Souffrance à huis clos

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«Mon fils, l’unique, m’a confisqué mes papiers pour s’accaparer de ma rente viagère. Mon argent, je n’en vois pas la couleur, sinon quelques billets qu’il veut bien me refiler de temps en temps », atteste une vieille dame. Le visage fripé l’échine courbée par le poids des ans, elle enchaîne : « Je préfère ravaler mes souffrances, que de subir les foudres de mon rejeton, au risque de me retrouver toute seule ». Ce témoignage recueilli dans la région d’Akbou lève un pan du voile sur la maltraitance qu’endurent les femmes par les leurs. Une pratique dont il n’est pas aisé d’appréhender l’étendue, ni de quantifier les conséquences, tant les victimes osent rarement se plaindre. Néanmoins, les échos colportés par la vox populi à travers les localités de la wilaya de Bgayet sont pour le moins horripilants. Cette maltraitance est d’autant plus dramatique qu’elle est souvent infligée à l’intérieur du cocon familial, par un proche parent. Un membre de la famille, censé faire montre d’attention et d’affection et dont on ne soupçonne aucunement l’aptitude à la cruauté. Brutalités en tous genres, violence physique, servitude et autres détournements de pension, sont les formes de maltraitance les plus récurrentes, nous signale-t-on. « Je dois avouer que l’idée de la mort hante de plus en plus mon esprit », maugrée d’une voix presque inaudible Taos, habitant un patelin reclus de la région de Seddouk. Au crépuscule de sa vie, elle confesse qu’elle est, chaque jour que dieu fait, humiliée par l’attitude indigne d’une sœur revêche. « Une faconde malsaine, allant jusqu’au fouet », se plaint-elle, les yeux embués. Au bout de plusieurs années de souffrance, Taos a fini par prendre une décision. « Je suis allée trouver refuge chez une autre frangine, de deux ans ma cadette », affirme-t-elle. Mal lui en pris, car elle n’a échappé à la flagellation de l’une que pour succomber aux récriminations de l’autre. Une vieille dame d’Ighil Ali rapporte, avec des relents d’amertume, la terrible condition d’une voisine septuagénaire, forcée au huis clos par sa bru : « Elle est chargée des tâches les plus difficiles et, au retour, elle n’a droit qu’à des repas de misère et des vétilles en guise d’habits ». Un autre témoignage poignant nous parvient de Tazmalt. Il met à la lumière du jour l’exécrable existence d’une jeune fille, acculée à la servitude par une génitrice abjecte. « Ayant profité de l’absence de son mari vivant en exil, elle a fini par faire régner la terreur à la maison, en faisant subir à son unique fille les pires brimades et en lui interdisant de mettre le nez dehors », raconte-t-on. Craignant sans doute le rejet, la plupart des victimes ravalent leur douleur et se résignent au silence.

N. Maouche

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