Le secteur de la culture, au niveau de la wilaya, souffre d’innombrables carences, en matière de gestion et d’organisation.
Ces responsables privilégient le folklore, l’aspect circonstanciel et la culture des petits fours, à celle de large public. Ce constat est celui de nombreux citoyens et autres élus à l’APW de Bouira. Ces derniers ont, à plusieurs reprises, fait état d’une certaine léthargie qui touche ce secteur. Il est vrai que les manifestations culturelles se font de plus en plus rares, et quand elles sont organisées, elles se font d’une façon plus que maladroite. Pourtant, ce n’est pas les événements qui manquent. Le dernier en date, et non des moindres, est la commémorations du 34ème anniversaire du Printemps berbère. Et là la direction de la culture a brillé par son absence. Aucune manifestation. Pas la moindre activité. Au moment où certaines associations, comme celle » d’Ighil Izoughaghe » et l’association culturelle » Mouloud Feraoun de Bouira », nouvellement créée, ont organisé des rencontres autour de l’événement. Les responsables de la culture n’ont visiblement pas cru bon de participer ne serait-ce que par un simple spectacle. Plus qu’un ratage, cet « oubli » pourrait être assimilé à du mépris vis-à-vis de cette date symbolique. Ce fait, plus que regrettable, vient s’ajouter à une liste de couacs déjà bien étoffée, qui démontre, une fois de plus, que la gestion du secteur de la culture à Bouira laisse cruellement à désirer. En effet, les exemples ne manquent malheureusement pas, pour illustrer cette gestion à vau l’eau, qui n’honore en rien la culture dans son sens le plus large et le plus noble.
Le 20 avril «zappé»
À titre d’exemple, le salon national du livre, organisé au mois de février passé était de l’avis de tous, un véritable fiasco. Les éditeurs, tout comme les visiteurs, n’étaient pas au rendez-vous. Les rares participants avaient évoqué sans ambages, des » défaillances » au niveau de l’organisation et de la médiatisation d’un tel événement. « La direction de la culture ne nous a pas prévenu à temps. Tout s’est fait dans la précipitation et l’anarchie », ont confié bon nombre d’éditeurs. Pour ce qui est du public, il n’a pas hésité à bouder la manifestation. Non pas par désintérêt, loin s’en faut, mais plutôt par manque d’information. Et pour cause, rien n’indiquait que Bouira abritait un tel événement. Ni affiches, ni annonces et encore mois de placards publicitaires. Pis, les médias, notamment la presse écrite, n’a été prévenue qu’au dernier moment, afin de couvrir l’événement. Sur un tout autre volet, celui relatif à l’organisation de spectacles et autres shows de grandes envergures, les responsables de la culture à Bouira semblent n’accorder que peu d’intérêt à l’aspect événementiel. Par « évènement », il y a lieu de souligner que c’est l’aspect médiatique qui fait défaut. Dans les wilayas de Tizi-Ouzou, Béjaïa et même Boumerdès, de grands artistes nationaux et internationaux se produisent régulièrement. Ce qui a le mérite de mettre ces wilayas, sous les feux de la rampe. À Bouira, c’est loin d’être le cas. Pour preuve, depuis 2011, où avait animé le Cheb Khaled un concert à Bouira, aucune star de renommée nationale ou internationale ne s’est produite dans la wilaya. Et le King du Rai, faut-il le souligner, a été invité par la wilaya et non pas par les services de la culture. Depuis, plus rien ou presque! Les citoyens doivent se contenter de chanteurs de moindre calibre au talent plus que discutable. Hormis quelques exceptions, à l’instar de Rabah Asma et la Diva de la chanson Kabyle Nouara, le public bouiri n’a pas vraiment été gâté. A propos de la culture des « circonstances », il y a également lieu de noter que contrairement aux wilayas précédemment citées, où les évènements culturels ont lieu quasiment tout l’année, les responsables de la culture à Bouira ne font point d’effort, afin de rapprocher la culture du citoyen. Ils n’attendent que telle ou telle date pour se manifester. Et encore… Il y a des dates, comme celle du 20 avril, qui ont été zappées.
Festival de Tikjda, l’autre défaillance
Autre échec à mettre sur le compte des responsables du secteur, à leur tête le directeur de la culture de Bouira, celui du festival de Tikjda. En effet, cet événement culturel de grande importance pour la région cherche désespérément à être institutionnalisé dans le but de lui garantir une pérennité et par ricochet des fonds assez conséquents. Le département de Khalida Toumi ne semble pas très » chaud » à cette idée. Pourquoi? La réponse se trouve dans la gestion et l’organisation d’un pareil événement. Il faut dire que les précédentes éditions, hormis la 1ère en 2010, où l’ex-wali de Bouira et l’ancien directeur de la culture avaient mis en place un projet ambitieux pour ce festival, les autres n’auguraient rien de bon. Tout n’était qu’anarchie, cacophonie et défaillances à tous les niveaux. La dernière en date, celle de 2013, en était le parfait exemple. Les artistes conviés se sont retrouvés à se produire… dans un garage, sous une température glaciale. Organiser un spectacle à plus de 1 400 mètres d’altitudes, en plein mois de février, le tout en plein air, ce n’était pas la meilleure idée du siècle. D’ailleurs, une chanteuse et après avoir péniblement terminé son spectacle, s’est jurée de ne plus remettre les pieds à Bouira, tant que l’actuel directeur est en place. » C’est une mascarade! », a-t-elle dit. De plus, les responsables de ce secteur usent et abusent du folklore comme mode de gestion. À la moindre occasion, ils sortent les tambours et mettent en scène un véritable carnaval. La scène qui suit traduit de la meilleure des manières l’état d’esprit et la vision plus que réductrice qu’ont les responsables de ce secteur: Lors de la dernière édition du festival « lire en fête », organisé sous l’égide de la direction de la culture de Bouira, cette même direction a toute honte bu fait appel à une troupe de zourna pour » animer » le festival. Pis encore, une dame d’un certain âge, spécialisée dans la confection des… M’hadjeb, a été réquisitionnée pour l’occasion. « A chaque occasion, on fait appel à mes services. Je suis une pro dans mon domaine! », s’est-elle félicitée. Par ailleurs et du point de vue équipements et structures culturelles, Bouira reste irrémédiablement à la traîne. Les théâtres de plein air du chef-lieu de la wilaya et celui de la commune de Sour El Ghozlane enregistrent un retard de réalisation de plus de deux ans. Les salles obscures sont inexistantes à l’échelle de la wilaya. À ce titre, le directeur de la culture, M. Nacer Mourad, s’est, à maintes reprises, engagé à mettre en place des salles de cinéma. Cependant, force est de constater que ce n’étaient que des promesses sans lendemains. Ce même responsable ne rate pas la moindre occasion pour » se plaindre » du manque de moyens financiers alloués à son secteur. Toutefois, l’argument financier ne tient pas la route, lorsqu’on sait que le ministère de tutelle surveille de très près les dépenses de sa direction. Pour rappel, au mois de janvier dernier, des enquêteurs du ministère de la Culture ont été dépêchés, à Bouira, afin de d’éplucher les comptes de ladite direction, dans le but de vérifier certaines anomalies répertoriées. D’ailleurs, depuis cette enquête, qui aurait été » étouffée » dans l’œuf par certains proches du directeur, ce dernier fait profil bas et évite toute apparition. À travers tout ce qui a été relaté on comprend aisément que le secteur de la culture à Bouira est confronté à une gestion approximative, pour ne pas dire médiocre. Bref, tout y est fait dans l’anarchie, le folklore et le mépris du public. Jusqu’à quand?
Ramdane Bourahla

