Béjaïa Le complexe du textile se relève petit à petit – Sentex de Kherrata, la renaissance !

Le complexe Sentex de Kherrata fait partie de l’algérienne des textiles TEXALG, SPA. TEXALG est issue des différentes restructurations qu’a connues l’industrie textile algérienne depuis la création de la toute première Société Nationale de Confection SONAC, le 03 septembre 1964 (décret n° 64-272).

Le 22 juillet 1966, SONAC devient Société Nationale des Industries Textiles «SONITEX» (ordonnance 66-218 complétée par l’ordonnance n°72-47 du 03/10/1972). L’industrie textile algérienne va connaître encore d’autres structurations successives de 1982 à 1998 pour aboutir à la création, le 10 août 1999, du Groupe Industriel du Textile TEXMACO avec ses 24 unités de production. TEXMACO donna naissance à TEX ALG SPA avec 17 unités de production réparties à travers le territoire national. Le reste des unités fut réservé aux besoins exclusifs de l’ANP (Armée Nationale Populaire). Dans les années 90 et début des années 2000, le secteur de l’industrie manufacturière fut fortement fragilisé par des contrecoups d’une libéralisation bazardée, due essentiellement à la crise économique mondiale et à la chute des prix du pétrole ; alors, il s’en était suivi un bradage aveugle et sans précédent de plusieurs unités de production et des milliers d’ouvriers perdirent du coup leurs postes. Ces dernières années, l’État, en reconnaissant l’importance du secteur public, notamment dans la résorption de l’épineux phénomène du chômage, a effectué un large revirement et a fini par changer sa vision. Il a décidé de venir en aide aux entreprises qui ont réussi, tant bien que mal, à résister à l’estocade. C’est ainsi qu’en 2012, le CPE (Conseil de Participation de l’État), dans le sillage de la restructuration de l’industrie du textile, a octroyé une enveloppe de quarante milliards de centimes au complexe Sentex de Kherrata, dans le but de le remettre sur les rails et lui éviter le dépôt de bilan. Selon M. Bentabet Abdelkrim, directeur du complexe, «cette somme fut destinée à l’acquisition du nouveau matériel et à la réfection des infrastructures qui ont pris un coup de vieux». Ainsi, le matériel de laboratoire devenu obsolète fut renouvelé car la recherche de nouvelles gammes de couleurs est le fer de lance de ce complexe. Un nouveau matériel de manutention fut également acquis et une enveloppe de huit millions de dinars a été dégagée pour le volet formation. Des ingénieurs sont actuellement en formation à l’étranger pour acquérir de nouvelles techniques dans le domaine du textile, car, selon M. Bentabet toujours, «dans ce domaine, les techniques sont en perpétuelle évolution et il faut être à jour si on ne veut pas rester sur la marge». Le complexe est considéré comme une des plus grandes usines de finissage en Afrique, il a une capacité de 12 000 ml /jour ; il est spécialisé dans le finissage, l’impression et le blanchiment de tissu. Il fait aussi de l’apprêtage. «Pour le moment, nous faisons du tissu imperméable, mais pour ce qui est du tissu ignifuge (résistant au feu), nous attendons les autorisations nécessaires pour pouvoir importer et transporter la matière première».

Main-d’œuvre et salaires

Le complexe emploie actuellement 155 ouvriers, mais seul 33 % d’entre eux sont des anciens, le reste est constitué de jeunes, recrutés dans le cadre du dispositif ANEM, dont certains ont déjà obtenu des CDD et des CDI. Le complexe doit dégager de la valeur ajoutée pour pouvoir payer les salaires et couvrir les différentes dépenses, sinon, un dépôt de bilan sera envisagé car l’État ne «volera» plus à son secours. Actuellement, les ouvriers sont payés à temps et les retards sont supportables (quelques jours tout au plus). Selon le directeur, le complexe compte recruter une soixantaine d’ouvriers début 2015. D’autres recrutements suivront, car, d’ici la fin 2016, le complexe espère employer environ 300 personnes, ce qui est de bon augure pour une région étouffée par un taux de chômage élevé chez les jeunes.

Commandes et marchés

L’usine doit prospecter et trouver seul ses marchés pour arracher des commandes. Il travaille en étroite collaboration avec d’autres unités implantées un peu partout en Algérie : ALCOST de Béjaïa, «Confection Style» d’Ain El-Hammam et COBA de Bordj Bou-Arreridj pour satisfaire des commandes émanant principalement de la DGSN, la Protection civile et la garde républicaine. Le complexe reste aussi ouvert à la prestation de teinture ; il traite aussi avec les différents hôtels de la région en les fournissant en draps, rideaux et autres articles. Avec l’augmentation du nombre d’unités de tissage en Algérie, l’usine commence par entrevoir un bel avenir, car les commandes augmenteront et son activité s’intensifiera avec.

Difficultés et espérances

L’unique et grosse difficulté qui guette ce complexe demeure la concurrence «déloyale» du secteur privé : les operateurs privés importent des produits finis avec une taxe faible et évitent la facturation pour se soustraire à la TVA, ce qui n’est pas le cas du secteur public qui doit se plier aux différents règlements. Enfin, M. Bentabet espère un regain d’intérêt pour les différents articles de Sentex, il lance, en outre, un appel aux autorités de la région, ainsi qu’aux habitants, pour aider ce complexe à demeurer debout et ainsi sauver des emplois. «Tout article acheté et toute commande passée serait d’un apport immense», selon lui.

Saïd M.