Celui qui ne veut pas avoir soif, doit apprendre à boire dans tous les verres. Une poignée de médecins, exerçant dans la région d’Akbou, semblent avoir fait de ce dicton leur credo. Une sotte engeance en somme, qui a entrepris de manger à tous les râteliers, au mépris des principes de déontologie régissant une noble vocation arrimée, non pas à l’enrichissement illicite et à l’abus de confiance, mais au dévouement et au don de soi. Tout le monde en parle, beaucoup de patients le subissent, mais très peu osent s’en plaindre. Malek fait partie du lot. « Hospitalisé pour une éventuelle intervention chirurgicale, j’ai reçu un traitement médicamenteux et on m’a gardé en observation. Le lendemain, un chirurgien s’amène pour m’informer que mon cas ne présente plus de danger et que je devais, par conséquent, rentrer chez moi. Il n’a pas manqué de me préciser, cependant, que je nécessitais un traitement complémentaire qu’il devait me prescrire non pas sur place, mais dans son cabinet. Je me suis exécuté et une fois ses honoraires empochés, il a fait montre de toute sa force de persuasion pour me faire subir une intervention chirurgicale dans une clinique privée », relate-il ahuri. « C’est malheureux de le dire, mais la course derrière l’argent facile et l’appât du gain chez de nombreux toubibs, relèvent d’un secret de Polichinelle », témoigne un autre citoyen d’Akbou, qui avoue avoir été victime d’une « mauvaise foi à la limite de l’escroquerie » de la part d’un médecin privé. « J’ai l’impression que beaucoup de médecins font ce que bon leur semblent : ils gonflent démesurément leurs honoraires pour des prestations médicales toujours aussi dérisoires, parfois expéditives », s’insurge un père de famille. Et d’jouter : « Certains toubibs ne prennent même pas la peine de vérifier la tension artérielle de leurs patients, tandis que d’autres font, tout simplement, l’impasse sur l’interrogatoire ». Les médecins habités par leur sacerdoce et restés fideles au serment d’Hippocrate ne seraient-ils pas bien avisés de « balayer » devant la porte de la corporation, en bannissant ces comportements qui éclaboussent l’aura et la grandeur d’une noble profession ?
N. M.
