Si la journée de mercredi dernier a été consacrée pour la remise de prix aux lauréats aux examens du Bac et du BEM, la soirée a été réservée pour la fête. Des jeunes et moins jeunes sont venus des Ouadhias, d’Amechras, d’Assi Youcef, de Boghni, de Aïn Zaouia, de Draâ El-Mizan et de Frikat pour vivre une soirée des plus attendues avec l’apparition sur scène du célèbre chanteur d’Ath Mendès, le maestro Dda Aki Yahiatène, qui fête ses soixante ans d’artiste, mais aussi le retour de Chérif Hamani et bien sûr aussi Ali Ideflawen, le fondateur du groupe Ideflawen des années 70 et 80. Des centaines de jeunes et même des familles ont pris d’assaut l’école frères Belarbi dès l’après-midi où le comité du village » Ighil Iguerfiouène » s’attelait aux derniers préparatifs. À l’entame de ce gala, c’est un jeune chanteur du village en la personne d’Amirouche Mokrani qui est monté sur scène pour entonner des chansons du répertoire du regretté Rahim à qui il a rendu hommage. Tour à tour, sont Amirouche Mokrani, Leflani et Hocine Yahiatène qui, eux aussi, chanteront devant la grande foule qui commençait déjà à s’exciter. Quand le nom de Dda Akli Yahiatène a été annoncé c’est avec un tonnerre d’applaudissements que le public l’a accueilli bien qu’il soit chez lui. À plus de quatre-vingt ans, il se tint debout et ne s’arrêta pas le long d’une heure de temps. À chaque fois qu’il finit l’une de ces chansons immortelles, le public en redemandait. Même les jeunes étaient de la partie quand, particulièrement avec sa belle voix, il chanta sa célèbre chanson « El Menfi », ou encore « ezrigh zin di Michelet », « dda l’Hocine, Inas i malâyoune Taos »… C’est vraiment un régal d’assister à ces moments de joie et de fête. Certes, personne n’aurait souhaité que Dda Akli ne descende de la scène. Portables à la main, appareils photos et caméras, ces instants ont été filmés en guise de souvenirs. Ensuite, c’est un autre moment qui arriva. C’est celui où fut appelé Chérif Hamani notamment avec ce retour sur scène et avec l’enregistrement de son dernier album » Nhati », » soupirs »… A ce moment là Dda Chérif entra en parfaite symbiose avec son public. L’artiste fera entendre à cette nouvelle génération ses plus belles chansons, dont on citera entre autres, » A Thala « , « ô fontaine », Ifat-iyi l’hal, tadert et bien sûr pratiquement toutes les chansons de son dernier album. Chérif Hamani a su, comme à l’accoutumée, entraîner ce public assoiffé de chansons à texte dans ses méandres entre la musique et surtout les paroles à tel point que se lisait sur les visages cette reconnaissance à l’artiste auquel on reconnaît non seulement le sérieux, mais aussi la doigté et la finesse. Hocine Amendès n’a pas été en reste. Lui aussi, tout comme son maître, Dda Akli Yahiatène, a fait vibrer l’assistance. Enfin, c’est Ali Ideflawen avec sa voix rauque semblable à celle de Lounès Matoub qui reviendra avec « Ma techfam; Gtiyi abrid, tafsut n tidett et bien d’autres titres de sa carrière artistique de plus de trente cinq ans de travail, d’engagement et de lutte aux côtés d’autres artistes notamment pour les principes démocratiques, mais aussi pour le recouvrement de la culture et de l’identité amazighes depuis le début des années 70. C’est dire que le coup a été bien réussi par le comité du village bien sûr avec l’aide de la direction de la culture et aussi celle du directeur de la Radio Tizi-Ouzou. » On a assisté à des galas à Boghni et à Mechtras, mais c’est la première fois que nous assistons à une soirée d’aussi belle facture. Je remercie les organisateurs. Tout comme je tiens aussi à souhaiter longue vie à Dda Akli Yahiatène qui multiplie ses apparitions et qui répond toujours présent à chaque fois qu’on fait appel à lui sans oublier de dire à Chérif Hamani que son retour est un signe que la chanson kabyle se porte bien contrairement à ce qui se disent qu’elle. Enfin, mille mercis à Ali Ideflawen pour son combat continue dans sa chanson engagée. Quant aux jeunes, je leur dirai qu’ils devront suivre le chemin tracé par leurs aînés », nous dira un invité venu d’Assi Youcef. En tout cas, un autre point de plus à mettre à l’actif de Ali Miloudi et les membres du comité d’Ighil Iguerfiouène. » Nous sommes vraiment ravis par tout ce qui se fait dans notre village. Je remercie tous ceux qui ont contribué à la réussite de ces deux événements, à savoir la distribution des prix et ce gala grandiose. Le village avance et c’est tant mieux pour tout le monde », nous déclarera M. Abdelkader Hamzaoui, un membre actif du mouvement associatif à Boghni.
Amar Ouramdane
