La wilaya de Bouira recèle d’énormes potentialités agricoles. Les autorités locales martèlent à chaque fois que Bouira est une wilaya agricole « par excellence ».
Cette qualification est confortée par les chiffres et les statistiques fournies par la direction des services agricoles (DSA) de Bouira. Le premier responsable de cette direction, M. Morsli, a été félicité par le ministre de l’Agriculture, lors de sa dernière visite à Bouira. Et pour cause, cette dernière occupe, selon les chiffres de la DSA, les premières places ou du moins les dix premières places dans bon nombre de secteurs agricoles.
Des chiffres probants…
Ainsi, Bouira occupe la 1ère place à l’échelle nationale en matière de production de miel, avec pas moins de 6450 quintaux par an, ce qui équivaut à 11% de la production nationale. Dans le même ordre idée et toujours d’après les chiffres présentés, Bouira est à la seconde place en matière de viande blanche, avec une production annuelle qui est de l’ordre de 487.700 quintaux, soit 10% de la production nationale. Pour ce qui est du lait, la wilaya est moins cotée, car elle ne figure qu’à la huitième place, ce qui représente une production de 85 millions de litres par an. Ce chiffre est relativement décevant pour une wilaya qui se veut être « un bassin laitier ». Pour ce qui est de la production avicole, Bouira est quasi une « référence » car elle occupe, depuis des années, la première place, avec une production estimée à 315 700 quintaux par an. Pour les œufs, avec une production de 355.800.000 unités, la wilaya se hisse à la quatrième place à l’échelle du pays, soit 06% de la production nationale. Pour ce qui est de la production de la pomme de terre, et malgré ce qu’on pourrait croire au premier abord, vu la cherté de ce tubercule, la wilaya est à la cinquième position nationale, avec une production qui atteint les 2.165.100 quintaux, ce qui représente 5% de la production du pays. La filière oléicole, et selon les statistiques de la DSA de Bouira, est évaluée à la fin janvier dernier, à 118.611 quintaux, ce qui place Bouira à la 14eme place nationale. À titre indicatif, la production nationale pour la saison écoulée, s’élève à 4.905.083 quintaux, dont 2.091.591 quintaux d’olives de table et 2.813.492 quintaux d’olives à huile. En matière de céréaliculture, la wilaya s’illustre avec 1.414.522 quintaux soit 04% de la production nationale. D’après les estimations et les prévisions de la DSA de Bouira, les céréales devraient atteindre les 2.625.000 de quintaux en 2019 contre 2.200.000 pour cette année, soit un taux de croissance annuelle de l’ordre de 13%. Les légumes secs quant à eux, devraient atteindre cette année les 20.900 quintaux, avec des prévisions tournant autour des 23.600 en 2019, soit une croissance qui devrait atteindre les 22%.
Une inquiétante « invasion » du béton
Ces chiffes aussi probants et optimistes soient-ils, cachent cependant une amère réalité. Laquelle ? L’avancée inquiétante du béton sur les terres agricoles. Ainsi, sur une surface de 4 456,26 km2, seulement 293.645 hectares sont destinés à l’agriculture. Pis encore, la surface agricole utile (SAU) est de 189.660 hectares, soit moins de 46% de la superficie globale. Les chiffres précédemment cités pourraient, selon bon nombre d’experts, être doublés, voire triplés, si ce n’était l’invasion du béton, qui a englouti des centaines d’hectares de terres agricoles. En effet l’activité agricole a subi ces dernières années, un grand coup de ralenti, en témoigne ces étendues jadis verdoyantes à longueur de l’année et qui restent de nos jours inexploitées dans leur majeure partie. L’avancée effrayante du béton à Bouira, à l’instar des autres wilayas dites agricoles, empiète sur le secteur et afin de bâtir des logements et même des pénitenciers. Certes, il existe des projets qui nécessitent ce « sacrifice », dans le but d’instaurer une politique de développement viable, à l’image des barrages de Koudiat Acerdoune et Tilesdit, qui à eux seuls ont « consommé » près de 4000 hectares de terres fertiles. D’autres exemples de l’avancée « sauvage » du béton sur des terres riches et fertiles qui peuvent booster la production des céréales et autres cultures, sont sans conteste la construction d’un centre pénitencier au beau milieu d’un champ agricole, mais aussi le futur pôle universitaire de Bouira, qui a englouti à lui seul… 55 hectares ! Pour le premier, à savoir la prison de Saïd Abid, il est le parfait exemple de « l’aberration » et du manque de discernement des pouvoirs publics. Pourtant, dès l’inscription du projet, qui a « englouti » des dizaines d’hectares, bon nombre de citoyens ont crié au scandale le qualifiant de « monumentale erreur ». En outre, la région Ouest de la wilaya, propice à la culture maraîchère, agrumes et autres arbres fruitiers, a été carrément dévastée par certains entrepreneurs peu scrupuleux et avides de profit. Les localités de Ziraoua et Ouled Assem, relevant de la commune de Kadiria ont été « envahies » par le béton lié à l’expansion du domaine urbain. A travers ce qui a été relaté on comprend aisément que Bouira est tiraillée entre, d’un côté un développement structurel plus que capital pour son avenir et ses ambitions, de l’autre, la préservation de sa caractéristique de wilaya à vocation agricole. C’est cette équation complexe que les pouvoirs publics devront résoudre.
Ramdane Bourahla

