Les cours des devises sur le marché parallèle ont pris de l’envol, cette semaine dans la wilaya de Béjaïa et c’est le dinar qui a pris un sacré coup en atteignant la barre des 160 dinars pour un euro. A l’agence BADR de Seddouk, tôt le matin, de vieux retraités de France font la queue, comme chaque fin de mois, pour retirer leurs pensions en devises. Chaque retraité à son arrivée sur les lieux, dépose sa carte d’identité au niveau de la porte d’entrée de l’agence et attend des heures, debout, qu’un agent vienne récupérer ces cartes, pour appeler, au fur et à mesure, les clients. Si un économiste soutient que cette montée en puissance du cours de la devise est due à la dévaluation du dinar qui a eu lieu il y a quatre mois, les retraités, consultés, trouvent qu’au-delà de cette dévaluation du dinar, s’ajoute aussi une forte demande de la devise induite par la OMRA et les vacances des Algériens à l’étranger. « Avec la dévaluation du dinar d’il y a quatre mois, le cours du dinar a atteint 158 dinars pour un euro. Il y a une semaine, une autre augmentation a eu lieu, et l’euro a atteint les 160 dinars. Cela en raison de la OMRA et des partances des vacanciers à l’étranger. Ce qui accentuent la demande en devises sur le marché parallèle, car l’allocation touristique allouée par les banques est dérisoire », a expliqué notre interlocuteur économiste. Du côté des retraités que nous avons consultés, une autre explication nous a été donnée. « Comme il y a eu augmentation des pensions de retraites au niveau national et des salaires des travailleurs, nous aussi, nous avons droit à cette augmentation pour l’équilibre de notre pouvoir d’achat, suite aux augmentations des prix tous azimuts sur le marché », telle est la version donnée par un retraité de France vivant en Algérie. Cette nouvelle disparité entre le dinar et l’euro, creuse davantage l’écart existant entre le taux officiel affiché par les banques et les taux parallèles affichés par les cambistes informels. Des cambistes qui n’ont pas d’agences ou d’adresses fixes mais qui rodent aux alentours des agences de banques commerciales guettant les retraités ayant retiré des devises qui les leur offrent contre des dinars dans des transactions ou chacune des parties trouvent son compte. « Nous les cambistes, nous achetons des devises que nous revendons aux gros bonnets moyennant une commission. La commission que nous prélevons reste la même », a fait savoir un cambiste. Les émigrés tirent aussi profit de cette chute du dinar, en revenant en masse au pays, qui pour passer des vacances auprès des siens qui pour faire des aménagements dans sa demeure au village dont l’état se dégrade au fil des ans étant non habité. « Vous savez, nostalgie oblige, pour moi, je n’ai que mon village pour passer mes vacances. Et chaque année, je dépense toutes mes économies dans ma maison pour que ma famille vienne passer des vacances dans de bonnes conditions », a souligné un émigré qui n’a pas caché sa joie quand au déclin du dinar. Et d’ajouter : « J’ai aussi acheté un appartement à Béjaïa-ville qui nécessite aussi des réparations que je ferai grâce à cette plus-value ». Pour les retraités algériens de France, la chute du dinar sur le marché parallèle est venue à point nommé pour améliorer leur niveau et cadre de vie, mais elle peut aussi engendrer des augmentations des prix des produits, et par conséquent, générer une dégradation du pouvoir d’achat des petites bourses.
L. Beddar
