La voie étroite

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Amar Naït Messaoud

Les élections présidentielles passées, les Algériens ont le regard braqué sur leur avenir immédiat, avenir économique, social, éducatif, culturel. Le baccalauréat, c’est dans six semaines, et la deuxième session est apparemment retenue par le département de Baba Ahmed. Le mois de Ramadhan est dans deux mois et le gouvernement commence à parler de la régulation du marché. Le recul du montant du rythme des exportations a été établi par le bilan du premier trimestre 2014, ce qui pose, une nouvelle fois, la problématique de la dépendance du pays par rapport aux hydrocarbures. Si les pièces administratives du dossier de création d’entreprises Ansej sont, aujourd’hui, réduites à leur simple expression, la réussite d’un projet et sa durabilité sont un autre problème qu’il convient d’inscrire dans la trame générale de l’économie algérienne. Sur le plan politique, il semble que les évolutions naturelles auxquelles est promis le système politique après les présidentielles soient porteuses de plus de sens que les gesticulations auxquelles se livre une opposition écartelée, pulvérisée et qui tente toutes les alliances possibles et imaginables. Le spectre des mésalliances n’est pas loin. La leçon n’est apparemment pas été apprise, malgré un quart de siècle de pluralisme formel, d’accointances explosives et d’ « oppositionnisme » infertile. Si les promesses de réformes politiques, faites par le président Bouteflika en avril 2011, dans le contexte du péril d’un « printemps arabe » menaçant, n’ont pas toutes donné leurs fruits, la partie n’est pas perdue pour autant. Le fait que l’Algérie ait pu se soustraire à ce mouvement de folie populiste, téléguidé par des officines étrangères, devrait être capitalisé en le faisant accompagner d’un processus de démocratisation apaisé serein et qui ne passerait pas nécessairement par une période de transition, comme on se plaît à le suggérer ça et là. Que l’on se souvienne que l’Algérie est déclarée sous régime de transition depuis la fin du parti unique en 1989. Un quart de siècle plus tard, la sémantique même de la transition échappe à ceux qui en arborent l’étendard. Le plus intrigant dans les sempiternelles jérémiades de certains hommes politiques ou journalistes, est le sens restrictif, univoque, accordé au concept de « système ». Le système doit partir! Contre le système! C’est le système qui a bien voulu cette situation. Si l’installation sournoise et insidieuse d’un système rentier, clientéliste, autocrate et arrogant avait requis les premiers éléments pour sa construction (analphabétisme hérité de la colonisation, coup de force contre la légalité en 1962, intronisation du parti unique dans un moule de « démocratie populaire », montée progressive des recettes pétrolières depuis le début des années 1970), l’engrenage qui se produira par la suite fera emballer la machine d’un si fol élan que les acteurs (gouvernants, affairistes, nomenklatura, victimes forcées, victimes consentantes) évoluaient dans un beau flou artistique où les responsabilités sont diluées. La corruption, un terme très en vogue consubstantiellement liée au système, est un concept large qui dépasse le détournement des deniers publics où la négociation illégalement monnayée sur les marchés publics. Avec la rente pétrolière, on a corrompu le moins demandeur des Algériens. Des salaires, avec des primes, distribués à des fonctionnaires absentéistes, incompétents, c’est de la corruption. L’obtention de diplômes de complaisance à l’université ou dans un centre de formation, est de la corruption. Le corps de la société est corrompu presque au sens « bactériologique ». Cette forme de complicité passive a contribué largement au retard politique et intellectuel du pays. Il est, dans ce cas de confusion générale, malaisé de désigner correctement et précisément le « système », sachant que ce dernier brasse de larges couches de la société et ne se limite pas aux tenants actuels du pouvoir politique. Lorsque la société est ainsi malmenée depuis des décennies dans ses valeurs les plus sacrées, celles du labeur, de l’effort et de l’honnêteté le sursaut ne se produit pas  par un coup de baguette magique. C’est un long processus d’apprentissage, de remise en cause et de démocratisation de la société. Les élites du pays sont censées encadrer un tel processus au lieu de l’exposer à la désintégration par de vils calculs personnels pour d’hypothétiques et fugaces intérêts. L’on est, à l’heure actuelle, presque à égale distance de ces deux rives: le salut ou la désintégration. Il ne s’agit alors plus de choisir, mais d’assurer et d’assumer les meilleures voies vers la libération de la société et de l’être algérien.                              

             

A.N.M

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