Les habitants de plusieurs villages relevant de la commune d’El-Mokrani, à une quarantaine de kilomètres à l’ouest de Bouira, vivent, depuis plusieurs années, dans un climat d’isolement et d’insécurité.
Les habitants de plusieurs villages relevant de la commune d’El-Mokrani, à une quarantaine de kilomètres à l’ouest de Bouira, vivent, depuis plusieurs années, dans un climat d’isolement et d’insécurité. Selon eux, des vols et autres agressions ont lieu presque chaque semaine, contre des citoyens livrés à eux-mêmes, au milieu d’une vaste plaine où les maisons sont éloignées les unes des autres. Cette situation profite aux bandits, de jour comme de nuit, qui commettent leurs forfaits en toute quiétude. Ainsi et après les faux barrages des années de terrorisme, les vols de voiture et de bétail sont devenus monnaie courante ces derniers mois, affirment les citoyens de cette localité qui ne savent plus à quel saint se vouer.
«Nous vivons la peur au ventre !»
«L’année dernière, mon cousin a été délesté de sa voiture au moment où il s’apprêtait à la mettre au garage, juste avant la tombée de la nuit. Un fellah s’est fait aussi voler quatre vaches durant le Ramadhan dernier, sans compter les dizaines d’actes de vol d’autres objets et matériels que certains laissent en dehors de la maison», avance un citoyen rencontré. «Le dernier vol a été commis contre un éleveur à qui des bandits avaient volé deux vaches laitières en pleine journée !», ajoute Madjid, son voisin. L’éloignement de ces hameaux des centres villes d’Aïn-Bessem et de Bouira encourage le banditisme dans toute cette région où les rondes des services de sécurité se font très rares, souligne-t-on. « C’est surtout avec la fermeture du poste des gardes communaux que la situation s’est aggravée encore plus, surtout que notre commune n’abrite pas de brigade de gendarmerie, ni de police et les postes avancées de l’armée qui existent, sont très éloignées des villages, et ne peuvent pas intervenir au moment opportun», nous dira un élu de l’APC d’El-Mokrani, avant d’ajouter : «les gens ici vivent toujours la peur au ventre. Il n’y a pas que les bandits qui les inquiètent, certains d’entre eux redoutent même le retour des groupes terroristes ! C’est pour ces raisons que des citoyens exilés dans d’autres régions du pays, hésitent toujours à revenir aux villages. Pire encore, certaines familles avaient préféré reprendre le chemin de l’exile, plutôt que de rester ici !». Mais ce qui aggrave le phénomène du vol et des agressions à l’encontre de la population locale, c’est l’inexistence d’un réseau d’éclairage public dans la majorité des villages de cette commune. L’état lamentable des routes et des chemins accentue l’isolement de la région, indique-t-on. La vétusté de ces routes a fait également fuir tous les transporteurs de voyageurs, qui préfèrent desservir d’autres destinations, plutôt que de rester sur ces lignes. «Comment peut-on demander à quelqu’un d’assurer le transport dans cette localité dont les chemins sont crevassés ?», s’interroge Hocine, un habitant du village Tizi, à 8 kilomètres au nord du chef-lieu municipal. Selon ce dernier, la majorité des transporteurs qui assurent le relais entre son village et le chef-lieu communal sont des clandestins qui n’obéissent à aucune loi, ni à aucun control.
Les élus pointés du doigt
La dégradation du réseau routier a été causée par les travaux de réalisation du nouveau réseau d’assainissement de la commune, déclarent des citoyens. La stagnation des eaux de pluie, à défaut de réaliser des caniveaux pour leur évacuation, favorise la dégradation des routes dans l’ensemble des villages. La circulation automobile devient difficile et parfois impossible durant la saison hivernale. Toute la population se trouve ainsi cloîtrée chez elle, otage du mauvais temps et de l’insécurité. Les enfants ne se rendent pas à l’école jusqu’à ce que la voie soit dégagée, affirme-t-on. Ne pouvant plus faire face aux problèmes d’insécurité et d’isolement, auxquels ils sont confrontés, depuis plusieurs années, les citoyens de cette localité affirment avoir saisi, à maintes reprises, les responsables concernés de la wilaya de Bouira, mais en vain. «A chaque rencontre, ce sont les mêmes promesses que nous entendons. Nos doléances sont restées, à ce jour, lettre morte», dénoncent-ils. Outre l’isolement qui favorise le banditisme et l’insécurité les habitants de cette région périphérique de la wilaya de Média, affirment que le ramassage des ordures ne se fait plus. «Nos champs et routes sont transformés en décharges sauvages ! Aucun de nos villages ne dispose de lieu de collecte d’ordures. Les responsables communaux affirment ne pas avoir les moyens nécessaires pour assurer cette tâche», déclarent nos interlocuteurs qui souhaitent que les pouvoirs publics se penchent, au plus vite, sur les problèmes de leur commune.
Oussama K.

