La politique industrielle amorcera-t-elle un nouveau virage?

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Si le ministère de l’Industrie, qui a changé trois fois de titulaire et autant de fois d’intitulé en l’espace de deux ans, compte faire une « offensive » sur le front de l’amélioration du climat des affaires et de l’environnement de l’entreprise, c’est pour exploiter les ressources et surtout les chances, sans doute les dernières, d’après l’expert Abdelhak Lamiri, offertes par le plan d’investissement 2015-2019 actuellement à l’étape de consolidation. C’est ce que vient de rappeler le ministre de l’Industrie et des Mines, Abdessalem Bouchouareb. La loi sur l’investissement, datant de 2001, avec les différentes adjonctions qui lui sont greffées en cours de route, sera amendée en octobre prochain après son adoption par le gouvernement, a indiqué le ministre du secteur jeudi dernier. L’on se souvient qu’un « brain-trust » de réflexion a été institué au ministère en décembre 2012 par l’ancien responsable de ce département, Cherif Rahmani. Cet aréopage d’experts continua son travail de réflexion et de recentrage de la politique industrielle nationale sous le ministre Amara Benyounès, avant que le département ministériel revienne, en mai 2014, à Abdessalem Bouchouareb. Ce dernier a déclaré à l’APS : « On a envoyé la loi au Premier ministre pour l’étudier et la valider, et la semaine prochaine on l’enverra aux autres ministères ». Le ministre fait état du fait que la nouvelle législation se donne une priorité celle de « débureaucratiser l’acte d’investir pour promouvoir la création d’entreprises et la création de richesses ». La redynamisation de la politique d’investissement, opérée dans la perspective de la diversification maximale des activités économiques du pays, sera basée sur la « modulation » des avantages et le soutien aux projets d’investissement en fonction des priorités de la politique économique de l’État. Si la règle de 51/49 % avait, jusqu’ici, bénéficié d’une forme de « sacralité », le Premier ministre, Abdelmalek Sellal, a eu à en réfuter l’idée de changement à plusieurs reprises, il n’est pas évident que cela puisse continuer indéfiniment. La preuve, c’est le ministre de l’Industrie lui-même qui fixe une échéance maximale de cinq ans, soit avant 2020, pour abroger le texte législatif qui porte cette condition. Car, même s’ils ne l’ont pas tous exprimé de manière nette et franche, beaucoup de partenaires extérieurs de l’Algérie ont montré des réticences à suivre la logique de cette procédure. Les Espagnols et les Britanniques ont même exprimé leur vœu de voir cette règle s’assouplir et ne concerner que quelques secteurs que l’État algérien jugerait stratégiques. Selon les nouvelles règles d’investissement en cours d’adoption, la levée des contraintes qui se mettent au travers de la politique d’investissement touchera les volets des procédures, des délais et des coûts. Ce sont des points sur lesquels des centaines de candidats à l’investissement, nationaux et étrangers, ont eu à se plaindre, soit à l’échelon local (Calpiref, wilaya, guichet unique ANDI) soit au niveau central (ministère, FNI). En effet, depuis les statuts et le registre de commerce, jusqu’à l’obtention d’une concession sur un terrain d’assiette viabilisée, un vrai parcours du combattant est imposé à celui qui est censé apporter son capital et son savoir pour créer des richesses, des emploi et de la fiscalité. C’est un paradoxe qui n’a d’explication que, d’une part, l’ « arrogance » qui affecte les structures de l’État nourries à la rente et jugeant que personne n’est indispensable dans l’état actuelle de la fausse prospérité du pays, et d’autre part, la tentation corruptrice qui a pris ses quartiers d’une façon inquiétante dans les services de l’État. Une enquête réalisée au milieu des années 2000 auprès de certains entrepreneurs révélait que plus de 40 % d’entre eux ont été « poussés » à remplir les poches de certains fonctionnaires des institutions de l’État ou de certains employés des banques publiques pour décrocher un OK pour leurs projets. En effet, tout a milité jusqu’à présent, pour décourager l’investissement au bénéfice du « tout importation ». Cependant, cette dernière facture, dépassant 60 milliards de dollars par an, dont 15 milliards pour l’alimentation, commence à peser sur le budget de l’État. Ce dernier n’est pas à l’abri de mauvaises surprises, appuyé qu’il est sur la rente exclusive du pétrole et du gaz.  Le nouveau code des investissements est censé libérer l’initiative, protéger les investissements producteurs de richesses et d’emplois et faire amorcer à l’Algérie un nouveau virage, le seul à même de rendre possible une nouvelle politique de croissance et de lutte contre le chômage.

Amar Naït Messaoud

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