Il était de coutume qu’à l’approche de la saison de la cueillette des olives, l’ensemble des bourgades de la vallée de la Soummam s’affairent autour de leurs oliveraies, afin de préparer le terrain de telle sorte à faciliter la récolte.
Pour éliminer les mauvaises herbes, des actions comme le sarclage et l’essartage sont entre autres nécessaires pour entamer dans de meilleures conditions la collecte des olives. Le calendrier agraire berbère fixe comme date butoir le 28 octobre, concordant avec « Lahlal », une date symbolisant l’amorçage pour l’entretien des champs. Néanmoins, ces pratiques léguées par les aïeux tendent à l’évanescence, notamment avec la nouvelle génération qui n’accorde pas de crédits aux travaux champêtres, laissant à l’abandon des terres en friches. «Le confort sybaritique dont rêvent nos jeunes est loin de la réalité. Ils passent leurs temps à forger de vaines chimères, et tout cela, sans coup férir», nous explique un retraité ancien cadre à l’administration. D’inextricables maquis sont recouverts de mauvaises herbes à perte de vue. Le développement des adventices (plantes qui ne sont pas semées par l’homme) redessine chaque année le paysage de la campagne. Une petite virée dans les champs et oliveraies de quelques bourgades nichées au flanc de l’Akfadou nous renseigne davantage sur la prolifération desdites mauvaises herbes, nuisibles au reste des plantes, jugées bénéfiques et pour les humains et pour les animaux. Les mauvaises herbes se sont progressivement multipliées pour couvrir des superficies de plus en plus importantes. Parmi lesdites herbes qu’on retrouve à foison est l’ortie (azegdhuf). La multiplication de ces mauvaises herbes se fait au détriment d’autres plantes jugées comestibles et non nuisibles au sol. L’ail triquètre (bibras), les cardons (Taγediwt), la silène (Taγiγact), l’orobanche (Wazdud), la vesce (Tibiwt), la ciguë (Iγses), l’agapanthe (uffal), la primevère (Ifer n wudi), la vipérine (iles n tfunast), la menthe pouliot (felgu) sont entre autres des plantes qu’on retrouve de moins en moins, et ce, au grand dam des bergers. De surcroît, les champs laissés en jachère et pleins de friches ont favorisé amplement l’émergence des mauvaises herbes telles que le chardon (Asennan n weγyul). Les deux variétés qu’on retrouve le plus dans la Kabylie sont le chardon crépu et le chardon étoilé. «Ce qui a favorisé le foisonnement des mauvaises herbes est l’absence d’ameublissement du sol. Les champs ne sont pas labourés par leur propriétaire. Résultat de la course, des espaces broussailleux laissés à l’abandon», nous explique Hassen, un fellah de la région. D’autres plantes et arbrisseaux indésirables grignotent des parcelles importantes de labours. Le jujubier (azeggar), aberwak (asphodèle), l’arum communément appelé pied-de-veau (abequq)…sont autant de plantes qu’on retrouve à foison dans les champs. Pour enrayer ces herbes, il est conseillé d’ameublir le sol à dessein de l’aérer. L’épandage de fumier, l’élagage et le recouvrement des parties saillantes de racines par de la terre sont autant d’opérations qui peuvent améliorer le rendement de l’olivier. D’autres arbrisseaux voient aussi leur nombre monter crescendo comme le genêt (azezzu ou uzzu), le myrte (Cilmun) et le lentisque (amadaγ ou tidekt). Les Kabyles d’antan utilisaient le lentisque comme une sorte de décoction contre les diarrhées et les vomissements. L’inule visqueuse (amagraman) qui signifie en kabyle «Va à la rencontre de l’eau» est une plante aux vertus thérapeutiques poussant dans les sols humides. En dépit du profond désintérêt affiché par une frange de la population à l’égard de l’olivier, des comités de villages de la région d’Ath Waghlis s’accordent à mettre en exergue une sorte de charte, approuvée par ces derniers, et qui vise à jalonner des règles régissant la cueillette des olives, et ce, à l’orée de chaque saison oléicole. Une charte est souvent acquiescée à l’unanimité censée peu ou prou servir de rempart contre toute violation des oliveraies. La localité de Chemini a eu à payer un lourd tribut, ces dernières années, aux incendies ravageurs ayant consumé des centaines d’hectares de forêts et d’oliveraies. Nonobstant la période de sécheresse ayant affecté un tant soit peu les oliviers, les paysans tablent sur un meilleur rendement cette année dans la région d’Ath Waghlis. «Nous étions un peu dubitatifs quant au rendement de nos vergers compte tenu de la saison caniculaire, mais nos oliviers semblent résister aux aléas climatiques», avoue un paysan sexagénaire. Depuis la nuit des temps, l’olivier constitue un arbre mythique et fantasmagorique pour tout Kabyle, épris de son histoire et de l’héritage légué par ses aïeux. L’amour que vouent les Kabyles pour leurs oliveraies est plus qu’une iconolâtrie. La production de l’huile d’olive connaît d’année en année des oscillations due aux aléas climatiques et aux impacts anthropiques. La filière oléicole semble être le parent pauvre du secteur agricole, dont l’activité est sérieusement menacée. Les autorités concernées devraient se pencher sur les nombreux avatars que subissent les paysans et les oléifacteurs.
Bachir Djaider

