cette visite, ont demandé aux autorités locales de penser, sérieusement, au développement de cette région hautement touristique en y développant notamment les sports de montagne.  

A.   Gana

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