Par Mohand-Akli Haddadou
La langue berbère, parlée encore aujourd’hui par plusieurs millions de locuteurs au Maghreb et au Sahara, est une langue à usage essentiellement oral. Elle a pourtant disposé tout au long de l’antiquité d’un alphabet propre, le libyque, attesté par des centaines d’inscriptions, réparties à travers tout le Maghreb, mais à l’exception des Touaregs qui utilisent un système d’écriture dérivé du libyque, le tifinagh, aucun dialecte berbère n’a conservé d’alphabet. En fait, dans l’antiquité même, le champ d’utilisation de l’écriture berbère, concurrencée par le punique puis le latin, devait être restreint, la quasi-totalité des inscriptions répertoriées étant des épitaphes ou de courts messages. C’est dans d’autres langues, notamment le latin, que les grands écrivains berbères, comme Apulée ou Arnobe, qui ont pourtant pratiqué une sorte de nationalisme africain, opposé à la présence romaine, ont rédigé leurs œuvres. Quand les Arabes arrivent au Maghreb, à la fin du 7ième siècle de l’ère chrétienne, le libyque n’est plus utilisé : les auteurs musulmans, qui ont donné tant de détails sur les Berbères, ne l‘évoquent pas. Tout au long des siècles et jusque de nos jours, des groupes berbères ont utilisé l’alphabet arabe pour transcrire leur langue : groupes schismatiques du Moyen âge, comme les Ibadhites ou les fameux Berghawata qui ont fondé un royaume hérétique sur la côte occidentale du Maroc et élaboré une religion propre, avec un Coran écrit en berbère, et, aujourd’hui, les Chleuhs, les Mozabites, les Chaouis et d’autres groupes berbérophones. Mais nulle part, le berbère n’a accédé au rang de langue écrite, reconnue par l’autorité politique : à l’inverse de langues comme le persan ou le turc, transcrits en caractères arabes, il a toujours été écarté de l’administration et de l’enseignement. En Kabylie aussi, l’écriture arabe a dû être utilisée, mais cet usage a sans doute été très restreint puisque aucun texte rédigé dans cette graphie, ne nous est parvenu. Il faut attendre le milieu du 19ième siècle pour voir les Français transcrire des textes berbères, en caractères arabes et latins, puis exclusivement latins. Les auteurs kabyles suivront le mouvement et, le système de transcription, au début influencé par la graphie française, va s’améliorer progressivement et noter avec plus de précisions, les distinctions phonématiques.
L’écriture comme système d’affirmation identitaire
C’est dans les élites issues de l’Ecole française que s’est effectuée la première prise de conscience identitaire en Kabylie. Les instituteurs, notamment, se sont attelés à la tâche de sauvegarde du patrimoine culturel berbère oral, en transcrivant et en traduisant des centaines de poésies, de contes et de proverbes. Beaucoup d’auteurs sont restés dans l’anonymat mais quelques uns comme Boulifa, Sedkaoui ou Bensedira ont acquis de la notoriété, en publiant des recueils de textes, des méthodes d’enseignement et des dictionnaires. La diffusion s’est faite en caractères latins, les tifinagh, l’alphabet berbère n’étant utilisé que de façon sporadique mais, déjà, il est cité par tous comme le témoin d’une tradition écrite millénaire. Après l’indépendance, l’écriture va jouer un rôle de premier plan dans le combat pour la réhabilitation de la langue berbère : celle-ci, rangée par ses adversaires dans la catégorie des langues sans écriture, possède, en réalité, une écriture. On découvre aussi, en consultant les travaux sur le libyque, que cette écriture est plus ancienne que sa rivale, l’arabe. C’est ainsi que dans un tract distribué en 1977 lors du match de finale de coupe d’Algérie, opposant la Jeunesse sportive de Kabylie (JSK), à un club algérois, on lit : ‘’ Les Arabes ont emprunté leur alphabet aux Araméens, les Berbères, eux, ne doivent rien à personne, ils sont les inventeurs de leurs propre alphabet. « On ira jusqu’à soutenir que le libyque est antérieur à toutes les écritures, y compris le phénicien duquel les spécialistes, il est vrai sans preuve décisive, le font habituellement dériver. Cette hypothèse, courante dans les milieux militants, se retrouve dans les travaux universitaires. Dans un mémoire de magister, soutenu à Alger, il y a quelques années, on lit : ‘’L’évolution des caractères de toutes les anciennes écritures permet de constater que le libyque est probablement l’écriture à partir de laquelle toutes les autres écritures de l’antiquité se sont forgées. (…) L’alphabet libyque a dû être une ‘’banque » de graphèmes où toutes les écritures anciennes ont puisé pour se constituer. » (T. MEBARKI, p. 219 et 221)En 1966, un groupe de Kabyles, dirigé par un ancien officier de l’Armée de libération nationale (ALN), Mohand Arab Bessaoud, fonde, à Paris, une Académie berbère, Agraw Imazighène, avec la mission de sauvegarder et de développer la langue et la culture berbères. Bessaoud va s’efforcer aussi de réhabiliter l’alphabet berbère, en l’aménageant pour le conformer à la phonétique du kabyle et en le diffusant au moyen d’une revue rédigée entièrement en tifinagh et distribuée clandestinement en Algérie. C’est encore Bessaoud, qui passe aujourd’hui en Kabylie pour le ‘’père » de la revendication berbère, qui a fait de la lettre berbère Z, z, le symbole des Berbères, un signe quasi-magique qui va rallier, pendant plusieurs décennies, des milliers de militants kabyles, intellectuels, étudiants, lycéens et simples citoyens. . Dans une brochure consacrée à la vie et à l’œuvre de Mohand Arab Bessaoud, on lit : ‘’ Z est le signe figuratif de caractère anthropomorphique, tiré du mot amazigh (berbère) et qui représente l’homme amazighe, premier habitant de Tamazgha (Berbérie). Symbole médiateur, il réunit la nature et la culture, le rêve et la conscience amazighe qui sont des forces unificatrices. C’est le symbole de Tamazgha mais aussi de la résistance (izmir, du verbe ‘’pouvoir » et par extension ‘’résister ») du peuple amazigh. « Le caractère Z figure également sur le ‘’drapeau berbère », un emblème tricolore, bleu-vert-jaune, également imaginé par M. A. Bessaoud. Les événements de 1980 vont marquer un tournant décisif dans la revendication berbère, en portant celle-ci dans la rue. Les slogans, en français et en berbère (transcrit en caractères latins et en tifinagh) réclament la reconnaissance du berbère, son introduction à l’école et dans les médias publics. Le gouvernement d’alors, qui répond d’abord par la répression en arrêtant plusieurs militants, va assouplir sa position, en accordant quelques concessions, notamment un institut des langues et cultures populaires…à Tlemcen, en région arabophone et à plusieurs centaines de kilomètres de la Kabylie ! Il faut attendre l’ouverture démocratique de 1988 pour voir l’expression berbère se libérer : les partis politiques et les associations culturelles peuvent désormais revendiquer au grand jour la langue berbère. Des départements de langue et culture berbères sont créés dans les universités des deux métropoles kabyles, Tizi Ouzou et Béjaia, et, après une année de boycott de l’école et de l’université en Kabylie pour faire reconnaître la langue berbère, un enseignement du berbère est lancé en Kabylie et dans d’autres départements où existent des communautés berbérophones. Durant toutes ces années, le choix d’un système d’écriture pour le berbère va être au centre des débats et provoquer ce qu’on a appelé la guerre de l’écriture.
La guerre de l’écriture
C’est l’ancien président de la République, Chadli Bendjedid qui a déclenché, à la fin des années 80, cette guerre, en se déclarant prêt à reconnaître la langue berbère mais à condition qu’on transcrive celle-ci en caractères arabes. La condition a été aussitôt rejetée par les milieux dits berbéristes, issus des partis politiques et du corps associatif, qui voient dans la proposition une tentative de rattacher les Berbères et leur langue au monde arabe. Ces milieux ne manifestent pas ouvertement leur choix, en matière de graphie, préférant s’en remettre aux spécialistes de la langue, formule très commode pour éluder une question épineuse. En fait, ces milieux sont généralement favorables à la graphie latine puisque c’est dans cette écriture qu’ils rédigeront les textes kabyles qu’ils produiront, mais les écritures tifinagh et arabe auront également leurs partisans et chacun va tenter de justifier son choix, en mettant en avant des arguments ‘’techniques », comme la capacité des systèmes à transcrire le kabyle. En fait, les choix sont essentiellement déterminés par des considérations d’ordre idéologique. Ainsi, le tifinagh est présenté par ses partisans comme le système le plus authentique, c’est aussi la preuve de l’existence d’un alphabet autochtone, véhicule d’une culture écrite millénaire. Les partisans de l’écriture arabe voient dans celle-ci un moyen d’intégrer le berbère dans l’ensemble musulman et mettent en relief le fait que cet alphabet a déjà été utilisé dans le passé par les Berbères pour transcrire leur langue. Quant à l’alphabet latin, il a la faveur de tous ceux qui pensent qu’il faut faire accéder le berbère à la ‘’modernité », en le dotant de caractères ‘’universels » (voir M. A Haddadou, 1996, p 95). Les tenants de l’alphabet latin ne manquent pas de rappeler que la quasi-totalité de la production culturelle d’expression berbère s’est faite en caractères latins. Dans un tel climat polémique, les autorités s’abstiendront, lors de l’ouverture des départements de berbère dans les universités de Tizi Ouzou et de Béjaia, d’imposer un système d’écriture. Ici, on prône la polygraphie, l’utilisation simultanément de plusieurs systèmes d’écriture, c’est-à-dire, dans le cas du berbère, le tifinagh, l’arabe et le latin. En réalité, la polygraphie encouragée par le ministère de l’Enseignement supérieur, est motivée par le désir de mettre au même niveau les trois graphies pour éviter l’exclusion de l’alphabet arabe. Celui-ci sera pourtant exclu et l’alphabet latin sera le seul employé. Il est surprenant, voire anormal, que dans les modules de notation, enseignés dans les départements de langue et cultures amazighes et qui sont censés initier les étudiants à tous les systèmes de transcriptions utilisés en berbère, y compris le système arabe, celui-ci ne soit jamais abordé. Le tifinagh est enseigné mais seulement à titre de vestige, de patrimoine culturel, il n’est jamais envisagé comme système d’écriture pouvant servir de moyen de communication dans les échanges quotidiens. En 1995, les autorités vont tenter de nouveau d’imposer la polygraphie, avec le lancement, dans seize départements, de classes pilotes de berbère dans les collèges et les lycées. Les textes des manuels produits par l’Education nationale sont rédigés chacun dans les trois graphies, mais les enseignants de Kabylie (qui compte à elle seule plus de 90% des effectifs des apprenants) choisissent encore le caractère latin. Les premiers journaux d’expression kabyle (aujourd’hui disparus), les partis politiques et les associations culturelles, très nombreuses en Kabylie, optent également pour le latin. Le berbère intervient très peu dans les slogans et les graffitis, ceux-ci étant presque toujours rédigés en français. Et quand un slogan porteur doit être rédigé en kabyle, comme le fameux ulac smah’ ulac, ‘’il n’y aura pas de pardon » des émeutes du printemps 2001, il est toujours transcrit en caractères latins. Ici, il ne s’agit pas de marquer la berbérité mais de communiquer un message, de lancer un cri de ralliement. Quand les tifinaghs interviennent c’est principalement dans les sigles et les titres. C’est ainsi que la lettre Z accompagne régulièrement les inscriptions et orne les affiches et, fait récent, elle figure sur les tombes, exprimant ainsi cette volonté de manifester, jusque dans la mort, l’appartenance identitaire en la revendiquant. . Le ‘’conflit graphique » est comme neutralisé puisque les deux systèmes – latin et tifinagh – peuvent coexister dans le même espace avec, pour chacun, une fonction : celle de communiquer du sens pour le latin, celle de véhiculer le symbole pour le tifinagh. Les trois systèmes d’écriture se retrouvent dans l’environnement urbain mais ils sont répartis de façon inégale. Le berbère a été, jusqu’à la fin des années 1980, totalement proscrit des enseignes et des panneaux indicateurs, rédigés en arabe et en français, puis, avec l’arabisation de l’environnement, en arabe seulement. Il faut attendre l’ouverture politique de 1988 pour voir le français revenir et, dans son sillage, le berbère. Mais le mouvement de berbérisation de l’environnement, attendu en Kabylie, ne se produit pas: seules quelques enseignes sont rédigées en berbère, parfois en caractères latins, parfois en caractères tufinaghs. Aujourd’hui encore, le nombre des enseignes en berbère reste réduit, les grandes villes comme Tizi Ouzou et Béjaïa donnent même la prééminence au français (sur les enseignes à Tizi Ouzou, voir R. Kahlouche, 1997 et 2000). Seuls les édifices publics et les panneaux de signalisation sont écrits dans les trois langues, le berbère- fait particulier -étant transcrit en tifinagh. Il faut signaler que le choix du tifinagh, qui répond aux aspirations du public, a été fait par les municipalités : les ‘’spécialistes »- c’est-à-dire les linguistes et les enseignants du berbère- ont juste été consultés pour faire les transcriptions ! Et, aujourd’hui, grâce à l’ordinateur et à l’existence de polices berbères, on peut passer sans difficulté du latin au tifinagh. Très peu de gens, même dans les milieux berbérisants, sont en mesure de déchiffrer les tifinagh mais la plupart, même s’ils n’envisagent pas son emploi comme système de transcription, restent attachés à cet alphabet. Ici, le symbole prime sur le signe : le caractère graphique n’est par utilisé pour transcrire la langue, exprimer ses pensées et ses sentiments, mais seulement pour marquer l’appartenance culturelle et linguistique. La fonction de communication est dévolue au français (plus rarement à l’arabe) qui accompagne régulièrement les inscriptions en tifinagh.
L’écriture comme symbole
Si l’introduction des tifinagh en Kabylie ne date que de quelques décennies, les caractères berbères, eux, sont attestés depuis les temps immémoriaux dans l’art kabyle mais aussi berbère. Les datations les plus anciennes effectuées jusqu’à présent ne font guère remonter l’écriture libyque au-delà des 6ème-7ème siècles de l’ère chrétienne – date approximative de la fameuse inscription de La’zib n Ikkis, au Maroc. Mais ce n’est pas seulement sur les stèles qu’il faut chercher les origines des caractères berbères mais aussi sur les peintures rupestres qui, elles, remontent à plusieurs milliers d’années avant l’ère chrétienne ! Les croix, les ronds, les points et les triangles qui apparaissent dans les peintures préhistoriques ne sont pas forcément, comme on l’a affirmé, de simples éléments de décoration alors que sur les stèles de l’antiquité et les tifinagh modernes, ils forment des caractères graphiques. Le rapport de l’écriture à l’art n’est pas spécifique au monde berbère mais se retrouve dans la plupart des cultures qui possèdent des systèmes graphiques. L’anthropologue italien, E. Analti qui a recensé, il y a une vingtaine d’années, quelques 20 millions de signes dans 780 sites préhistoriques répartis dans le monde, a soutenu l’hypothèse que l’art rupestre a été la première forme d’écriture humaine, du moins son premier système de signes. Selon lui, les signes se répartissent en trois catégories : les pictogrammes qui sont les signes représentant les êtres humains, les animaux et les objets, les idéogrammes qui sont des signes répétitifs comme les flèches, les bâtonnets et les ronds et les psychogrammes qui devaient représenter des sentiments. (E. Analti, 1984). L’anthropologue algérienne M. Hachid, qui a étudié les fresques du Tassili, au Sahara, parle, à propos des caractères berbères qui y figurent d’une ‘’langue idéographique primaire ». C’est, selon elle, ce système primaire ‘’qui s’est orienté vers une forme scripturaire pour donner les premiers caractères d’écriture. » (M. HACHID, 2000, p. 186). Ce langage idéographique a, en tout cas, résisté au temps puisqu’il nous est parvenu dans l’art berbère contemporain, alors que le système d’écriture, lui, n’a pas subsisté. En plusieurs millénaires, le décor artistique berbère a évidemment changé mais il a conservé de nombreux traits anciens. On peut s’en rendre compte en comparant des objets anciens, par exemple des poteries, avec des objets modernes. Ainsi beaucoup d’éléments décoratifs ont la forme de caractères libyques. On peut admettre que certains signes, comme la croix et le point, ne sont pas obligatoirement des caractères d’écriture mais d’autres appartiennent sans conteste au répertoire des caractères libyques. On a interprété parfois ces caractères comme des ‘’signes de propriété » (voir G. CAMPS, 1961, p. 323) mais cette explication ne vaut pas pour les objets modernes : si certains artistes, potiers et tisserands, ne sont plus en mesure de déchiffrer les symboles utilisés, d’autres leur donnent une signification : ainsi, la croix – t de l’alphabet libyque – est interprété comme un signe protecteur, deux triangles renversés et unis par la pointe –s – est un signe de longévité, etc. Les mêmes signes étaient autrefois tracés sur les linteaux des portes kabyles et figuraient dans les décors muraux. Le caractère prophylactique des caractères d’écriture est particulièrement affirmé dans les tatouages, notamment ceux du front, destinés à écarter le mauvais œil. En Kabylie, seules les vieilles femmes se tatouent encore, mais dans d’autres régions, comme les Aurès, c’est encore une pratique courante, en dépit de l’interdit de l’Islam qui lui attribue une origine païenne. Dans les œuvres d’art moderne, les caractères berbères subissent parfois des transformations qui les rendent méconnaissables, mais on peut toujours retrouver, même dans les formes les plus compliquées, le tracé d’origine. Aujourd’hui, les objets manufacturés ont largement remplacé les vieux objets berbères décorés mais beaucoup de familles gardent encore les poteries et les tissages anciens. Les caractères berbères ont investi de nouveaux domaines de l’expression artistique. Le z, Z, si symbolique, est forgé en pendentif et même en boucles d’oreilles. Il est même devenu un signe de ralliement pour les militants berbéristes qui le portent en broche au revers de leurs vestes. Autre domaine investi par le caractère berbère : la couture. Il se mêle aux autres motifs artistiques berbères, ornant les robes, les chemisiers et les ceintures. Les tissus, brodés ou imprimés, portent le nom très connoté d’ imazighène, ‘’ les Berbères ».
Conclusion
En devenant symbole, le caractère d’écriture perd sa dimension de signe, c’est-à-dire qu’il cesse d’être conventionnel et surtout arbitraire. C’est pour cette raison que Saussure, dans sa théorie du signe linguistique, rejette la notion de symbole : « Celui-ci, écrit-il, n’est jamais arbitraire à cause de l’existence d’un ‘’ rudiment de lien naturel entre le signifiant et le signifié ». (p. 101). Le symbole n’est plus utilisé pour représenter conventionnellement un sens mais pour servir de substitut à un autre sens. En Kabylie, où au moins deux systèmes d’écriture sont en présence pour noter le berbère, il y a comme une distribution des rôles : le système latin, employé à l’école, à l’université et dans la littérature, pour communiquer, c’est-à-dire servir dans les échanges quotidiens, le système berbère, pour manifester l’appartenance identitaire. Alors que le premier a tendance à s’imposer comme système d’écriture, le second fonctionne comme un système de signes –au sens général du terme – à valeur exclusivement évocatrice, voire magique. Quant à l’écriture arabe, elle est surtout perçue comme un instrument de domination de l’Etat, mais ceux qui s’opposent à l’utilisation de ce système ne doivent pas occulter le fait qu’elle a aussi ses partisans, dans le monde berbère, y compris en Kabylie.
M. A H. Universitaire.
