La wilaya de Bouira dispose d’immenses ressources hydriques. Le ministre des Ressources en eau, M. Hocine Necib, n’a cessé de le rappeler, lors de ses visites à la wilaya.
Et pour cause, elle a trois barrages à son actif (Koudiet Acerdoune, Tilesdit et Oued Lak’hel), totalisant à eux trois plus 850 millions de mètres cube. De plus, ce ne sont pas moins de 21 milliards de dinars qui ont été engloutis dans la réalisation des projets des grands transferts. Cependant, et avec un tel potentiel, on pourrait croire que Bouira ne connaît point de crise d’eau. Et bien, c’est encore loin d’être le cas. Des carences et même des défaillances subsistent et les citoyens ne cessent de réclamer, à cor et cri, ce précieux liquide. D’ailleurs, juste derrière le logement, l’eau est la seconde raison des grognes sociales dans la wilaya. Cette exaspération chez les citoyens, on la ressent du coté sud et ouest de la wilaya, où des populations entières sont privées d’eau. Pis encore, au niveau du chef-lieu, certains quartiers commencent déjà à ressentir une certaine «pénurie» d’eau et les rationnements se font déjà sentir. A titre d’exemple, les quartiers des 250, 130 et 56 logements, connaissent, depuis quelques temps déjà des «restrictions» en AEP. Que dire, alors, des localités isolées telles que Zbarboura, dans la commune de Lakhdaria, Ain Beida à Guerrouma, ou encore dans les communes du sud de la wilaya, à l’image de Maâmoura et Ridane. Dans ces municipalités, l’eau n’arrive que rarement. Le même constat a été fait dans la commune d’El Adjiba, et plus particulièrement dans la localité de la Crète rouge. Les exemples ne manquent malheureusement pas pour illustrer les carences dans ce secteur hautement sensible.
600 millions de DA et des insuffisances
Ce constat, pour ne pas dire cet «échec» des autorités concernées, a été dressé par de nombreuses commissions de l’APW dédiées à l’analyse de se secteur. Mieux encore, le directeur de l’hydraulique de Bouira a admis, à demi-mot, lors d’un Conseil de wilaya consacré à son secteur, que «certes, nous enregistrons certaines carences au niveau de certaines localités, toutefois, je tiens à vous informer qu’un vaste programme a été lancé afin de raccorder ces communes au réseau d’AEP», a-t-il dit. Le DHW notera, dans le même sillage, que certaines zones restent toujours «vulnérables» et citera en exemple les communes de Hadjra Zerga, Maâmoura, Chorfa Est, Khabouzia, Maâla, Zbarbar et Bouderbala. Concernant le réseau géré directement par l’Algérienne des Eaux (ADE), ce responsable fera savoir que cette entreprise publique gère, actuellement, 31 communes sur un total de 45. Les 14 autres restantes sont toujours à la charge des APC. À propos du programme de développement du réseau d’AEP, le rapporteur soulignera qu’il y a deux opérations se rapportant à la mise à niveau de plusieurs réseaux de distribution. La première aura permis la réhabilitation des canalisations d’eau potable dans les communes de Bouira, Aomar, Bordj Okhris, Mesdour, Ouled Rached, El Asnam, Bechloul, Ath Leqsar, Sour El Ghozlane et Haïzer. Quant à la seconde, qui est en cours de réalisation, elle touche les communes de Lakhdaria, Taguedit, Saharidj, Ain Laloui, Ain Lahdjer, Khabouzia, El Adjiba, El Hachimia… etc. S’agissant de l’alimentation en eau potable à partir des trois barrages, le directeur de l’Hydraulique soulignera qu’actuellement, la retenue de Tilesdit approvisionne déjà les communes de Bouira, Bordj Okhriss, Mesdour, Taguedit, Oued El Berdi, Ait Laâziz. Mais la chose que le DRH de Bouira a «omis» de souligner, c’est que l’Etat a accordé une enveloppe budgétaire de 600 millions de dinars afin de rénover le réseau AEP, mais ce dernier, reste irrémédiablement vétuste. Pour l’heure, les citoyens, du moins ceux interrogés, affichent ouvertement leur mécontentement. «600 millions de dinars pour l’AEP ? C’est curieux, puisque chez moi, je n’ai de l’eau qu’une fois tous les trois jours !», s’étonnera un citoyen de Ras Bouira, à 5 kilomètres du chef-lieu de la wilaya.
Ces réservoirs… vides !
Toutefois, la région Est de la wilaya reste la plus touchée par cette pénurie. Les citoyens sont carrément pris en « otage » d’un projet dit des «grands transferts», devant étancher leur soif à partir du barrage de Tilesdit, dans la commune de Bechloul. Ce projet consiste en la mise en place de réservoirs, lesquels auront pour but d’alimenter pas moins de 11 communes, dont 6 de la wilaya de Bouira (M’Chedallah, Ath Mansour, Chorfa, Ahnif, El Adjiba et Taourirt) et 5 de Bordj Bou Arreridj. Mais comme toujours à Bouira, le retard est le maître mot, à travers tous les secteurs, et l’hydraulique ne déroge pas à cette «règle». En effet, ce projet, qui devait initialement être achevé pour le mois d’août prochain, accuse un retard certain, ce qui repousse sa livraison aux calendres grecques. Comme chacun le sait, le respect des délais n’est pas le point fort des entreprises réalisatrices, puisque les différents réservoirs tardent à voir le jour et, par conséquent, cela prolonge le calvaire des citoyens. Cet état de fait a poussé M. Maaskri, wali de Bouira, lors de ses innombrables sorties d’inspection, à hausser le ton et insister fortement sur le respect des délais, tout en prenant en charge, «rapidement», d’éventuelles oppositions des citoyens. Parmi les chantiers en latence, on citera la station de pompage SP1, qui, d’après les maîtres d’ouvrage, pourra pomper jusqu’à 5 000 m3/s. Toutefois, elle enregistre et accumule un retard de plus de 4 mois sur le délai initial. Toujours dans la commune de Bechloul, les travaux de réalisation d’une autre bâche d’eau (5000 m3) de la station de traitement du barrage Talesdit, connaît également un retard de 3 mois. À travers ce qui a été relaté il est aisé de se faire une idée sur la situation globale du secteur de l’hydraulique à l’échelle de la wilaya. Elle se résume, en quelques mots, à «beaucoup de moyens et peu de résultats». Autant dire sans détour que ce n’est pas demain la veille que Bouira étanchera définitivement sa soif.
Ramdane Bourahla

