Comme il était prévisible, suite à l’appel de quatre comités de village, à savoir Aït Bouadda, Azazga, Cheurfa N’Bahloul et Fliki, de la municipalité, la ville d’Azazga a vécu, hier, une matinée de contestation, dans le calme et la sérénité toutefois.
Très tôt dans la matinée, les citoyens de ces villages ont assiégé la mairie du chef-lieu où un grand rassemblement a été observé. Il y avait beaucoup de monde. Plusieurs banderoles étaient déployées sur les lieux. Elles résument et mettent en exergue les revendications de la population locale qui réclame ni plus ni moins que le départ des élus de l’APC locale. En somme, la dissolution pure et simple de l’assemblée. «Les élus Bara», pouvait-on lire sur l’une d’elles, placée au fronton de l’établissement. Aux alentours, les commerçants ont répondu en grande majorité à l’appel à la grève de deux heures, lancé en parallèle par les villageois protestataires. Lors des prises de paroles qui ont marqué le rassemblement, les intervenants n’ont pas du tout été tendres avec l’actuel maire et les élus avec lesquels il compose son exécutif. Accusé de tous les maux, le maire, en particulier, en a eu pour son grade. «On n’est pas là pour saborder ni bloquer quoi que ce soit, ce n’est pas dans notre culture. On est là pour dénoncer les manœuvres et les détournements qui sont devenus monnaie courante au sein de cette mairie», lancera, sans mettre de gants, Rachid Allouache, un des animateurs de la contestation. «Nous ne parlons pas dans le vide. Nous avons des documents, nous avons des preuves. On est conscients de ce qu’on avance. C’est malheureux de voir où la situation à l’APC en est arrivée, mais c’est comme ça que ça se passe. Ils se sont accoquinés avec trois entrepreneurs et à chaque projet ils les saisissent par téléphone. Ils s’arrangent toujours entre eux pour se partager le gâteau. Ils combinent de telle sorte à ce que les soumissions s’avèrent chaque fois infructueuses pour qu’au bout de la troisième fois le projet soit attribué malgré tout. La loi le permet à ce moment là. Au bout, c’est comme s’ils combinaient des marchés de gré à gré. Pendant ce temps, les autres promoteurs locaux subissent…». Les révélations de l’orateur n’avaient pas l’air de surprendre l’assistance qui applaudissait presque à chaque bout de phrase. «Ils se sont fait peut-être des milliards mais ils ne perdent rien pour attendre. On vous apprend que nous avons officiellement réclamé une commission d’enquête ministérielle. Et elle viendra faire son travail», clamera encore Allouache. Ce dernier enchaînera avec un autre grief contre l’exécutif, à savoir la délivrance avec «complaisance» de «quitus» pour l’ouverture de bars et débits de boissons pendant que les jeunes galèrent pour avoir une simple autorisation pour l’ouverture d’une pizzéria. «Je ne comprends pas comment on exige des enquêtes et on leur demande d’afficher dans leurs quartiers s’il n’y a personne qui s’oppose à l’ouverture d’une pizzéria alors que ceux qui se présentent pour les établissements alcoolisés, ils ont tout de suite le feu vert. Ils sont d’ailleurs deux nouveaux débits de boissons et un bar à avoir ouvert… Vous savez où est-ce que ça mène…». Le sujet des couffins du Ramadhan sera également évoqué : «On a privé même nos démunis du couffin du Ramadhan. On est quelques 35 000 à 45 000 habitants et on n’a retenu que 500 couffins. Le drame c’est que pour les acheter ils ont allés faire leur marché à Tizi-Rached, au moment où tout le monde vient faire ses commissions à Azazga… On ne sait pas pourquoi ils ont choisi cette autre commune pour acheter ces paniers ?», s’interrogera-t-il. La confidence est pleine de sous-entendus. Et ce sera comme ça dans toutes les charges qu’ont eu à soulever les intervenants contre le maire et ses assistants, même si c’est le premier qui a été le plus visé en tant que premier responsable. «La mairie sera rouverte dès demain (ndlr aujourd’hui), mais la suite royale du maire sera fermée pour de bon. Il est le premier maire à avoir aménagé un studio dans son bureau. Mais il n’y remettra plus les pieds», lancera Allouache d’un ton ferme au milieu des acclamations des présents. «Pour nous, ils sont partis. A eux de voir une manière pour ne pas compliquer leur situation davantage», conclura-t-il avant d’inviter la foule à se séparer dans le calme, peu avant onze heures. A noter par ailleurs qu’une déclaration pas du tout amène envers l’exécutif a été diffusée durant le rassemblement. A travers le document, sont énumérés plusieurs points, sources de ce mécontentement, entre autres : «le foncier largement squatté», «aucune réunion ni réception n’est accordée aux comités de la population», «carence dans la gestion des écoles primaires», «refus d’établir des fiches techniques pour tout projet», «des enveloppes faramineuses allouées sans aucun changement palpable à la ville», «l’éclairage public défectueux en ville comme dans les villages», «mauvais état des routes et caniveaux dans les villages», «non régularisation des lotissements dans l’indivision, sauf pour son propre dossier (du maire ndlr)», «ramassage des ordures nul dans les villages»… «En conclusion, de part ces carences, nous, comités des villages Aït Bouadda, Azazga, Cheurfa N’Bahloul, et Flikki, et après concertation (…) réclamons la dissolution de l’APC et le départ immédiat de tous ses élus ». C’est la conclusion consignée dans la déclaration. Doit-on rappeler que le maire indexé est issu du parti FAN et d’une majorité constituée d’élus de son parti, de ceux du FLN et du RCD. L’assemblée est composée de quatre élus du FAN, quatre indépendants, trois du FLN, trois du FFS, trois du RCD et deux du MPA.
D. C.

