Par Anouar Rouchi
– Bonjour Monsieur Aboudjerra. Je viens pour l’interview que vous avez bien voulu accorder au “Midi à 14h00”.- Bienvenue Si Djamel. Prenez place et servez-vous un thé.- Merci Monsieur le ministre d’Etat. Puis-je vous faire remarquer que vous êtes rayonnant ? Votre sourire est tout simplement fascinant ! Au point qu’il me rappelle la fausse grand-mère du petit chaperon rouge…- Allons, allons, n’exagérons rien…- Franchement, Monsieur le ministre d’Etat, quelle est votre recette pour avoir des dents aussi longues et aussi blanches ? Quel marque de dentifrice utilisez-vous ?- Ah ! Ah ! Ah !… Ce n’est vraiment pas une affaire de dentifrice, Si Djamel. Si vous saviez…- Quoi donc, Monsieur le ministre ?- Pendant trois semaines, week-ends compris, j’ai passé chaque jour plus d’une heure dans ma salle de bain, face à la glace, à m’exercer.- Vous exercer à quoi au juste ?- Je m’exerçais en mines…- Et ça veut dire quoi, ça ?- Je m’entraînais à afficher instantanément une mine rayonnante ou, au contraire, une mine sinistre…- Pour la mine sinistre, je suppose qu’il ne vous a pas fallu beaucoup d’efforts. Mais dites-moi, Monsieur le ministre d’Etat, pourquoi cet entraînement et pourquoi trois semaines ? Vous n’avez donc pas compris que cette période correspond à l’hospitalisation de Son Excellence le président de la République ?- Et en quoi cette hospitalisation vous a poussé à travailler vos “mimiques” ?- Ce que vous pouvez être naïf, Si Djamel ! Tout ministre d’Etat que je suis, je n’étais pas vraiment informé sur l’état de santé du Président. Aussi, fallait-il me préparer à toutes les éventualités…- C’est-à-dire ?- Eh bien, si le Président venait à mourir, il fallait que j’apparaisse en public avec une mine si sinistre que nul ne pourra douter de mon affliction. A côté de moi, Ouyahia et Belkhadem devaient ressembler à de gais lurons. Si au contraire — et c’est le cas, Dieu merci ! — le Président guérissait, ma joie devait être si évidente qu’à côté de moi, Ouyahia et Belkhadem, malgré tous leurs efforts, sembleraient afficher des mines d’enterrement…- En tout cas, vu l’éclat de votre sourire, on peut dire que vous avez réussi…- Vous savez, le mérite en revient à mon conseiller en communication qui a suivi et dirigé mes entraînements. Tout le monde n’a pas la chance d’avoir un conseiller avec une longue carrière de clown derrière lui…- En effet. Et cela se voit. Passons à autre chose, Monsieur le ministre. Vous avez fait une déclaration qui a surpris et choqué. Vous avez dit les évènements sanglants de ces quinze dernières années n’étaient qu’une sorte de match amical…- On m’a peut-être mal compris. En arabe, on dit : “Hadjra men ând lahbab tafaha”. Une pierre que vous lancent des proches est à prendre comme une pomme. Tout ce qui peut arriver entre proches, entre frères, entre correligionnaires, c’est-à-dire entre Algériens, a donc un caractère amical…- Ainsi, 200 000 Algériens auraient été amicalement assassinés… Et qu’en serait-il, Monsieur le ministre d’Etat, si cela avait été un match officiel ? – N’ayez crainte, Si Djamel. Ce n’est pas encore à l’ordre du jour.
A. R.
