En dépit de plusieurs visites officielles qui y ont été effectuées, depuis 2011, par les walis, le ministre et les cadres des secteurs de l’hydraulique et de l’agriculture, ce tracé qui a été réalisé dans les années 1970, amélioré dans les années 1980, et laissé à l’abandon dans les années 1990, n’apporte finalement rien de nouveau par rapport à l’ancien ouvrage d’irrigation. Ce dernier a servi presque 10 ans malgré les sommes colossales d’argent ayant été englouties dans les ouvrages de transport d’eau à partir d’une retenue collinaire d’Assif Assemadh, alimentée par le surplus du débit de la source noire «el Ainser Averkane» d’Imesdhurar ainsi que de plusieurs stations de refoulement. L’ensemble de ces ouvrages sont, à l’heure actuelle, hors d’usages, faute d’entretien. Il est à signaler que ce nouveau-ancien projet d’irrigation est destiné à servir les mêmes surfaces que celles d’avant avec un léger élargissement vers la commune d’Ahnif (Cheikh Left. Il faut savoir que l’ancien périmètre irrigué tant à M’Chedallah qu’à Chorfa, qui était de l’ordre de 3600HA pour la commune de M’Chedallah et 150HA pour celle de Chorfa, rien que pour ceux relevant du secteur étatique (biens vacants ex fermes des colons), s’est réduit comme une peau de chagrin suite à une avancée effrénée du béton qui a grignoté d’importantes surfaces. A titre d’exemple, la nouvelle ville de M’Chedallah a été bâtie sur des terrains agricoles, irrigués jadis par le premier système de canalisation d’après l’indépendance. Jadis, la région de la daïra de M’Chedallah (ex commune mixte de Maillot) a été scindée en trois zones sur le plan agricole qui étaient d’ailleurs leur unique activité. Les zones de montagnes entre El Asnam et Aghbalou, dans lesquelles sont inclues les commune d’El Adjiba et Saharidj, servaient à l’élevage du cheptel, toutes espèces confondues, avec délimitation des parcours de pâturages communs dénommés « échmel » dont chaque Aarch en dispose de l’un de ces terrains incultes qui ne servaient qu’au pâturage. Les plaines, prises dans la vallée de l’actuel Sahel dénommé Azaghar, sont réservées aux maraîchers et à l’arboriculture fruitière vu la disponibilité de l’eau en abondance sur les deux rives d’Assif N’Sahel. Des plaines dont les nappes phréatiques étaient presque à fleur du sol, cela en plus du cours d’eau de cette rivière qui ne tarit jamais et qui était propre à l’époque ; plusieurs facteurs favorables auxquels s’ajoute un taux d’humidité propice à l’arboriculture. La 3ème zone, dénommée Ahnif, qui comprend les communes d’El Adjiba, Ahnif et Ath Mansour, était le grenier de toute la région de la daïra de M’Chedallah, depuis la nuit des temps jusqu’aux années 1980. Elle était destinée aux céréales : orge, blé dur, blé tendre, fèves, avoine entre autres, avec une prédominance du blé dur de haute qualité. À noter aussi que même l’olivier défendait bien sa place tant sur le volet qualité que quantité. Suites aux sécheresses qui ont marqué la fin de la décennie 1980 et le terrorisme et l’insécurité des années 1990, ces activités ont été abandonnées au niveau d’Ahnif. Ces surfaces, malgré le fait qu’elles produisaient des récoltes importantes, n’ont pas été ciblées par ce nouveau projet d’irrigation. Actuellement, elles ne produiront plus rien, même si l’insécurité a sensiblement reculé soit suffisamment pour permettre aux agriculteurs de se rendre dans leurs champs et reprendre les activités agricoles. Ces terres, non travaillées depuis presque 20 ans, sont presque devenues infertiles faute d’entretien. Ces surfaces, qui pourraient être ravivées et qui pourraient propulser de nouveau le rendement agricole, notamment céréalier, et améliorer par ricochet le niveau de vie de plusieurs milliers de familles et aussi absorber définitivement le chômage, ont été superbement ignorées par le nouveau projet d’irrigation en cour de réalisation, sachant que l’eau du barrage Tilesldit a déjà franchi les limites de la wilaya de Bouira pour profiter à d’autres wilayas, d’autant plus qu’un autre canal de connexion entre le barrage Tychi Haf d’Akbou dans la wilaya de Béjaïa et celui de Tilesldit est déjà lancé de manière à drainer le surplus d’eau du premier vers le second, sans pour autant qu’Ahnif puisse en tirer profit. Notons, enfin, que le nouveau wali a été interpellé à ce sujet, lors de ses différentes visites dans la région pour inspecter le projet d’irrigation des plateaux d’El Asnam et la vallée de M’Chedallah. Celui-ci a promis de se pencher sur ce cas et d’étudier toutes les possibilités pour revaloriser de nouveau ces immenses surfaces agricoles, dont l’apport économique pour la wilaya de Bouira est loin d’être négligeable. À noter aussi que l’attention des populations de la région est focalisée sur ce nouveau projet. Elles attendent de voir quelle suite sera donnée à cette doléance des plus légitimes, qui consiste à introduire Ahnif dans le périmètre touché par le réseau d’irrigation avant de décider de la procédure à engager pour arracher leur droit de bénéficier des ressources hydriques.
Oulaid Soualah
