Café littéraire de Tizi-Gheniff – Abderahmane Djelfaoui ressuscite Anna Greki

L’entame des activités pour l’année 2014/2015 du café littéraire de Tizi-Gheniff a été donnée, samedi passé à la librairie «KLMI», située au lotissement sud du chef-lieu. En effet, pour cette première rencontre, les habitués et les membres de ce cercle culturel avaient reçu comme invité le réalisateur cinéaste, mais non moins poète et auteur, M. . Ce dernier n’a pas eu à parler de lui-même, ni à dédicacer un de ses ouvrages, mais, à la grande surprise des présents, il vient tout simplement pour leur parler d’une toute autre personne à qui il voue un amour certain, et ce, pour immortaliser son souvenir. À cet effet, il n’hésite pas, depuis deux années déjà à se lancer dans une longue recherche afin de collecter tous les témoignages des personnes qui l’avaient connue. Ainsi, M. Abderahmane Djelfaoui est venu à Tizi-Gheniif pour parler, à l’infini, non pas de la poétesse, mais de cette femme exceptionnelle qui rendit son dernier soupir à l’âge de trente cinq ans, alors qu’elle avait consacré sa plus belle jeunesse pour l’indépendance de l’Algérie. L’invité du café littéraire de Tizi-Gheniff a au donc, près de trois heures durant, à parler d’Anna Greki, de son vrai nom Anna Colette Grégoire. «Anna Greki est née le 14 mars 1931 à Batna. Elle passa son enfance à Menaâ, dans les Aurès, où son père était instituteur. Elle a suivi ses études primaires à Collo, puis secondaires à Skikda, avant de se rendre à Paris pour ses études supérieures en lettres. Toutefois, elle interrompit ces dernières pour militer activement pour l’indépendance de l’Algérie. Elle était institutrice à Annaba, puis à Alger tout en militant au sein du Parti Communiste Algérien (PCA). Elle était également membre des «Combattants de la libération». Elle fut arrêtée par les parachutistes du général Massu en 1957. Elle fut torturée avant d’être internée à la prison de Serkadji (Alger), où elle retrouva dans la même cellule, au dortoir 3, toutes les autres militantes incarcérées, au nombre de 40, à l’exemple de Djamila Bouhired, Z’Hor Zerara,… En novembre 1958, elle fut transférée au «camp de transit et de triage» de Béni Messous avant qu’elle ne soit expulsée d’Algérie.

C’est tout naturellement à Tunis qu’elle se rendit pour rejoindre son mari, Jean Malki, également membre du PCA.

Elle y publia son premier recueil, avant de rentrer en Algérie au lendemain de l’indépendance, en 1962 pour reprendre ses études supérieures qu’elle acheva en 1965. Anna Greki sera ensuite affectée comme professeur de français au lycée Emir Abdelkader d’Alger où elle exerça jusqu’à ce 06 janvier 1966», a tenu à retracer le conférencier d’une voix très émotive. M. Abderahmane Djelfaoui passera ensuite à la bibliographie de cette moudjahida, tout en regrettant amèrement la non réédition de ces deux recueils de poésie, à savoir «Algérie, Capitale Alger», dont la préface avait été signée par M. Mostefa Lacheraf, édité à Tunis par la Société nationale d’éditions et de diffusion, traduit en arabe également, et «Temps forts». Au demeurant, pour étayer toute la valeur poétique qu’Anna Greki portait en elle, M. Abderahmane Djelfaouia n’a pas hésité à procéder à la lecture de quelques poèmes pris au hasard des deux précieux ouvrages de l’auteur, comme «juillet 1962», «La fumée me rapporte une odeur divine», «L’automne» ou encore «Jamais seul» que récitera le conférencier la gorge nouée.

«On n’invente jamais seul

La patience, la confiance

Nous tenons leurs fruits en main

Grâce à des millions d’amis

Qui furent patients, confiants

Longtemps avant nous pour nous»

Ainsi, ces vers, à eux seuls, résument la prémonition de la poétesse quant à la pérennité de sa mémoire. Néanmoins, alors que les adhérents à ce café littéraire étaient habitués à la séance de dédicaces, en acquérant un ou deux œuvres de l’auteur, ce ne fut malheureusement pas le cas cette fois-ci, d’autant plus qu’aucun recueil d’Anna Greki n’était disponible sur les étagères de la libraire «KLMI».

Essaid Mouas