Imparablement, la rentrée, c’est d’abord la rentrée scolaire. La rue reprend ses couleurs bariolées, malgré la chaleur torride qui a caractérisé ces deux premières semaines du mois de septembre. Les rythmes du pays sont fatalement synchronisés avec les rythmes scolaires, sachant que l’école, avec ses trois paliers, compte 8 618 155 élèves, soit le quart de la population algérienne, cela, indépendamment des effectifs de l’enseignement supérieur et de la formation professionnelle. Le personnel du secteur de l’Éducation nationale est, à lui seul, constitué de 668 739 fonctionnaires exerçant dans 25 496 établissements, tous paliers confondus. C’est dire le poids que représente ce secteur dans la vie de la collectivité nationale aussi bien par son poids démographique que par son budget. Si une certaine monotonie et une forme d’inquiétude banalisée ont hanté les parents d’élèves depuis plus d’une dizaine d’années, en raison de la décrépitude qui frappe l’école algérienne sur le plan de la qualité de l’enseignement, du niveau pédagogique et de la discipline, un soupçon d’espoir commence à habiter les cœurs. Un espoir que l’on évite d’étaler tout de suite sur la place publique de peur qu’il soit abandonné ou trahi. En effet, dans le climat général de la politique politicienne, des combats d’arrière-garde et du conservatisme à tout crin, on a vu ce qu’il en coûté comme attaques et accusations gratuites, à Mme Nouria Benghebrit d’avoir été désignée dans le deuxième gouvernement de Sellal comme ministre de l’Éducation. Ayant soupçonné chez elle une volonté tenace de donner un coup de pied dans la fourmilière de l’éducation nationale, certains « idéologues » has been, rentiers du système, ont exprimé clairement leur hantise par rapport au projet de modernisation de l’école algérienne. La ministre tient bon jusqu’à présent. Elle introduit des progressivement et des changements prometteurs, aussi bien sur le plan de la discipline, jusqu’ici écrasée et foulée au pied, que sur le plan de la conduite pédagogique inhérente aux évaluations (fin du système du seuil des cours à réviser pour le baccalauréat, prise en compte de la scolarité via la fiche de synthèse, allègement des programmes et du cartable des élèves du primaire). Ce sont là les premiers éléments à prendre et à capitaliser, en attendant de nouvelles réformes promises pour 2015. Hormis des réserves de certains syndicats du secteur, qui sont sans doute dans leur rôle, les premiers pas de la rentrée scolaire 2014 semblent répandre un sentiment de sérénité et même un brin d’optimisme chez les parents d’élèves. Depuis des années, les parents d’élèves et les élites éclairées du pays réclament des réformes profondes dans l’éducation. Les pouvoirs publics, à travers le ministère, répondaient que les réformes sont là! On en fait depuis le début des années 2000. Mais, quelles réformes? Il ne faut par être grand clerc pour prendre la mesure des dégâts occasionnés à l’école algérienne. On n’a pas besoin de tests docimologiques pour évaluer la chute de niveau. Il n’y a qu’à voir la suite du cursus scolaire à l’université et l’hermétisme et la raideur du marché de travail par rapport aux sollicitations des nouveaux diplômés. Le renouveau de l’école passe inévitablement par d’autres réformes auxquelles il y a lieu de préparer le terrain dès maintenant. Rythmes scolaires, volumes horaires, contenus pédagogiques, didactique, discipline générale, soit autant de volets que l’on n’a pas malheureusement l’habitude de voir étalés lors des grèves historiques que les syndicats ont menées au cours des cinq dernières années. Les revendications corporatistes avaient, hélas, pris le dessus sur l’intérêt général et sur l’avenir des élèves, si bien que, aujourd’hui, il est sans doute recommandé de faire son mea culpa et de prendre sereinement le train de la nouvelle politique imprimée au secteur. Un secteur bien pris en charge par l’État qui lui consacre le deuxième budget du pays. Si des insuffisances existent dans certaines localités, elles ne sont pas à même de remettre en cause les réalisations effectuées particulièrement depuis les quinze dernières années. Certes, comme l’habit ne fait pas le moine, l’argent ne fait pas nécessairement une école performante. Et les Algériens sont bien placés pour en faire l’amer constat. La devise de la démocratisation de l’école, arborée fièrement pendant les années 70 du siècle dernier, a fini par signifier plutôt « massification » et médiocrité dès l’entrée en vigueur de la loi portant institution de l’École fondamentale. Le génie populaire n’avait pas tardé à brocarder cette nouvelle formule en la nommant « école fawdha mentale ». Et on ne croyait pas si bien dire lorsqu’on considère les déviations idéologiques, les errements culturels et les travers pédagogiques auxquels a donné naissance l’enseignement prodigué dans nos écoles. Les premiers éléments de réformes auxquels on assiste cette année préfigurent-ils la fin effective de l’école fondamentale et présagent-ils une volonté politique décidée à projeter l’école algérienne sur l’orbite de la modernité et de l’universalité?
Amar Naït Messaoud
