La boulangerie en perte de vitesse

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Le métier de la boulangerie est en voie de disparition dans la wilaya de Tizi-Ouzou, selon les propos des différents boulangers de cette ville que nous avons abordés à ce sujet.

En effet, ils sont unanimes à dire que ce métier est l’un des plus difficiles de toutes les professions. En effet, la consommation de cet aliment est, aujourd’hui, en nette régression contrairement aux années précédentes où il était très prisé. Tout le monde se souvient des années 90, quant les boulangeries étaient tout le temps prises d’assaut par des clients qui venaient pour acheter du pain. « Jadis, cet aliment était très demandé par les gens. Hors, aujourd’hui, les habitudes ont changé et les clients sont devenus économiques », avance l’un des boulangers de la ville des Genêts. Ce dernier souligne que la régression de la profession est due aux manques auxquels fait face le boulanger au quotidien. Il citera à titre d’exemple le manque de la main d’œuvre, la nette recule de la demande ainsi que la baisse de rentabilité. « Plusieurs facteurs aléatoires sont à l’origine de la régression de ce métier portant noble.

150 dossiers d’investissement déposés auprès de la CNAC depuis… 2005

Au jour d’aujourd’hui, celui-ci est devenu la profession de tout le monde, ce qui a engendré de l’anarchie dans le bon fonctionnement de ce métier, notamment avec les différents dispositifs de l’aide de l’Etat à ces jeunes », nous expliquera-t-il. Ces boulangers que nous avons contactés avancent que plusieurs boulangeries ont baissé rideaux dans plusieurs coins de la wilaya de Tizi-Ouzou. C’est le cas de Tarik qui a installé sa boulangerie à Tizi Rached, mais qui n’a tenu que deux années. « C’est vraiment un casse tête chinois ! Il faut faire des pieds et des mains pour acquérir ce matériel ultramoderne importé de l’Europe pour enfin baisser rideau pour plusieurs causes », dira-t-il. Et d’ajouter : « La main d’œuvre me revenait très exorbitante, les charges locataires… m’ont vraiment poussé à mettre les clés sous paillasson ». C’est le même problème posé par Smail, du côté de la région des Ouadhias, qui a préféré vendre son matériel et s’orienter vers une autre profession. « Le métier de boulangerie n’est guère rentable. Si tu n’es pas du métier, il ne vaut mieux pas s’y aventurer », rétorquera-t-il. Pour en savoir un peu plus sur ce sujet, nous avons abordé M. Ould Ali Hakim, directeur de la CNAC de Tizi-Ouzou, qui nous a affirmé que seulement 150 dossiers d’investissement dans ce créneau ont été déposés depuis le lancement de ce dispositif en 2005. Cela dit, notre interlocuteur estime que  « depuis 2011 et après les amendements et les facilitations de l’Etat, la demande a augmenté en ce créneau ».  Pour appuyer ses propos, le directeur de la CNAC souligne que « chaque commune de la wilaya de Tizi-Ouzou dispose d’au moins de deux boulangeries et cela s’avère suffisant pour répondre à la demande exprimée ». Néanmoins, il affirme sa disponibilité à accompagner tous les jeunes désirant investir dans ce créneau. D’autre part, le premier responsable de la CNAC indique que les jeunes s’intéressent actuellement aux autres métiers artisanaux, tels la soudure, l’électricité la peinture, la plâtrière, la plomberie ainsi que l’élevage et l’exploitation terrienne.

L’activité gelée à l’ANSEJ

C’est de l’avis de l’ANSEJ de Tizi-Ouzou qui affirme que l’activité fut gelée depuis mars 2014 pour diverses raisons. « Les bénéficiaires abandonnent leurs projets. Beaucoup d’entre eux ont laissé leurs ateliers pour une tierce personne, alors que d’autres ont baissé rideaux », soulève une source fiable. Cette dernière avance un nombre dépassant largement le financement de plus de milles jeunes dans ce domaine depuis le lancement de ce dispositif en question (1996). « La demande est en nette recul ces dernière années », affirme-t-elle. Par ailleurs, la même source souligne qu’un travail est à pied d’œuvre pour revoir l’orientation vers des métiers propres à la région de Kabylie. « Un travail est en train de se faire avec la formation professionnelle pour orienter les jeunes vers les métiers artisanaux, tels la poterie, la boulangerie… ». Du côté de la Direction de la formation professionnelle, le chargé de communication avance que, pour la rentrée de septembre 2014, les établissements de la formation professionnelle et de l’enseignement professionnels de Tizi-Ouzou offriront 200 postes de formation dont 150 par voie d’apprentissage et 50 autres résidentielle. « Les établissements qui assurent des stages par voie d’apprentissage auront lieu à Ouadhias, Ouacifs, Boghni, Tizi Gheniff, Draa El Mizan, Iferhounène, Ain El Hammam, Azazga, Tigzirt, Akerou et Boukhalfa », soulignera-t-il en affirmant que pas moins de 300 stagiaires diplômés en boulangerie viennoiserie sortent en deux sessions de formation par an. En somme, la wilaya de Tizi-Ouzou dispose de 250 boulangeries environ et près de 50 ont baissé rideau ces quelques dernières années.

A. G.

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