La maison de la culture Mouloud Mammeri de Tizi-Ouzou a abrité, du 11 au 12 du mois en cours et ce dans le cadre de son programme « Spécial Yennayer » tracé à l’occasion du nouvel an berbère « Yennayer 2965 », les travaux d’un colloque scientifique sous le thème « La littérature de l’oralité et le conte populaire : De la transmission culturelle à la construction identitaire ».
Plusieurs communications ont été au programme de l’ouverture des travaux dimanche dernier, des universitaires d’ici et d’ailleurs dont celle qui fut présentée par le professeur Zineb Ali-Benali, du département de lettres de l’université Paris 8 en France intitulée « Ce que le conte dit sans dire. Pour une lecture archéologique » ont été présentés. « On considère que les contes n’ont pas prise sur le réel qu’ils ne reflètent pas ; ils parlent de pays lointains et d’êtres fantastiques… » dira-t-elle « et pourtant, poursuivra le professeur, ils plongent dans des profondeurs culturelles et humaines que l’on devine à peine, mais qui peuvent se révéler, par fragments, par ressemblance et par allusion, dès qu’on se fait archéologue de la culture ». Elle soutiendra par la même que « Nous devrions considérer le conte, comme la légende, comme le mythe, avec plus de sérieux et de gravité. C’est que le conte vient de loin, du monde de la légende, et peut-être de plus loin encore, du temps où l’homme se fait homme, par conquêtes successives sur lui-même et le monde » expliquera-t-elle. Le Pr Ali Ben Ali, évoquera la grande Taos Amrouche, lorsque parlant de sa mère, Fadhma Ait Mansour, elle dira qu’elle avait « La chance d’avoir en elle une admirable narratrice. J’entends encore sa voix inspirée prononcer sur le ton de l’incantation la formule initiale qui nous faisait pénétrer comme par magie dans l’univers de la légende… ». Frobénus reconnaît aux kabyles « la première place, parmi les Africains, dans l’art de construire des récits » avancera la chercheuse qui cite également, l’historienne, Camille Lacoste-Dujardin dans la préface qui note que « les textes de ces contes kabyles d’une extrême richesse et diversité comblent un énorme vide. Car en peut y lire non seulement des contes merveilleux mais aussi des mythes aujourd’hui si rares à retrouver, fort peu divulgués et encore des histoires plaisantes… ». Selon elle, l’Algérie, comme le Maghreb, est la terre du conte et du poème. Sans remonter aux témoignages des historiens et écrivains grecs, dira le professeur, « On peut rappeler ce que déclare Ibn Khaldoun: Les Berbères racontent un si grand nombre d’histoires que, si on se donnait la peine de les mettre par écrit, on remplirait des volumes ». La communicante déduira à travers son analyse que « le conte est ainsi considéré (avec le poème) comme la spécificité culturelle d’une région ». Selon elle, le conte a toujours été tenu à l’écart de l’efficience du monde. «A quoi servirait-il ? Il nous permet de replonger dans une histoire qui se déploie sur plusieurs plans » conclura-t-elle.
Karima Talis
