Par Amar Naït Messaoud
Au moment où les candidats à la présidentielle du 17 avril prochain continuent à semer la bonne parole et à projeter les contours de l’Algérie de demain, des mairies continuent à subir l’ire de la population et à être fermées par des protestataires en furie. Après Boghni, Yakourène et d’autres municipalités paralysées au cours des derniers mois, le tour est, cette semaine, à Draâ El Mizane et Saharidj. Ce mouvement ne se limite pas aux wilayas de la Kabylie. Depuis novembre 2012, date de l’arrivée des nouveaux exécutifs communaux, la série des fermetures de sièges d’APC, avec parfois le siège de daïra, n’est pas près de prendre fin. Cela ne fait, en réalité que continuer un mouvement qui a commencé il y a plusieurs années. Devant l’obstruction des canaux de communication, le manque de coordination entre les différents services de la wilaya en prise directe sur la vie des populations, et face au défaut d’organisation de la société civile, la voie est ouverte à la revendication exacerbée et à l’anarchie de ce qui peut être qualifié de rébellion sociale. Certaines communes sont à la “recherche” de leur maire au moment où l’Algérie s’apprête à élire dans quelques jours un président de la République. En effet, comme dans le cas de Saharidj, dans la wilaya de Bouira, le maire a été relevé de ses fonctions suite à des poursuites judiciaires à son encontre. L’intérimaire a apparemment du mal à remettre de l’ordre dans la gestion de la commune. Alors, les citoyens s’en remettent au wali, qui, d’après l’intérimaire de l’APC, se rendra dans la région dans quelques jours. À Draâ El-Mizane, les habitants de « la cité évolutive » exposent des problèmes qui dateraient du… début de l’indépendance. Après avoir saisi toutes les autorités, dont le ministère de l’Intérieur, ces citoyens désillusionnés viennent fermer la mairie. C’est que l’APC, sans qu’elle soit nécessairement la partie dont relève le problème, devient, par la force des choses, le réceptacle des réclamations et le mur des lamentations de tous les habitants. Les déclarations et promesses des candidats à la présidentielle ont abordé d’une manière ou d’une autre la gestion des collectivités locales et les problèmes rencontrés par les exécutifs communaux dans l’accomplissement de leur mission. Des candidats parlent de la nécessité d’une décentralisation plus accrue afin de rapprocher l’administration du citoyen, tout en veillant à accorder aux maires des prérogatives plus étendues. À titre d’exemple, des populations entières se sentent aujourd’hui mal représentées dans les opérations de validation des listes de bénéficiaires de logements sociaux, du fait que les grands pouvoirs reviennent au chef de daïra. On n’hésite pas, dans certains milieux, à revendiquer un nouveau code communal, bien que la dernière révision de ce texte soit toute récente (2012). Ali Benflis et Moussa Touati proposent un nouveau découpage territorial qui est censé libérer les énergies locales et mieux responsabiliser les élus communaux. Cela entraînerait, bien entendu, la révision du mode et de l’assiette de perception de la fiscalité. De son côté la candidate du Parti des Travailleurs, Louisa Hanoune, propose de multiplier par deux le nombre actuel de commune, ce qui le porterait à plus de 3000 entités. Toutes ces considérations ont fait l’objet d’analyses et de débat au niveau du gouvernement depuis plusieurs années, sans que des solutions consensuelles et définitives soient trouvées. Il est évident qu’il est légitime de critiquer l’état actuel de la gestion des communes; cependant, il serait malvenu de tomber dans la facilité des propositions à tout va. Le processus de démocratisation de la société et des institutions est un long chemin ponctué par des jalons. Lorsque le ministère de l’Intérieur et des Collectivité locales avait initié en 2006 un nouveau plan de division administrative du pays, des problèmes objectifs et subjectifs n’ont pas manqué de se dresser sur son chemin, dont le financement des nouvelles infrastructures et le recrutement de nouveaux fonctionnaires, ne sont pas moindres. Les subjectivités ont aussi leur place dans ce genre de projet. Que l’on se souvienne de la fièvre qui s’est emparée alors des populations de certaines daïras, promises par la rumeur ou par un certain lobbying, à être promues au rang de wilaya. Le gouvernement avait alors fait marche arrière, tout en reconnaissant la nécessité d’aller vers plus de décentralisation institutionnelle, territoriale et économique. C‘est aussi une façon d’absorber les extrémismes qu’une certaine manipulation politicienne tente de faire prévaloir dans les différentes régions du pays. Une chose paraît aujourd’hui avoir acquis valeur de certitude: pour un pays aux dimensions de l’Algérie- dimension géographique, démographique et géostratégique-, il serait insensé de continuer à gérer le territoire, les ressources et l’économie avec la mentalité des années soixante-dix du siècle dernier, c’est-à-dire dans une sorte de centralisme castrateur qui ne laisserait aucune place à l’initiative citoyenne. L’avancée de l’alphabétisation, le progrès considérable en mayens de communication moderne (télévision, internet, réseaux sociaux, téléphone cellulaire), ont fait prendre conscience aux citoyens, aussi bien de leurs droits que de leurs devoirs. C’est là un mouvement en plein essor, appelé à évoluer rapidement, et qui installe le citoyen algérien dans le village planétaire. Et c’est pourquoi, la société politique est interpellée pour aller dans le sens de l’histoire, autrement dit dans le sens du mouvement qui fait de la commune et de son habitant le moteur de l’intégration nationale et de l’exercice de la citoyenneté.
A. N. M.
