L’objectif tant chanté de la diversification de l’économie nationale ne peut visiblement se réaliser sans une politique claire en matière d’investissement et d’amélioration du climat des affaires, et sans, non plus, une feuille de route qui puisse jalonner l’itinéraire du réveil économique national allant jusqu’à l’exportation. Exporter des produits en dehors des hydrocarbures, telle est l’ambition des assises nationales fixées par le ministère du Commerce aux 12 et 13 janvier 2015. Il était bien tant de commencer à réfléchir à la manière de donner corps aux professions de foi tant de fois dites et redites sur la diversification économique et, du même coup, mettre sur orbite une politique à même de lever l’hypothèque pesant dangereusement sur l’économie algérienne dans sa structure actuelle. Une structure rentière, basée sur une industrie extractive non renouvelable. L’ironie de l’histoire est que cette même matière première, le pétrole, trouve très peu d’industrie de transformation pour l’exporter en produit fini ou, à tout le moins, semi-fini. La pétrochimie a perdu la dynamique qu’elle avait commencé à avoir au milieu des années 1970. L’Algérie importe plusieurs produits finis ou semi-finis issus du pétrole, à commencer par les huiles mécaniques et le plastique dans toute sa large gamme. Pire que cela, notre pays a importé pendant ces dernières années, des carburants (essence et mazout) pour un montant de trois milliards de dollars/an pour faire face à une consommation effrénée induite par l’explosion du parc automobile. Il y a cinquante ans, l’Algérie exportait des oranges (les meilleures du bassin méditerranéen), du vin de qualité très recherchée en Europe, des dattes, du papier issu de la pâte d’alfa, du liège et d’autres produits encore. Cela se passait avant que l’action insidieuse de la rente pétrolière ne fasse ses dégâts non seulement dans nos ateliers, nos champs et nos fermes, mais également dans les écoles, les universités et dans les esprits. Paradoxalement, le processus du désinvestissement industriel est allé parallèlement avec la montée en flèche des exportations en hydrocarbures et de la valorisation de leur prix sur le marché mondial. Il ne faut pas être grand clerc pour faire, aujourd’hui, la lecture des résultats de ces errements qui ont duré plusieurs décennies. L’Algérie importe pratiquement tout ce qu’elle consomme. Le peu de produits crées localement ont un taux d’intégration très faible, faisant qu’une grande partie de leur structure est soutenue par les hydrocarbures. Les différentes tentatives de mettre sur orbite l’industrie nationale, de valoriser la production locale, de relancer l’agriculture et l’agroalimentaire, et, enfin, de donner de l’élan à des secteurs novateurs comme le tourisme et les NTIC (nouvelles technologies de l’information et des télécommunications), se sont heurtées aux résistances de rentiers et d’acteurs de l’informel secrétés par le système économique. À tel point, d’ailleurs, qu’un principe pervers a pu trouver sa place dans certains écrits de presse et chez certains gestionnaires: il vaut mieux importer certains produits que des les fabriquer localement. Depuis début 2013, le secteur industriel est en train de vivre une nouvelle dynamique portée sur l’amélioration de l’environnement de l’entreprise à travers le nouveau code des investissements. Ce dernier est censé permettre la promotion des investissements dans le sens global: investissements directs étrangers et nationaux (dans leurs variantes publique et privée). Les deux dernières tripartites (gouvernement, syndicat, patronat) ont convenu que soit lancé en 2015, le crédit à la consommation dédié aux produits nationaux. C’est là une façon d’envoyer un peu d’air frais dans les unités de production nationales, longtemps affaiblies par une longue transition faite d’assainissements financiers inefficaces et de tentatives infructueuses de privatisation. Aujourd’hui, et face aux défis immédiats que doit impérativement relever l’Algérie, l’ambition est tirée un peu plus vers le haut. Il s’agit de tracer, dès maintenant, les voies vers un mouvement d’exportation en dehors de la sphère des hydrocarbures. Cette dernière est tellement soumise à plusieurs aléas qu’elle risque de devenir contreproductive en menaçant les grands équilibres économiques et sociaux du pays.
Un potentiel immédiat de 7 à 8 milliards de dollars
Les prochaines assises nationales dédiées à l’objectif d’exportation hors-hydrocarbures regrouperont les chefs d’entreprises et les autres parties prenantes afin, selon le ministre du Commerce, Amara Benyounès, « d’identifier l’ensemble des problèmes qui contrecarrent l’acte d’exportation et de dégager, en conséquence, les procédures et les techniques permettant de faciliter les ventes à l’extérieur ». En effet, outre la nécessité d’une relance d’une activité économique multiple et diversifiée, l’acte d’exportation demeure encore tributaire de plusieurs autres conditions, dont, entre autres, la qualité du produit par rapport aux standards internationaux, le conditionnement,… etc. D’autres segments de la chaîne d’exportation relèvent de l’action des pouvoirs publics. C’est ce qu’a tenu à rappeler le ministre du Commerce lorsqu’il a évoqué la nécessité de la mise en place d’un dispositif qui facilitera à l’entreprise algérienne d’accéder aux marchés extérieurs. « Nous avons des entreprises algériennes qui exportent, actuellement, avec leurs propres moyens alors que la quasi-totalité des entreprises mondiales exportatrices bénéficient des aides de leur gouvernement », soulignera-t-il. Depuis 2004, l’Algérie dispose d’un organisme chargé d’accompagner les entreprises algériennes dans les opérations d’exportation. Il s’agit de l’Agence algérienne de promotion du commerce extérieur (Algex). Elle a pour mission, entre autres, de fournir les informations nécessaires aux exportateurs pour développer leur activité et appuyer financièrement leur participation aux foires et salons internationaux. Il s’agit également de vulgariser auprès des opérateurs concernés les différentes réglementations relatives aux opérations d’exportation: avantages fiscaux, formalités de dédouanement, contrôle des changes, conventions et accords internationaux, règlements de la Banque d’Algérie,… etc. À ce jour, les exportations hors-hydrocarbures peinent à atteindre 2 milliards de dollars/an, ce qui, aux yeux des experts et économistes nationaux, est très loin des potentialités nationales, d’autant que les plans quinquennaux ont consommé pas moins de 600 milliards de dollars depuis le début des années 2000. Dans un avenir immédiat, et si toutes les conditions sont réunies pour relancer la production nationale, la diversifier et la hisser au niveau de l’exportable, les recettes des exportations hors-hydrocarbures devraient atteindre 7 à 8 milliards de dollars.
Amar Naït Messaoud
