La Dépêche de Kabylie

Entre déficit de prévention, manque de sensibilisation et absence d'assurance – La gestion bancale des risques

L’Algérie fait de plus en plus face à des situations de risques majeurs et de catastrophes naturelles, induisant des pertes en vies humaines et en biens. Cela fait, sans doute, partie d’une certaine « rançon » à payer à l’évolution du monde moderne; mais, lorsqu’on y voit de plus près, la nuance est grande entre l’accès à la modernité et l’exposition aux risques de la nature et des accidents de l’industrie ou de la technologie. Autrement dit, l’étape d’évolution que connaît actuellement notre pays, avec une économie en transition nourrie par des plans quinquennaux que permettent les recettes pétrolières, commande de nous mettre au diapason pour faire face aux revers de la médaille de l’accès à la modernité et d’exploiter l’embellie financière actuelle et l’intelligence nationale pour asseoir une culture de la prévention et de l’intervention qui concorde avec les défis présents. On l’a constaté des dizaines et des centaines de fois, lorsqu’une région du pays est affectée par un sinistre naturel, une pathologie humaine, animale ou végétale, un accident industriel, l’on se trouve le plus souvent désarmé tant aucune espèce de prévention n’a été initiée auparavant plan ni de plan d’intervention échafaudé à temps. Depuis le début juillet 2014, l’Algérie fait face, d’un seul front, à des tremblements de terre, à un crash d’avion, à des incendies de forêts et de vergers fruitiers, à la fièvre aphteuse qui est en train de faire des ravages dans le cheptel bovin et à une incroyable recrudescence des accidents de la route avec leurs lots de morts et de handicapés à vie. Au début de l’été ce fut un crypto-débat qui s’est enclenché sur l’éventualité de l’exploitation de gaz de schistes. Des personnes non qualifiées se sont permises de déconseiller une telle industrie au gouvernement, d’autres se sont précipitées à louer les vertus d’une énergie « alternative », dite non conventionnelle, laquelle, en réalité demeure toujours polluante et…fossile. Sans préjuger de la faisabilité d’une telle industrie et de la qualité de ses impacts environnementaux, l’on peut constater qu’il n’y a pas une culture du débat en Algérie. Si l’on déplore une telle vacuité dans le domaine strictement politique et économique, on est encore plus affligé lorsqu’il s’agit de débats censés avoir prise directement sur les problèmes de société. L’administration fait ce qu’elle peut pour rassurer, même d’une façon parfois franchement maladroite. Elle estime que c’est là son rôle. Et pourtant. La fièvre aphteuse aurait pu être contenue à la frontière tunisienne avant qu’elle fasse des ravages à Sétif et à Bouira. Et que dire de la fièvre Ebola qui a fait plus de 1000 morts dans l’Ouest africain, jusqu’au Burkina Faso et au Nigeria. Le ministère de la santé assure qu’elle ne traversera pas la frontière algérienne. Sait-on combien de nationalités se côtoient à Tamanrasset? Plus d’une vingtaine; une population très mobile, qui ne connaît pas de frontière. On touche du bois et espère que l’assurance du ministère vaille prière entendue. L’autre segment de la problématique de la gestion des risques est celle de la pédagogie, qui signifie sensibilisation et vulgarisation; car, sur un grand nombre de points, des gestes anodins peuvent sauver des vies humaines, animales ou végétales. Tous les organismes chargés de la sécurité des personnes des biens possèdent des cellules dites de communication et de sensibilisation. Mais, que voit-on sur le terrain? Qu’entendons-nous sur les radios régionales, supposées porter la proximité à son point optimal d’efficacité? Qui sollicite, sinon fugacement, nos écoles pour répandre la culture scientifique relative à la connaissance et à la protection de l’environnement, aux raisons des inondations et des éboulements, aux feux de forêts, à l’hygiène quotidienne,…etc. ? Des pays ont introduit des cours de secourisme dans les examens du permis de conduire et pour l’obtention de la licence de transport public. Chez nous, même l’assurance la plus « banale », par exemple contre l’incendie des récoltes de blé ou contre la grêle, demeure une denrée rare. Un responsable des assurances avançait hier à la radio chaîne 2 que, pour les séismes, les Algériens ne s’assurent pas parce que, d’abord, la culture de l’assurance n’existe pas, ensuite parce que les propriétaires ont l’assurance que l’État va les reloger en cas de sinistre. Il n’a pas tout à fait tort; l’autonomisation de la société qui fait partie du processus de démocratisation, c’est aussi cela: savoir se prendre en charge en exploitant les voies et les structures que la modernité a permis de mettre en place. Face au grand déficit de sensibilisation (par le canal des médias, de l’école, des mosquées,…), il y a même des explications des phénomènes qui frisent la mythologie ou la mystique, particulièrement lorsqu’il s’agit de séismes ou d’inondations. L’on a affaire à une sorte d’imparable fatalité qui pourrait mettre à l’aise tous ceux qui ont une parcelle de responsabilité dans la fraude sur le bâti, dans la mauvaise conception des plans urbanistiques et dans tous les segments de la gestion des affaires publiques qui pourraient déboucher sur des catastrophes.

 

  Amar Naït Messaoud

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