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Un haut fait d’arme

Amara est une vallée hautement fertile de plusieurs milliers d’hectares, située à quelques encablures de la ville de M’Chedallah. Elle est mitoyenne de Tamourt Ouzemmour, des plaines dont se sont emparés les tout premiers colons qui ont débarqué dans cette région, à l’instar de Troccon, Pedrio, Ruich, Lagere Pétavain. Ces plaines ont été transformées en fermes valorisées par les colons, grâce à l’aide de l’administration coloniale qui leur réalisa un canal d’irrigation à partir du petit barrage d’Assif Assemadh et cela en plus d’assurer leur protection en mettant à leur disposition une section de harkis encadrés par quelques mercenaires de la Légion étrangère. Cette section accompagnait, chaque matin, les colons qui supervisaient les travaux agricoles dont la majorité de la main-d’œuvre est offerte gracieusement par l’administration pénitentiaire en puisant dans leurs sinistres geôles débordantes de prisonniers algériens arrêtés arbitrairement pour un oui ou un non. Des témoins encore vivants racontent qu’à l’occasion de chaque lancement d’une campagne agricole dans les divers créneaux et en toutes saisons, les militaires français opèrent des rafles dans les villages et arrêtent sans raison des jeunes algériens robustes pour les mettre à la disposition de ces colons. C’est l’une des raisons qui a poussé les responsables locaux de l’ALN / FLN à mener une expédition punitive contre les forces coloniales et leurs protégés. L’autres raison, raconte ami Ahcène Aoudia, moudjahid et résidant à proximité de Amara, est les exactions et razzias que commettent ces harkis chargés de la sécurité des colons qui opèrent des descentes sur les bourgades limitrophes et dévalisent la population en raflant tout objet de valeur qui leur tombait sous la main. Ami Ahcène Aoudia, qui était un fervent militant de la cause nationale et qui menait la mission de collecteur de fonds dès les premières années de la guerre de la libération, est désigné ensuite comme responsable local de l’organisation sous le qualificatif à l’époque de  » chef Nidham « , et ce, à partir de 1957. D’après le moudjahid, il a adressé un rapport à ses chefs hiérarchiques dans lequel a été signalé le comportement bestial des harkis et des mercenaires, soulignant en même temps la nécessité d’une action des fidayines contre ces harkis qui s’attaquent presque quotidiennement à une population sans défense. Une demande à laquelle a répondu favorablement et sans hésitation le lieutenant Si Lahlou qui se prépara aussitôt à mener une expédition punitive contre les mercenaires de la légion étrangère et leurs valets. Pour ce faire, il commença par effectuer des visites pour connaître les lieux et s’attela à une surveillance de plusieurs jours du déplacement de la section des harkis. C’est ainsi qu’il décida de passer à l’action le 15 mai 1958 à l’occasion du déclenchement de la campagne de fenaison qui ramena les colons et les harkis sur le terrain au lieudit Amara. Il chargea, en premier lieu, un groupe de Mouseblines armés de fusils de chasse de tendre une embuscade à la section des harkis à Amara avec ordre de tirer quelques salves et se replier sur les hauteurs d’Allaouche. Ce qui firent les Mousseblines aux environs de 13 h, en faisant détaler les gommiers rien qu’en brûlant quelques cartouches de chevrotines ; s’ensuit l’arrivée d’importants renforts des soldats français qui ont dû abandonner leurs véhicules blindés en raison du terrain accidenté et poursuivre, à pied, la dizaine de Mousseblines qui continuèrent dans la provocation en continuant à tirer toujours à l’aide de fusils de chasse. Les militaires français se lancèrent à leur poursuite vers les forêts d’Anza Ouaoudhiou où les attendait Si Lahlou avec un groupe de choc de 65 fidayines équipés d’armes automatiques. Les soldats français, qui tombèrent bêtement dans le piège, furent accueillis par un déluge de feu, une fois pris dans le dispositif de l’embuscade et subirent d’énormes pertes. La bonne organisation et de la parfaite connaissance du terrain ont permis au groupe de Si Lahlou de faire subir des pertes importantes aux français qui reçurent, ce jour-là une mémorable raclée, du côté des moudjahidine. Un tirailleur de la pièce FM tomba au champ d’honneur. Ce légendaire officier poussa l’audace jusqu’à leur imposer même un corps-à-corps pour faire mesurer aux officiers français les capacités au combat de nos valeureux fidayines qui n’ont eu aucun mal à semer la panique dans les rangs des militaires français qui, en voulant fuir et quitter la forêt transformée en enfer pour eux, tombèrent dans une autre embuscade à la lisière du bois, à proximité du village Aggache. Cette bataille de Amara est parmi les plus importantes qui ont eu lieu dans la région de M’Chedallah.

O. S.

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