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Le réveillon d’ici et d’ailleurs…

"J'ai passé une super année! Merci d’y avoir contribué". Le "refrain" est en vogue chez les internautes algériens férus des réseaux sociaux. Grand, petit, des deux sexes! C’est la mode de la circonstance.

C’est dire que quasiment tout le monde ne devrait pas s’en féliciter de cette fin d’année, tellement elle fut « super », ou ne s’agit-il là que d’une conclusion virtuelle comme cette amitié qu’on y tisse ? 

Enfin, peu importe, de toutes les façons ça ne changerait rien : l’année 2014 s’en va bel et bien. Qu’on la regrette ou pas. Et qui dit fin d’année, cela fait penser instinctivement au réveillon. Veiller et rester les yeux ouverts jusqu’à minuit au moins pour être témoin de ce passage de 2014 à 2015. La traversée ne sera pas forcement des plus réjouissantes pour tout le monde. Chacun là où il est. Chacun ses moyens. Chacun les conditions qui l’entourent. Mais globalement, c’est là un instant de fête pour tous. Quand on en parle, on dit d’ailleurs célébrer et non commémorer… Ce n’était pas dans les us kabyles, mais ça a fini par s’incruster dans le calendrier berbère. Dans le décor de la Kabylie. C’est les aléas de la mondialisation, de la technologie qui va à grande vitesse, de la parabole qui arrose chaque centimètre de la terre, de l’analogique puis du numérique, de l’internet, de la 3G… Rien n’est désormais au retrait, tout se sait, se partage, s’imite ! Les jeunes d’ici ont, avec le temps, appris à choisir, à connaître la qualité les grandes marques de souliers, de chocolat, de parfums, de voitures, à calculer en Euro… Dans le tas, le réveillon n’est qu’un détail. On en parle naturellement ! Le fêter c’en est une autre histoire ! Chacun selon ses moyens et les opportunités qui lui sont à portée de main. Pour la catégorie « m’as-tu vu partir ? », c’est le grand défilé ! On exhibe passeport et valises. Ils ne sont, toutefois, pas aussi nombreux que l’an dernier à prendre l’avion pour traverser cette fin d’année hors des frontières. La destination sud a pris de l’essor, surtout avec les multiples festivals culturels qui s’y déroulent à cette période. Il faut dire que la crise annoncée fait réfléchir beaucoup. Ce n’est, en effet, pas donné de penser à l’Europe avec le change parallèle qui flambe. Près de 160 DA pour un Euro ! Rien que ça. Et quand on sait que la destination privilégiée des kabyles reste la capitale française, on comprend tout de suite pourquoi il n’y a pas bousculade au niveau des agences de voyages. 

Le Sud algérien et Paris, les deux destinations qui enchantent

D’autant plus que même les compagnies aériennes n’ont rien fait pour susciter la tentation des hésitants, avec le billet d’avion plafonné à plein pot. Pour la forme, elles proposent toutes des promotions mais les curieux déchantent vite quand ils réalisent que les tickets à tarifs réduits ne sont valables qu’à partir du 12 janvier… Quand tout sera fini. Quand Paris aura repris à éteindre son éclairage public de nuit. Quand il ne restera quasiment pas plus de cent personnes sur les Champs-Élysées au-delà de vingt deux heures. Quand le Champ de Mars sera déserté la Tour Eiffel évacuée et Aït Menguellet ait quitté le Zénith… C’est malin ! Mais il s’en est trouvé tout de même des fous fêtards qui ont consenti le sacrifice ! C’est le prix à payer pour réveillonner dans la plus belle ville du monde. La plus illuminée! Dans la joie, là où personne ne se soucie de toi si tu marie un pantalon classique à des baskets de tennis. Là où le sourire n’est pas une option. Là où le ciel vous arrose de pluie et champagne à gogo. Là où il n’est pas exclu de croiser Julie Gayet à pied, François Hollande en scooter, Jupé à vélo, de vrais blondes, de plus intelligentes, en mini jupe à -5°! Passer la nuit du 31 là où on s’embrasse « à volonté » aux douze coups de minuit, c’est du luxe. Sans boue ni poussière… Forcément ça a un prix. Et puis il y a les réveillons de la banlieue, des cafés maures, des bar-restos populaires, tout dépend dans quel quartier où c’est… Et le régime appliqué…! Hallal ou pas ! Les salles des fêtes aussi proposent des soirées spéciales avec dîner et chanteurs « à la pelle ». Les nouvelles voix du non stop kabyle sont à l’affiche en « brochettes »… Un trois en un avec un bon prix! Bouf, spectacle et danse à une moyenne de 40 Euros. Ça se passe en France mais on ne dirait pas. Sur place, tout respire la Kabylie! C’est convivial et ça permet de rompre avec la nostalgie pour ceux qui en ont… Et ils sont nombreux à opter pour cette formule. D’autres préfèrent prendre le chemin inverse. Rentrer en Kabylie pour y vivre son ambiance pour de vrai. Avec son charme ! Ici aussi, les établissements hôteliers et restaurateurs marquent l’évènement. Quasiment tous proposent une formule de soirée familiale animée. Pour les tarifs, ça ne change pas vraiment de ceux pratiqués… « là-bas ! » Il suffit de faire le calcul avec le change parallèle… 

La bûche, le poulet au chaud devant la télé la soirée à l’algérienne

Il y a même là où vous devez payer plus cher! Vraiment cher! Comme dans ces autres boîtes chichement colorées. Où tout est maquillé! Des murs au parterre. Les jeux de lumières, le son, les robes de soirée moulantes, la dentelle, le chic… ça se paye en liasse! Tout n’est pas Hallal mais les promoteurs y trouvent un bon créneau pour soigner leur chiffre d’affaire de l’année. Une bière à 800 voire plus de 1 000 DA ? Ça ne devrait pas étonner. Et les gens payent! Surtout au bout de la sixième… Enfin, chacun son seuil… Et ça fait remplir la caisse! Les pâtissiers aussi en profitent bien. Ah! la fameuse bûche. Ce fameux morceau de crème que tout le monde s’arrache à l’occasion. C’est leur… jour, comme dirait l’autre dans un kabyle prononcé en français… Pour les prix, c’est à partir de 600 DA pour la plus petite qui rivalise en taille avec un mini sandwich frites! Et pourtant on fait la queue pour rentrer avec la fameuse boite rectangulaire. C’est comme si ce jour, il n’est pas un homme celui qui ne rentrerait pas chez lui avec. Il y a aussi le poulet. Forcément. Un dîner de réveillon familiale sans poulet ni bûche n’en est pas un. Si vous voulez faire grand alors c’est la dinde. C’est le rituel « syndical » chez le kabyle moyen. Pour le reste, chacun sa suite… Avec ou sans… Et au chapitre distraction, généralement c’est deux formules pas plus. Soit c’est la télé avec la famille, soit c’est dehors avec les amis, dans une ferme, un hangar, un poulailler, une boutique, un appartement… Bref, entre potes où tout est permis. Ou presque! Généralement, là on opte plus pour le barbecue, les brochettes (les vraies, en viande, foie, saucisses…) et bien sûr les caisses de bières et de vin. Le tout autour d’un feu, d’une cheminée, ou un poêle à mazout. S’il s’en trouve un musicien qui s’amène avec sa guitare ou une percussion, c’est vraiment le top pour cette frange ! Généralement, des jeunes qui défient à l’occasion leurs limites avec l’alcool. Combien de bouteilles à « descendre » avant minuit ? Qui vomira ? Qui verra « tomber » tout le monde ? Malheureusement, on n’est jamais loin d’une catastrophe en pareilles circonstances. Mais au départ, on ne se doute jamais de rien. On se donne rendez-vous, en effet, pour faire la fête. Pour s’éclater! Faire table rase de tous les soucis du quotidien. Pour rompre avec les déplaisirs de l’année qu’on s’apprête à enterrer… C’est une soirée où on cherche le partage d’un bien-être qui ignore tout le reste. Une soirée où on se les raconte, sans tabous… C’est le « gosto » (être dans son élément) des jeunes qui, limite, « fantasment » sur cette soirée très spéciale qu’ils attendent avec les plus folles projections. Là haut, en montagne, ils devront, toutefois, faire avec la vague de froid qui sévit actuellement et ces abondantes chutes de neige. Mais pour eux, ce n’est là que du charme en plus pour l’évènement. Et puis c’est connu, le réveillon est au naturel c’est sous neige !

Djaffar Chilab

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