Bordj Menaïel fut, à l’origine, un caravansérail, le relais des cavaliers d’où son nom. “Le Fort des cavaliers”. Ce fut aussi la halte obligée des grands marcheurs qui courbaient l’échine sous un chargement de figues et d’huile d’olives, celle des lève-tôt qui rejoignaient à pied Mezeghna (Alger). Les Turcs avaient compris que ces riches plaines qui s’étendaient de Chender à Legata et de Djinet à Ounougha, et dont ils avaient délogé les “Ifflisen n L’ber”, offraient une situation stratégique. Après les Turcs, les Français ont fait de Bordj Menaïel un gros village colonial, un centre commercial d’importance régionale sur l’axe Alger-Tizi Ouzou.M’naïel, avant les hideuses cités d’Etahrir et de Bou S’baâ, fut une coquette bourgade où paysans et artisans s’adonnaient au troc et négoce. La guerre de Libération nationale et ses “zones interdites” fit affluer une population hétérogène venue du Sahel arabophone et des montagnes berbérophones et le bourg perdit sa sérénité. Une ceinture de misère dont des familles délogées d’Alger, entoura M’naïel qui assuma mal cette vertigineuse croissance démographique. La ville fut longtemps la rivale de Tizi dont elle dépendait administrativement du temps des rares plaques minéralogiques frappée d’un “S”. Vint un nouveau découpage administratif. Les décideurs érigèrent Bouira comme wilaya. La déception des M’naïlis fut énorme d’autant plus qu’une expression populaire cupide — fruit d’un esprit “clubard” et chauvin — les traitaient de “Quinze et demi”. Reproche d’hypocrites qu’accentuera le Printemps berbère, Bordj Menaïel fut l’une des rares grandes villes de Kabylie où le MCB ne put s’installer. D’autres considérations électorales valurent un nouveau découpage administratif. A Bordj Menaïel, grand centre commercial et administratif, les décideurs ont préféré… Un rocher noir ! M’naïel alla du “Quinze et demi” au “trente-cinq”.Mais qu’à cela ne tienne, les M’naïlis de souche ont, depuis fort longtemps, reconverti cette injustice politique en motivation de réussite sociale, culturelle et sportive. Alors ? “Quinze et demi” toi-même ! M’naïel, c’est Khamsatac d nafs !
Tayeb Bouamar
