Couloir de migration situé sur la trajectoire de « flyway », la vallée de la Soummam reçoit chaque année de gros contingents d’oiseaux migrateurs, voyageurs au long cours. La grive et l’étourneau et d’autres passereaux migrateurs comme le rouge-gorge, y ont refait leur apparition sitôt égrenées les premières semaines d’automne. Ce gibier fait le bonheur des amateurs de chasse qui sont de plus en plus nombreux à tenter de le capturer en lui tendant toutes sortes de pièges. L’activité qui fait des émules est, bien souvent, exercée à temps perdu, histoire de meubler agréablement son temps mais surtout, d’améliorer son ordinaire. Sans bourse délier. « Avoir à sa portée un apport vitaminique aussi important, ce n’est jamais de refus, à fortiori quand on s’aperçoit de la fièvre qui s’empare de la mercuriale des produits carnés », déclare un chasseur d’Ouzellaguen, concierge de son état. Cerise sur le gâteau, la chaire onctueuse et tendre de ces emplumés présente l’immense avantage d’être 100% bio. De quoi titiller agréablement les papilles gustatives et déclencher le reflexe de salivation à la seule imprégnation olfactive ! « Depuis le début de l’hiver, la chaire fraîche et naturelle de la grive n’a jamais déserté la marmite », confie un autre amateur de chasse de la région de Seddouk. « Je capture, en moyenne, une dizaine de pièces, entre grives et étourneaux, par jour », souligne sur une pointe de fierté Arezki, un habitant de Chellata. « Ces jours-ci, poursuit-il, les prises sont devenues plus chiches. Je pense que les oiseaux ont tendance à déserter nos sommets enneigés, pour se refugier dans les plaines de la vallée de la Soummam ». Afin d’augmenter les chances de capture, les chasseurs s’y prennent aux aurores. « Il faut dresser les pièges à l’aube, car les oiseaux s’activent dès la pointe du jour à la recherche de nourriture », dispose un chasseur d’Akbou, qui exhibe son trophée de chasse aux regards envieux d’une escouade de jeunes. Pour appâter le gibier, on se sert de larves de hanneton accrochées aux fibules des pièges à ressorts, lesquels sont délicatement dissimulés sous un léger amas de terre meuble. Cependant, pour profitable qu’elle soit, cette activité à caractère saisonnier a tendance à prendre des contours abusifs, en raison de la non limitation des prélèvements. Les amateurs de chasse saisissent cette opportunité pour mettre du beurre dans les épinards, en écoulant l’excédent de leur butin. Soit, mais la pérennité de cette chasse n’est-il pas subordonnée à l’impérative nécessité de sauvegarder l’équilibre des colonies de cette faune sauvage ?
N. Maouche
