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Attentes, espoirs et inquiétudes

Nous terminerons donc l’année sur une note où l’interrogation domine. Une année qui n’aura pas répondu aux attentes si nombreuses et qui aura plongé le pays dans un ronronnement tranquille propre aux Etats stables et prospères, peu soucieux de révolutions. Un peu comme un homme qui s’accorde le repos avant que ne soit achevée sa tâche. Et puis vint la maladie subite du Président qui sonne comme un avertissement, comme un sémaphore dont les rayons étreignent le cerveau et interdisent le sommeil. Non ! La quiétude est un luxe que ne peuvent s’offrir les peuples qui n’ont pas encore accompli leur destin.A quelques heures du passage de témoin, aujourd’hui même, le président de la République rentre au pays pour y fêter le nouvel an avec les siens. En l’espace de quelques semaines de rude épreuve face à la maladie, son statut a considérablement évolué. De premier personnage de l’Etat, il est passé au personnage central de la nation. Dans l’inconscient collectif il est devenu, à son corps défendant, le lieu où se concentrent les espoirs mais où se distillent également les craintes et les inquiétudes.Pour des millions d’Algériens dont la maladie du Président a mobilisé toute l’attention, le nouvel an se fêtera donc ce soir sous le signe de l’ambiguité. En chacun de nous, l’espoir né de la victoire de M.Bouteflika sur le pire et l’inquiétude que génère sa convalescence se livreront une bataille sans merci. C’est que, au-delà de l’homme et de son propre devenir, les lendemains de toute une nation sont en jeu. En effet, si beaucoup a été accompli depuis l’arrivée de M. Bouteflika à la tête de l’Etat, beaucoup reste à faire. Pis : rien de ce qui a été acquis n’est irréversible !Des chantiers d’importance sont encore en friche. De leur parachèvement dépendront essentiellement l’ancrage définitif du pays dans la modernité et son aiguillage sur la voie du développement au profit de tous. La réforme de la justice, la modernisation du système bancaire et de l’outil de production, la débureaucratisation à tous les niveaux et à tous les échelons, la mise en place de mécanismes concrets et efficaces de lutte contre la corruption et le rétablissement du week-end universel en font partie.Le président de la République sera-t-il suffisamment d’attaque pour mener toutes les réformes à bon port ? Il me reste qu’à le souhaiter, d’autant plus que 2006 est une année préélectorale si, toutefois, le calendrier est respecté et que les législatives sont organisées à échéance. Cela signifie, entre autres, que les partis de l’Alliance qui me brillent déjà pas par leur cohésion, seront appelés à se livrer des batailles sourdes au détriment de la cohérence de l’action gouvernementale et de son efficacité.Peut-on alors attendre un sursaut des forces dites républicaines et démocrates, censées être les dépositaires des valeurs universelles et de la modernité ? Sauront-elles, en cette année 2006, forcer le destin en concrétisant cette fameuse convergence qui joue à l’Arlésienne depuis l’avènement du pluralisme politique ? L’espoir est permis. Mais il ne viendra pas des partis traditionnels de cette mouvance. C’est une nouvelle génération de politiques, déjà à l’œuvre et qui a l’ambition de porter ses valeurs au pouvoir, qui a toutes les chances de réaliser ce rêve insensé.Sur cette note d’espoir, il ne reste plus qu’à souhaiter à chacune et à chacun une bonne et heureuse année 2006.

Anouar Rouchi Lire également la rétrospective 2005 pages 11, 12 et 13.

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